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41 000 Québécois en attente: les soins à domicile sont en crise

Même la hausse des effectifs n’arrive pas à combler la demande de service qui explose au fil des ans

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Photo Agence QMI, Joël Lemay L’auxiliaire familiale Josée Labrecque aide Paulin Damphousse à se lever. L’homme de 79 ans est paralysé du côté droit depuis un AVC en 2006. Après 15 ans à s’en être occupée seule, son épouse a eu recours à de l’aide l’automne dernier.

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Plus de 41 000 Québécois attendent un service à domicile, un nombre qui a bondi de 20 % en trois ans, malgré une hausse des heures offertes et des effectifs qui échouent à combler la demande.

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La liste d’attente pour un service de soutien à domicile compte désormais 7400 personnes de plus qu’en 2018. Plus de 12 600 Québécois attendent encore un tout premier service.

Et ce, même si le nombre de personnes desservies a augmenté depuis trois ans. 

«Les données démontrent que malgré une augmentation de la liste d’attente en [soutien à domicile], les usagers à recevoir ces services sont plus nombreux et les heures consacrées à ces soins continuent de croître», assure le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Des tonnes d’heures... insuffisantes 

Il souligne desservir 38 000 personnes de plus et offrir près de 5 millions d’heures supplémentaires. L’effectif a augmenté de 35 %. Près de 400 000 Québécois ont bénéficié de 25 millions d’heures de soutien à domicile l’an dernier.

Cela comprend tant les soins infirmiers ou d’hygiène que les services d’ergothérapie ou de physiothérapie, par exemple, pour des aînés en perte d’autonomie ou des personnes handicapées.

Au début du mois, Québec a d’ailleurs annoncé un investissement de 750 millions $ sur cinq ans.

Mais selon l’ex-ministre et médecin gériatre Réjean Hébert, des changements majeurs sont nécessaires, car l’argent ne suffit pas.

« Les investissements annoncés, ça ne signifie que quelques dollars par semaine de plus sur tous ceux qui reçoivent des services [...] Et ça ne veut pas dire que l’argent investi se traduit en services », affirme-t-il. 

Il croit que ce sont plutôt les usagers qui devraient recevoir directement l’argent, pour le dépenser selon leurs besoins.

Car l’accès aux services est inégal d’une région à l’autre. Plusieurs CIUSSS montréalais n’affichent aucune attente en soins infirmiers à domicile. Les délais sont plutôt pour les soins d’ergothérapie ou les services psychosociaux, par exemple. 

Alors qu’environ 1000 personnes attendent un service dans la Capitale-Nationale, ils sont autour de 3000 en Mauricie et dans Chaudière-Appalaches.

Subvention déguisée

Réjean Hébert se désole aussi du fait qu’environ 80 % du crédit d’impôt existant pour le maintien à domicile aboutit dans les résidences pour personnes âgées puisque les locataires y sont admissibles pour rembourser le tiers du loyer.

« C’est une subvention déguisée », dit-il. 

La fondatrice de l’entreprise privée de soins à domicile Bien chez soi estime aussi que cet argent pourrait aider les moins fortunés à obtenir des soins. 

« On a des milliers d’employés prêts à aider à réduire cette liste d’attente », lance-t-elle, habituée à recevoir des appels de personnes désespérées d’attendre. 

Un service qui change tout dans leur vie  

Sans une aide à domicile privée pour son mari paralysé à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC), une aînée de Terrebonne aurait dû se résoudre à lui trouver une place en CHSLD.

« Ça change tout, confie Francine Damphousse. Je peux partir faire l’épicerie l’esprit tranquille. Car avant, je partais, mais à la course, je m’inquiétais, et c’est arrivé qu’il tombe. »

Sa vie a basculé du jour au lendemain le 1er janvier 2006 quand son mari, Paulin Damphousse, a fait un AVC. Tout son côté droit est paralysé et il n’arrive plus à s’exprimer, sauf pour compter jusqu’à 10 ou lancer un sacre devant un match de hockey.

Mais son mari des 50 dernières années est encore alerte. Il sourit et hoche la tête lorsqu’elle lui demande s’il apprécie l’aide de Josée Labrecque, auxiliaire familiale de Bien chez soi, qui rend visite à la famille trois jours par semaine depuis l’automne.

Âgée de 72 ans, Mme Damphousse ne pouvait plus s’occuper seule de son mari. Il a constamment besoin d’être soutenu pour marcher, par exemple.

Mais la dernière chose qu’elle souhaitait, c’était de le voir quitter la maison qu’ils habitent depuis 1977.

« Mais si Josée n’était pas là, je serais mal prise », souffle-t-elle.

25 000 $ par an

Alison Green, de Bien chez soi, souligne que 16 heures de services par semaine coûtent environ 25 000 $ par année, dont le tiers est remboursable par un crédit d’impôt. 

Mme Damphousse reconnaît que ces services sont un luxe, pas à la portée de tous, mais son mari et elle se serrent la ceinture pour cette qualité de vie.

Elle souligne aussi avoir eu de l’aide du CLSC, notamment pour installer un monte-escalier. Néanmoins, elle a observé un important roulement de personnel et c’était important pour elle d’établir un lien de confiance avec la personne qui vient aider son mari.

Josée Labrecque va l’aider à faire des exercices pour sa jambe paralysée, ses déplacements ou encore lui raser la barbe. 

« Une relation s’installe », précise l’auxiliaire qui a maintenant l’impression de faire partie de la famille. « Si le gouvernement pouvait valoriser ça », plaide-t-elle.

Plus reposée qu’avant, Francine Damphousse pourra suivre la série du Canadien contre les Golden Knights avec son mari.

DES PATIENTS QUI PATIENTENT   

Usagers en attente d’un service

2020-2021 : 41 346

2019-2020 : 40 585

2018-2019 : 33 930

Total d’usagers

2020-2021 : 397 702

2019-2020 : 369 524

2018-2019 : 359 772

Heures d’aide

2020-2021 : 24,4 millions

2019-2020 : 22,7 millions

2018-2019 : 19,5 millions

Source : MSSS

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