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13e féminicide: vibrant appel à une meilleure protection des femmes

Les hommes violents doivent être encadrés après une dénonciation

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Dénoncer la violence conjugale ne suffit pas à protéger les femmes constate un organisme au moment où le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu veut mieux protéger les victimes en encadrant les hommes violents.

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«On commence à manquer de mots», s’attriste Claudine Thibaudeau, responsable de la formation et du soutien clinique chez SOS violence conjugale, en réaction à cette nouvelle tragédie.

Mme Thibaudeau reconnaît une volonté sociale et politique de changer les choses, mais elle estime que la pandémie a envenimé la situation.

  • Écoutez l'entrevue du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

«On craignait une escalade liée au confinement. Les victimes se trouvent isolées avec les agresseurs, dont le pouvoir augmente, les victimes n’ayant plus accès à leurs réseaux, ne serait-ce que celui du travail. On semble maintenant voir une escalade liée au déconfinement qui remet en jeu le pouvoir du partenaire», analyse-t-elle.

Selon Mme Thibodeau, la pandémie a mené plusieurs femmes à reporter leur réflexion sur une rupture. Elles seront de plus en plus nombreuses à y penser à nouveau.

«Les victimes de violence conjugale hésitent à quitter et elles ont raison parce que la rupture c’est un moment propice à des escalades de violence. De 80 à 90% des meurtres sont commis juste avant ou juste après une rupture.»  

  • Écoutez La rencontre Dutrizac-Dumont sur QUB radio:   

«Il faut faire attention avec le message de dénoncer. Pour une victime de violence, tout ce qui remet en question le rapport de pouvoir de l’homme violent peut être propice à une escalade et être un danger», tempère-t-elle.

Mme Thibaudeau explique que c’est la raison pour laquelle SOS violence conjugale écoute d’abord les personnes dans ce qu’elles vivent et leur donne ensuite les ressources qu’elles désirent, comme leur trouver un hébergement.

Une pétition aujourd’hui

«C’est inacceptable que le gouvernement ne prenne pas les moyens pour éviter les meurtres qui sont évitables. Une bonne partie de ces meurtres pourraient être évités», affirme pour sa part le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.

D’une part il milite pour que le Code criminel protège mieux les femmes et que d’autre part pour des mécanismes forçant les hommes ayant des problèmes de comportement à se faire traiter.

«Toute la publicité depuis 20 ans des gouvernements c’est de dénoncer. Mais les politiciens ne comprennent pas qu’en faisant ça, ces femmes mettent leur vie et celle de leurs enfants en danger. Si le système de justice ne peut pas protéger les femmes qui dénoncent, qui va les protéger? La technologie existe. Pourquoi au Canada il y a 150 hommes accusés de violence conjugale qui portent le bracelet électronique et aucun au Québec?», questionne-t-il. 

  • Écoutez l'entrevue avec Geneviève Landry, Directrice Générale de l'organisme «Entraide pour homme» avec Sophie Durocher sur QUB radio :  

Le sénateur a déposé un projet de loi il y a deux mois «pour protéger les femmes et mieux encadrer les hommes violents», mais il regrette que ça n’a pas bougé au sénat ni à la Chambre des communes.

«Est-ce que ça prend une journée où sept ou huit femmes vont se faire assassiner pour réveiller les politiciens?» , demande-t-il. «On ne peut pas laisser un individu qui n’a plus sa capacité de prendre des décisions rationnelles sans traitement. On est champion au Québec avec 22% de la population qui a des problèmes de santé mentale et 45% des cas de non-responsabilité criminelle surviennent au Québec».

Pierre-Hugues Boisvenu estime que de l’argent devrait être davantage investi dans les causes menant à la violence conjugale, alors qu’actuellement les efforts sont surtout mis dans les conséquences.

«La solution n’est pas de constamment cacher ces femmes qui doivent se protéger et protéger les enfants. C’est l’agresseur qui devrait être encadré. On vit cela à l’envers au Québec. L’Ontario est 10 ou 20 ans en avance sur le Québec pour la thérapie des hommes», croit-il.

Une pétition sera lancée aujourd’hui à Ottawa pour demander au fédéral de prendre les moyens de protéger les femmes victimes de violence.

Les moyens

De son côté, la Sécurité publique Geneviève Guilbault estime que son gouvernement a «fait le maximum pour pouvoir bonifier toutes les facettes de la lutte à la violence conjugale». 

«Les services sont là, mais malheureusement, il semble qu’on ne pourra jamais tout empêcher», a-t-elle ajouté, appelant les femmes et leurs entourages à «être alerte» aux situations de détresse.

«Il faut qu’on pose le premier geste quand on voit quelque chose qui nous paraît ne pas avoir de bon sens ou qui nous paraît douteux, des hommes qui ont l’air bizarres, il ne faut pas hésiter à tendre la main à cette femme-là», a-t-elle déclaré. 

Explosion des demandes

Preuve que la pandémie a des effets sur la violence domestique, les services de l’organisme SOS violence conjugale sont plus en demande que jamais.

«Depuis trois ou quatre ans, nous avons une augmentation des demandes de plus de 50%. Mais si l’année se poursuit comme elle est partie, nous sommes à un rythme de 60 000 appels», lance Claudine Thibaudeau.

Le chiffre à mettre en comparaison aux 33 000 appels d’avant la pandémie, soit environ 90 par jour. En mai dernier, l’organisme a connu une journée de 330 appels, du jamais vu.

«Trop souvent les personnes qui exercent de la violence conjugale ne se voit pas ainsi et même chose pour celles qui subissent, elles ne se voient pas en victimes. On souhaite qu’au moins, ces horreurs fassent en sorte que chacun et chacune prennent position contre la violence et pour les victimes. On a réussi à changer la mentalité de l’alcool au volant. Il faut en arriver au point où pour la masse critique, toute les formes de violences conjugales n’ont plus leur place», conclut-elle.

— Avec Vincent Larin, Agence QMI

Un 13e féminicide cette année       

Le meurtre de Nathalie Piché mardi, à Québec, porte le nombre de féminicides à 13 cette année dans la province. Voici le visage des 12 premières victimes de ce triste palmarès, en 2021.

Elisapee Angma, 44 ans

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Marly Edouard, 32 ans

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Nancy Roy, 44 ans

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Myriam Dallaire, 28 ans

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Nadège Jolicœur, 40 ans

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Dyann Serafica-Donaire, 38 ans

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Sylvie Bisson, 60 ans

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Rebekah Harry, 29 ans

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Lisette Corbeil, 56 ans

Photo Twitter

Carolyne Labonté, 40 ans

Photo courtoisie

Kataluk Paningayak, 43 ans

Photo courtoisie

Zoleikha Bakhtiar, 36 ans

Si vous avez besoin d’aide  

Ligne québécoise de prévention du suicide  

  • www.aqps.info  
  • 1 866-APPELLE (277-3553)                                          

SOS violence conjugale  

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