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Si Bell faisait un effort pour la cause

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Comme rien ne l’obligeait à continuer de contribuer au Fonds Harold Greenberg, Bell a tiré la « plogue » sans état d’âme.

Au printemps 2013, à la deuxième tentative de Bell, le CRTC avait finalement approuvé l’acquisition d’Astral. Une transaction de 3,4 milliards $. Du coup, Astral, qu’avaient fondée les quatre frères Greenberg, dont mon ami Harold, était intégrée à Bell Média. Malgré les belles promesses de Bell, il va sans dire qu’il ne reste plus grand-chose de l’identité montréalaise d’Astral. 

Il en restera encore moins lorsque le Fonds Harold Greenberg disparaîtra. Chez les Greenberg, c’est Harold qui avait les idées, qu’elles soient folles ou raisonnables. Harold commença par obtenir la concession du département photo des magasins Miracle Mart, puis il acheta le laboratoire Pathé-Bellevue. Fort de cette acquisition, il décrocha les droits de photographie de l’Expo 67. C’est ainsi que naquit Astral Photo, qui mena à la création d’Astral Bellevue Pathé et au saut d’Harold dans le cinéma.

Ses premiers pas dans le 7e art se changèrent en or. La comédie érotique Porky’s, produite de bric et de broc et à grands coups de gueule, rapporta des millions et devint une fructueuse franchise donnant lieu à trois autres films. Harold ne doutait de rien. Il avait ses entrées à Hollywood et celles qu’il n’avait pas, il les défonçait.

SON NOM DISPARAÎTRA-T-IL ?

À Los Angeles comme à Montréal, Harold n’a jamais cessé de défendre le cinéma canadien, qu’il soit anglophone ou francophone. Sans lui, The Apprenticeship of Duddy Kravitz de Ted Kotcheff ou Maria Chapdelaine de Gilles Carle et combien d’autres films n’auraient pas vu le jour ? Le nom d’Harold Greenberg disparaîtra-t-il si, comme tout semble l’indiquer, le Fonds qui le perpétue cesse toute activité le 31 août prochain ? 

Lorsqu’une entreprise de radiodiffusion est acquise par une autre, le CRTC impose à l’acheteur de verser des avantages tangibles. Il s’agit ni plus ni moins de l’équivalent de la taxe de bienvenue qu’une municipalité force chaque propriétaire à verser lorsqu’il achète une maison ou un immeuble. Suite à l’acquisition de « V », Bell devra, par exemple, verser plus de 3 millions $ en « taxe de bienvenue ».

De tous les avantages tangibles que Bell fut obligée de verser après l’achat d’Astral, plus de 12 594 300 $ sont allés au Fonds des médias du Canada et au Fonds Harold Greenberg. Ce fonds, qui avait été créé en 1986, est ce qu’on appelle en jargon du CRTC « un fonds de production indépendant certifié ». Il doit être administré par des personnes indépendantes, comme le Fonds Québecor ou le Fonds Rogers. 

LE FONDS N’A PLUS DE FONDS

Cette année, le Fonds Harold Greenberg a fini d’épuiser les avantages tangibles versés par Bell. Les administrateurs de la partie francophone, qui ne voyaient pas comment leur Fonds pourrait survivre, ont décidé sagement de fermer boutique le 28 février. Quant à ceux de la partie anglophone, ils feront de même le 31 août si personne ne vient à la rescousse. Ils espèrent toujours un miracle, car ils sont convaincus que sans l’aide qu’apportait le Fonds au développement des scénarios, le cinéma anglophone aura beaucoup de mal à survivre.

Je ne vois pas comment Bell, qui a déjà son propre fonds de production indépendant, déciderait d’en financer un autre. Mais si Bell faisait un effort pour la cause d’Harold Greenberg, Bell pourrait sûrement trouver une façon de perpétuer sa mémoire.