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Exceldor: le massacre de Saint-Anselme

Ailes de poulet
Photo d'Archives, Pierre-Paul Poulin

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La grève d’Exceldor se poursuit, et le nombre de poulets euthanasiés ne cesse d’augmenter. Nous sommes à plus d’un million de poulets euthanasiés, pour un conflit de travail. Un million, ce qui équivaut à presque 4 millions de précieux repas. Le syndicat, en grève depuis 3 semaines, demande une augmentation de salaire de 40% sur 3 ans.

Ces travailleurs méritent pleinement l’augmentation demandée. Pleinement. Les conditions de travail dans ces usines sont lamentables. L’environnement de travail est bruyant, humide et surtout, très violent. Nonobstant ces conditions, ce sont des emplois en région où le recrutement est déjà particulièrement difficile. Peu de Québécois aimeraient y travailler, même avec une augmentation salariale de 40% sur 3 ans.

Une loi spéciale ou l’arbitrage mettraient fin au massacre avicole à Saint-Anselme, bien sûr, mais le vrai problème persisterait. Les droits des travailleurs seraient carrément bafouillés et le climat de travail serait à couteaux tirés. Alors, une trêve, peut-être, mais les travailleurs doivent en bénéficier, d’une façon ou d’une autre.

Des salaires plus élevés auraient également des conséquences graves. Les Québécois ont une histoire d’amour particulière avec le poulet, parlez-en à St-Hubert. Une augmentation de la sorte forcerait l’ensemble de la chaîne à ajuster ses prix. En un rien de temps, le prix de cette protéine animale la moins dispendieuse sera plus élevé, et ce, au détriment de bien des budgets familiaux. Également, offrir aux travailleurs ce qu’ils demandent ne réglera pas non plus le problème à long terme. Par ailleurs, peut-être que des consommateurs sont prêts à payer plus pour leur poulet, mais, pour le lucratif système de quotas des producteurs agricoles qui régit la filière avicole au Québec, leur part de marché est important. Augmenter le prix au détail pourrait nuire au poulet et bénéficier à d’autres viandes.

N’oublions pas qu’avec le système de quotas en place, les producteurs qui voient leurs poulets se faire gazer recevront une compensation adéquate pour leur perte, peu importe la durée du conflit. Autrement dit, les producteurs n’ont absolument aucun incitatif à régler le problème immédiatement. D’autant plus, Exceldor est une coopérative qui appartient en grande partie aux agriculteurs. Ceux-là mêmes qui expédient leurs poulets vivants au fourneau industriel, faut-il le souligner. La gouvernance de l’industrie n’aide pas du tout. Dans la filière porcine ou celle du bœuf, la situation serait différente. D’ailleurs, il y a à ce moment même un conflit à l’usine d’Olymel à Vallée-Jonction, et ils ont réussi à éviter l’euthanasie d’animaux.

L’usine d’Exceldor et celle d’Olymel à Vallée-Jonction ne sont que la pointe de l’iceberg. Attelez-vous, ce n’est que le début. Il y aura d’autres conflits puisque les travailleurs veulent des conditions auxquelles ils ont droit, tout simplement. Ce n’est qu’une question de temps avant que la marmite de la transformation animalière saute. L’avenir passe par une plus grande automatisation des opérations, un point c’est tout. Et pour ce faire, il n’y a pas d’autre solution, il faut de l’argent. Or, les membres d’Exceldor, les millionnaires de la gestion de l’offre, ont les moyens de le faire. Selon Statistique Canada, la valeur nette d’une ferme avicole au Canada est de près de 10 millions de dollars. La valeur nette. En voilà une solution.

Bien que les producteurs se sentent mal d’assassiner des poulets pour rien, ils font aussi preuve d’un peu d’hypocrisie, soyons honnêtes.

Pour revenir au massacre avicole, c’est là que l’on s’aperçoit à quel point nous sommes devenus un peuple archi-urbanisé, faisant constamment preuve d’incohérence. L’an dernier, des citoyens sont montés aux barricades pour 30 cerfs de Virginie en surpopulation dans un parc de Longueuil. Nous venons d'abattre 1 million de poulets, en raison d'un conflit de travail. Pendant qu’abattre une trentaine de «Bambi» était inexcusable, les écologistes se font muets pour plus d’un million de poulets. Bizarre de société. 

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