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Les nostalgiques de la guerre froide

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Photo AFP Le monde qui vient est multipolaire.

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Joe Biden rencontre aujourd’hui Vladimir Poutine. Le président américain est censé dire au président russe qu’il lui tiendra tête. Mais il y a derrière cet appel à la fermeté une conception du monde qui doit être questionnée.

C’est qu’on trouve aux États-Unis des nostalgiques de la guerre froide, rêvant de rejouer le grand affrontement entre Washington et Moscou. Ils sont enfermés dans des schèmes mentaux périmés. 

Pour eux, la relation entre les États-Unis et la Russie doit être fondamentalement conflictuelle. 

À travers cela, c’est la question du rôle de l’OTAN qui se pose. 

Biden

L’alliance défensive des démocraties occidentales créée en 1949 pour résister à la tentation impériale de l’URSS n’a plus vraiment de raison d’être. Elle est désuète. Elle aurait dû se dissoudre après la chute du mur de Berlin en 1989 et la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. 

Mais les organisations politico-bureaucratiques résistent à leur dissolution. Elles se cherchent des raisons de vivre, ou du moins, de survivre. Le résultat n’est pas toujours convaincant.

Un nouveau monde multipolaire émerge. 

De l’émergence de la Chine à celle de l’Inde, en passant par la poussée de l’islam et les grandes vagues migratoires qui s’abattent sur l’Occident, il ne ressemble vraiment plus à celui du XXe siècle. 

La place de la Turquie dans l’OTAN illustre bien ce basculement d’un monde à l’autre. Hier alliée contre l’URSS, elle s’est en quelques décennies réislamisée et se comporte comme une puissance hostile à l’Europe. La Turquie : pays allié ou ennemi ?

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Les Américains et les Européens eux-mêmes n’envisagent pas ces questions automatiquement de la même manière. 

Cela ne veut pas dire que le monde occidental ne partage pas d’intérêts. Mais ils sont moins évidents qu’hier. 

Pour les temps à venir, l’hégémonie américaine sera de moins en moins évidente. 

Pour le meilleur, car les États-Unis s’imposent partout comme une puissance impériale, exportant ses pathologies. Ils ne représentent plus le guide du monde libre. 

Pour le pire, car l’Amérique demeure un pays d’une créativité scientifique et technologique exceptionnelle. 

Surtout, plus la Chine s’imposera, plus nous nous ennuierons des Américains. 

Multipolaire

La démocratie occidentale elle-même est en crise – elle est de moins en moins démocratique. Elle piétine l’identité des peuples et soumet chaque société à un progressisme devenu fou qui engendre un nihilisme toxique : l’individu occidental se transforme en invertébré larmoyant névrosé. La propagande qui s’abat sur les sociétés et que relaie le capitalisme nous crétinise. Des deux côtés de l’Atlantique, le multiculturalisme fait des ravages.  

Ce qu’on appelle le « populisme » est d’abord une révolte des peuples contre leur dépossession démocratique et identitaire. En l’assimilant à l’extrême droite, on se condamne à ne pas le comprendre. 

Il ne s’agit certainement pas de confesser la moindre tendresse envers la Russie de Poutine et d’oublier de lui rappeler l’importance vitale des droits et libertés. Mais nous devons nous délivrer d’une vision caricaturale des relations internationales dominée par le fantasme du conflit entre l’Ouest et l’Est. Mentalement, il nous faut sortir du XXe siècle.