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Décès d'un travailleur de 14 ans à Saint-Martin: le port de la ceinture aurait pu lui sauver la vie

La CNESST, qui a effectué l’enquête, arrive à la conclusion que le jeune opérateur du chariot élévateur n’était pas attaché, le 15 juin 2020, chez PJB Industries, à Saint-Martin.
Photo courtoisie, CNESST La CNESST, qui a effectué l’enquête, arrive à la conclusion que le jeune opérateur du chariot élévateur n’était pas attaché, le 15 juin 2020, chez PJB Industries, à Saint-Martin.

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Selon l’enquête de la CNESST, la mort du jeune de 14 ans décédé en juin 2020, à Saint-Martin, lors d’une manœuvre risquée d’un chariot élévateur en milieu de travail, aurait pu être évitée.

L’entreprise PJB Industries a fait preuve de plusieurs manquements, selon le rapport rendu public mercredi. Premièrement, le jeune travailleur n’avait pas l’âge requis pour conduire un chariot élévateur. L’utilisation des chariots élévateurs est réservée aux caristes âgés d’au moins 16 ans et d’au moins 18 ans si le chariot est utilisé sur un chantier de construction. 

Il s’avère par ailleurs que c’était la première fois que l’adolescent se retrouvait aux commandes du chariot élévateur chez cet employeur.   

La CNESST, qui a effectué l’enquête, arrive à la conclusion que le jeune opérateur du chariot élévateur n’était pas attaché, le 15 juin 2020, chez PJB Industries, à Saint-Martin.
Photo d'archives Jean-François Racine
La CNESST, qui a effectué l’enquête, arrive à la conclusion que le jeune opérateur du chariot élévateur n’était pas attaché, le 15 juin 2020, chez PJB Industries, à Saint-Martin.

«Le manque de formation et de supervision a fait en sorte que le jeune travailleur ignorait les risques reliés à l’utilisation d’un chariot élévateur», peut-on lire dans le document. 

Ce qui est plus préoccupant encore, c’est que la victime ne portait pas la ceinture de sécurité. Il a été éjecté et écrasé par la structure de protection du chariot élévateur à la suite de son renversement. 

«Tous les manuels d’opération de chariot élévateur stipulent que si les dispositifs de retenue sont utilisés, ça évite que la personne soit éjectée du siège du conducteur et qu’elle demeure dans le poste. Il aurait possiblement subi des blessures, mais somme toute, ça aurait été des blessures mineures», a affirmé Christian Roy, inspecteur. 

«Le fait d’être éjecté a fait en sorte que le jeune s’est retrouvé coincé par la structure de protection du chariot élévateur», a-t-il ajouté.  

Le jour de l’accident, le travailleur de 14 ans devait, à l’aide de cette machinerie, vider le contenu d’un bac de résidus métalliques dans un conteneur situé dans la cour de l’entreprise.  

Lors de cette manœuvre, le bac a glissé sur les fourches du chariot et s’est retrouvé au fond du conteneur. Constatant la situation, un de ses collègues a récupéré une chaîne munie de crochets qu’il a fixée au bac et a enroulé son autre extrémité à l’une des fourches du chariot.  

Voulant bien faire, le jeune travailleur a soulevé les fourches au maximum pour tendre l’élingue et sortir le bac, mais la hauteur du mât du chariot était insuffisante. Il a alors procédé à une manœuvre de recul pour tirer le bac hors du conteneur: le bac est sorti, provoquant le relâchement soudain de la tension de l’élingue et entraînant le renversement du chariot élévateur.  

«Le travailleur s’est ainsi retrouvé coincé sous le véhicule. Les secours ont été appelés sur les lieux, et le travailleur a été conduit à l’hôpital, où son décès a été constaté», peut-on lire dans le rapport. 

La CNESST retient trois causes contributives: le relâchement soudain de l’élingue, le non-port de la ceinture de sécurité et le manque de formation.

Manœuvre risquée

«Ça reste une charge suspendue, c’est toujours des manœuvres à risque parce qu’un chariot élévateur est fait pour avoir des charges stables sur ses fourches et non des charges suspendues à ses fourches», a ajouté M. Roy.  

«Lorsque tu es au maximum de tes fourches, c’est toujours plus facile de déstabiliser un chariot élévateur. C’est toujours la position la plus critique. En gardant la charge le plus bas possible, ça permet de mieux contrôler ta charge et de rester plus stable, car ton centre de gravité bouge moins.» 

«Un renversement de chariot élévateur, ça se fait en dedans de 1,6 seconde, selon des études réalisées», souligne M. Roy.  

Au Québec, de 2016 à 2020, pas moins de 2954 travailleurs ont subi des lésions en lien avec l’utilisation d’un chariot élévateur.  

Un constat d’infraction a été délivré à l’employeur, PJB Industries, qui s’expose à une amende variant de 17 505$ à 70 027$ pour une première offense, et pourrait atteindre 350 136$ en cas de récidive. Le montant exact est «à l’étude». 

«Le but de l’enquête n’est pas d’identifier des coupables. Nous, on est là pour identifier les causes de l’accident», a indiqué Alexandre Dumont, responsable des communications. 

Par la loi, l’employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique de ses travailleurs. Il a également l’obligation de s’assurer que l’organisation du travail ainsi que les équipements, les méthodes et les techniques pour l’accomplir sont sécuritaires. 

L’entreprise préfère ne pas commenter le dossier.