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Violence conjugale: l'interdit de contact, une mesure inefficace selon une ex-victime

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Une ancienne victime de violence conjugale et d’exploitation sexuelle critique sévèrement l’efficacité de l’article 810 du Code criminel, communément appelé «un interdit de contact», affirmant même qu’il s’agit d’un «cadeau» pour les agresseurs. 

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Interpellée par le 13e féminicide de l’année, qui a couté la vie à la mère de famille Nathalie Piché, une ancienne victime de violence conjugale rappelle qu’il est «très difficile» de sortir d’une relation violente, empreinte de manipulation et de menaces.  

«Il faut comprendre que les victimes, ce ne sont plus elles qui pensent, c’est l’agresseur qui pense pour elle», relate Emilie, qui souhaite conserver son anonymat en préservant son nom de famille. 

Ayant elle-même retiré sa plainte contre son agresseur une première fois, en raison du chantage et des menaces, elle affirme qu’il est difficile pour une victime, d’aller au bout du processus judiciaire. 

«Il me disait : si tu m’aimais vraiment, tu n’aurais jamais appelé la police. Une bonne conjointe ne porte pas plainte contre son amoureux», dit-elle. 

Âgée de 29 ans, la jeune femme de Québec raconte l’enfer qu’elle a vécu entre 2010 et 2012. Victime de violence conjugale pendant plus d’un an, elle a ensuite été forcée par son ancien conjoint à se prostituer pendant près de huit mois, 7 jours sur 7. En 2012, il a écopé de 36 mois de prison.

Selon elle, l’interdit de contact permet aux agresseurs d’isoler davantage leur victime de leurs proches. «C’est le cadre idéal pour lui [l’agresseur] pour éloigner de sa victime sa famille et ses amis, pour l’isoler encore plus, puisque la relation doit être secrète. Il ne faut pas que l’entourage le sache, sinon ils vont appeler la police», relate-t-elle. 

Isolée et violentée 

«C’est à partir de ce moment que je n’avais plus de Facebook, ni de cellulaire. Il m’avait même fait teindre les cheveux en roux», décrit l’ancienne victime, toujours aux prises avec les effets d’un choc post-traumatique, près de 9 ans après les évènements.  

C’est d’ailleurs pendant cette période de six mois, lors de laquelle son ex-conjoint ne devait pas entrer en contact avec elle, qu’elle a été le plus violentée, dit-elle. «Quand il me battait, il me disait que c’était à cause de l’interdit de contact, que ça le stressait. Il me disait : te rends-tu compte à quel point je t’aime? Je risque ma liberté pour être avec toi», se souvient-elle. 

Vérifications policières 

Selon elle, il est clair que «l’interdit de contact » n’est pas respecté, lorsque les femmes retirent leur plainte contre leur conjoint violent. «Ça devrait sonner une cloche au procureur, qui devrait lâcher un coup de fil à la police pour leur dire d’aller vérifier à l’adresse de l’agresseur», estime-t-elle. 

«Ce n’est pas pour rien que cette femme-là a retiré sa plainte. Il y a fort à parier qu’il l’a appelé, qu’il s’est même probablement présenté à son domicile et lui a dit tout ce qu’elle voulait entendre», poursuit-elle. Selon nos informations, Noureddine Mimouni s’était en effet présenté chez Nathalie Piché quelques heures à peine après son arrestation l’hiver dernier, malgré sa condition de ne pas entrer en contact avec elle.  

Un «bout de papier» 

«Ces gars-là ne respectent pas les interdits de contact. C’est un bout de papier, c’est juste ça. Ca ne te protège pas contre un fou [...] Il n’y a même pas de vérifications de faites», déplore Émilie.  

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE  

Ligne québécoise de prévention du suicide  

  • www.aqps.info  
  • 1 866-APPELLE (277-3553)                                              

SOS violence conjugale  

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