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Que dire à «l’assassin»?

Que dire à «l’assassin»?
Photo AFP

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Avec la fin du G7, les caméras se braquent maintenant sur la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine. Le président russe, qui ne rate jamais une occasion d’enquiquiner les États-Unis et d’occuper tout le terrain qu’on lui laisse, a été qualifié de tueur ou d’assassin par le nouveau président américain en mars dernier.

Une chose est certaine à l’approche de ce sommet, le président russe ne pourra bénéficier d’une «passe gratuite», comme ce fut le cas pendant le mandat de Donald Trump. Ce dernier a été très discret dans ses tièdes critiques de Vladimir Poutine. Il lui est même arrivé de prendre sa défense ou de préférer sa parole à celle des services des renseignements américains.

Nous savons déjà que le ton sera très différent, mais Joe Biden ne pourra miser uniquement sur un style frondeur et ferme. Le 46e président ne peut que souhaiter une Russie plus prévisible et moins turbulente sur la scène internationale. 

  • Écoutez la chronique de Luc Laliberté, historien et spécialiste de politique américaine :

Un espoir qui peut sembler démesuré quand on constate depuis un moment déjà que Vladimir Poutine est d’abord animé par le désir de redonner à la Russie sa grandeur. Le président russe souhaite être incontournable et s’asseoir à la même table que tous les grands acteurs internationaux.

Parmi les sujets de discussion prévisibles entre les deux hommes, on peut déjà avancer que les cyberattaques figureront tout en haut de la liste. Malgré les démentis répétés et fréquents du président russe, toutes les pistes sérieuses mènent en direction de son pays. Les élections de 2016 et de 2020 aux États-Unis ont donné un bel aperçu du potentiel et de l’efficacité de la Russie en la matière. 

Parions également que le dossier ukrainien pourrait figurer au menu. Joe Biden connaît bien le terrain et les enjeux après avoir géré ce dossier lors de sa vice-présidence. Une fois de plus, on se rappellera probablement le bon souvenir de Donald Trump, lui qui a affronté une procédure de destitution en lien avec le chantage exercé sur le gouvernement de Volodymyr Zelensky. 

Si Biden et Poutine débattent la question de l’Ukraine, ils le feront probablement aussi sur le Bélarus. Alors que l’Ukraine constitue, selon le président russe, la ligne à ne pas franchir pour les États-Unis, le dérapage autoritaire au Bélarus ramène sur le tapis la question des droits de la personne. Poutine étant le principal interlocuteur de Loukachenko, l’Américain ne manquera pas d’aborder ce qui constitue déjà un irritant entre les deux meneurs.

Si je semble pessimiste quant aux résultats de ce sommet, je souligne qu’il y a malgré tout des enjeux où des collaborations sont envisageables. Après les déclarations chocs visant à montrer au reste du monde qu’on ne se laissera pas marcher sur les pieds, que peut-on espérer de positif?

Pour ma part, j’attends du positif et/ou du concret dans le dossier de la zone arctique, et je crois que les deux parties ont intérêt à s’entendre sur le développement et la prolifération des armes nucléaires. Si des négociations sur ce point sont primordiales entre les États-Unis et la Russie, il est fort probable qu’on discute également de l’Iran et de la Corée du Nord.

Voilà! On roule des mécaniques des deux côtés, mais au-delà des images et des symboles, ce ne sont pas les intérêts stratégiques qui manquent. On peut bien jouer la carte de l’intimidation et de la détermination, l’important est à mon avis que les discussions et les rencontres se poursuivent. Biden sait bien que Poutine ne le lui fera pas de cadeaux, mais il est suffisamment expérimenté pour comprendre qu’il a besoin de maintenir la meilleure relation possible.