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Chère pour très peu: 530$ par signalement sur l’application Alerte COVID

Le gouvernement a misé gros pour finalement n’obtenir que peu de résultats

Application COVID
Photo courtoisie, Isabelle Laflamme L’application Alerte COVID a été téléchargée jusqu’à maintenant sur les téléphones de 6,5 millions de Canadiens.

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Lancée à grand bruit par les gouvernements Trudeau et Legault, l’application Alerte COVID a coûté cher et a donné peu de résultats.

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Ottawa a dépensé pas moins de 17,5 M$ pour faire connaître l’application, destinée aux téléphones intelligents, grâce à une importante campagne de publicité et à des initiatives de marketing.

L’application a été téléchargée par plus de 6,5 millions de Canadiens, mais elle a très peu servi. Son principe d’utilisation repose sur l’idée qu’une personne atteinte de COVID-19 se signale de façon anonyme par l’intermédiaire de l’application, qui alerte ensuite les personnes qui se sont trouvées à proximité d’elle.

D’après les données les plus récentes, compilées par notre Bureau d’enquête, à peine 4,1 % des Canadiens ayant obtenu un résultat positif à la COVID ont employé l’application pour indiquer qu’elles avaient été atteintes par la maladie.

Cela veut dire que, sur environ 800 000 Canadiens atteints par la COVID, depuis que l’application est disponible à la fin de l’été dernier, seulement 33 000 y ont eu recours, ce qui représente une somme de 530 $ dépensée par signalement.

Au Québec, la participation a été particulièrement faible. Le taux a été de seulement 1,7 %, soit 4989 cas signalés sur 295 755 cas totaux.

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Marketing

En octobre dernier, le premier ministre François Legault exhortait les Québécois à télécharger l’application, en vantant son utilisation facile et sécuritaire. 

« Si je suis capable, beaucoup de gens sont capables », avait-il souligné.

« Si on peut atteindre 50 % [de téléchargements] ou plus, ça va avoir un impact vraiment transformateur », disait pour sa part Justin Trudeau lors du lancement de l’application.

En fait, cet objectif n’a jamais été atteint. Les 6,5 millions de téléchargements représentent un taux d’adhésion de 20 %, puisqu’on estime à 31,4 millions le nombre de téléphones cellulaires au Canada.

D’après des documents déposés à la fin du mois de mai à la Chambre des communes, 15,3 M$ des 17,5 M$ dépensés en publicité et en marketing ont servi à une campagne pancanadienne orchestrée par la firme Cossette.

« Tiré par les fenêtres »

Pour l’experte en médias sociaux Michelle Blanc, le piètre succès de l’application n’est pas une surprise. 

« C’est de l’argent tiré par les fenêtres », juge-t-elle.

À son avis, l’utilité des applications sur les téléphones pour communiquer avec la population est carrément surfaite. 

« Les gens emploient seulement quelques applications régulièrement, peut-être trois ou quatre », dit-elle.

Elle estime que des craintes à l’égard de la vie privée ont aussi freiné les signalements par l’intermédiaire de l’application, même s’ils sont anonymes.

« Si on faisait une application pour le SIDA, est-ce qu’on serait prêt à dire qu’on a le SIDA ? » illustre-t-elle pour faire comprendre les craintes des gens.

– Avec Sarah Daoust-Braun

SI ON EST POSITIF  

  • Une fois déclaré positif à la COVID-19, on doit obtenir un code à usage unique du ministère de la Santé de sa province.     
  • Le code doit ensuite être entré dans l’application.     
  • Les personnes ayant téléchargé l’application et qui se sont trouvées à proximité de la personne contaminée dans les 14 jours précédents sont alertées.     
  • L’application fonctionne par échanges de données anonymes au moyen du système Bluetooth.          

Note : l’application n’était pas active en Alberta, en Colombie-Britannique, au Yukon ni au Nunavut.

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