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Le Canada a fini par nous confirmer notre identité

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Photo AFP Le Québec n’est pas le vassal du Canada.

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Hier matin, on a appris ce qu’on savait déjà depuis plusieurs mois, c’est-à-dire que le gouvernement Trudeau entend inscrire dans la loi remaniée sur les langues officielles que le français est la langue officielle du Québec. 

Ouf ! 

Quelle excitation et quelle joie pour les Québécois qui rêvaient de cette reconnaissance aussi généreuse qu’affective ! 

Enfin, car il n’est jamais trop tard. Le Canada, terre de nos aïeux, a fini par nous confirmer notre identité. 

  • Écoutez la chronique de Denise Bombardier au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Qu’on me permette un aparté personnel. Depuis ma naissance jusqu’à sa mort, mon père ne m’a jamais appelée Denise. Il a traversé sa vie sans me prénommer. Il n’y a pas de mystère à ma combativité légendaire. Inconsciemment, pour pouvoir m’affirmer, j’ai choisi un métier public où tout le monde ou presque connaîtrait mon nom. C’est ainsi que j’ai pu exister et vivre avec passion. 

Cruauté

Les petits autochtones martyrisés dans les collèges ont subi la cruauté extrême de se faire dénommer par leurs enseignants qui leur ont imposé plutôt un chiffre pour les identifier. Pour leur arracher leur nom. 

Et voilà, sur un tout autre registre, que M. Trudeau, Justin de son prénom, décide à la veille des élections fédérales de reconnaître le Québec comme territoire officiel de la langue française.

Serons-nous assez naïfs ou stupides pour considérer cette reconnaissance comme un gain collectif ? Nos carences affectives sont-elles si importantes qu’elles nous poussent à nous réjouir de ce geste aux intentions perverses ? Faudrait-il que l’on s’agenouille comme Justin Trudeau sait si bien et si souvent le faire afin de nous excuser de toutes les calomnies et les critiques négatives que nous avons formulées à son endroit ? 

Car cette reconnaissance politique arrive soixante ans après le début du nationalisme progressiste du Québec moderne. Après deux référendums où les Québécois ont choisi le Canada, après le refus canadien des accords du lac Meech et au moment où la popularité de la CAQ mène directement à la victoire du gouvernement Legault. 

Reconnaissance tardive

Que signifie cette reconnaissance officielle tardive de ce qu’est la société québécoise, alors que la semaine dernière, le premier ministre Trudeau s’enfargeait dans une comparaison surréaliste entre le port du masque pendant la pandémie et l’interdiction du voile islamique imposée aux enseignantes en vertu de la loi sur la laïcité ? Justin Trudeau aurait-il découvert que le Québec est officiellement français si les partis d’opposition à Ottawa n’avaient pas reconnu cette évidence avant lui ?

M. Trudeau, le doyen autoproclamé des chefs d’État et de gouvernement du G7, ne recule devant aucune occasion pour se présenter en leader mondial et en un premier ministre bienveillant et généreux envers les Québécois, qu’il ne cesse de juger moralement. 

Mais les Québécois, qui sont en train de sortir fragilisés de cet emprisonnement sanitaire et qui manifestent une fatigue culturelle évidente, vont-ils être le dindon de la farce dans ce psychodrame interminable ? 

Est-ce Ottawa qui décidera de notre distinction ? La langue officielle du Québec est d’une évidence si flagrante. Désormais, c’est sa laïcité qui est l’os que Trudeau s’est fait enfoncer au fond de sa gorge postnationale. Des affrontements brutaux sont donc de nouveau à prévoir entre Québec et Ottawa. C’est la guerre, yes sir !