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Féminicide à Québec: pressée de retirer sa plainte à la police

L’accusé aurait contraint sa conjointe à mentir aux policiers selon une amie de la victime

Les policiers ont passé au peigne fin les ordures et le recyclage à proximité des lieux du meurtre de Nathalie Piché (en mortaise), mardi. Ils ont notamment découvert un couteau dans un bac à l’extérieur et l’ont emporté pour analyse.
Photo Stevens Leblanc Les policiers ont passé au peigne fin les ordures et le recyclage à proximité des lieux du meurtre de Nathalie Piché (en mortaise), mardi. Ils ont notamment découvert un couteau dans un bac à l’extérieur et l’ont emporté pour analyse.

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Après avoir porté plainte contre son conjoint violent en décembre 2020, la treizième victime de féminicide survenu au Québec se serait rendue elle-même au poste de police sous la pression de son conjoint, en 2021, pour demander que la plainte soit retirée, assure une amie de la femme assassinée.

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C’est du moins l’information obtenue par Le Journal en lien avec le triste meurtre qui s’est produit dans la nuit de lundi à mardi, avenue Duval, dans le quartier Limoilou. 

Selon ce que la victime, Nathalie Piché, a raconté à une amie, elle aurait retiré sa plainte après avoir subi de la pression, du chantage émotif et vécu de la manipulation de la part de l’accusé de 33 ans, Noureddine Mimouni, avec qui elle était mariée. 

Toutefois, selon une autre version obtenue par Le Journal, lorsque Nathalie Piché s’est présentée au poste de la centrale du parc Victoria et qu’elle s’est fait demander si elle subissait des pressions de la part de son conjoint, cette dernière aurait répondu par la négative.      

  • Écoutez l'entrevue intégrale de Joëlle Vaillancourt à QUB radio:   

« Comme la victime souhaitait retirer sa plainte, et après avoir échangé avec elle, la procureure a déclaré au tribunal ne pas avoir de preuve à offrir. Toutefois, l’engagement en vertu d’un 810 permettait d’imposer à l’accusé des conditions minimales visant à protéger la victime », a rappelé la porte-parole au DPCP, Me Audrey Roy-Cloutier, tout en précisant que la marche à suivre avait été « respectée rigoureusement ». 

Sans le savoir, ce jour-là, la femme de 55 ans venait de sceller le triste sort qui a laissé ceux qui l’ont connue, même brièvement, sous le choc, et incrédules.  

Sous le choc

« J’ai vraiment figé » en apprenant l’identité de la victime aux nouvelles, raconte Joëlle Vaillancourt, ancienne duchesse de Limoilou pour La Revengeance des duchesses, qui vit à Québec.

En 2019, elle avait rencontré Mme Piché lors d’une entrevue pour une série de portraits sur des résidents du quartier Limoilou.  

« J’y croyais pas... Elle était tellement charitable. Ça m’a fait de la peine, en tant que femme, qu’elle ait vu cette bonté se retourner contre elle », regrette-t-elle.  

Bienveillante et généreuse 

De cette unique rencontre, Mme Vaillancourt garde le souvenir d’une femme bienveillante, accueillante et charitable, ayant à cœur sa famille et ses quatre enfants.  

Pendant quelques heures, Mme Piché s’était confiée sur son parcours de combattante. Son père était atteint de maladie mentale et sa mère avait quitté le domicile familial lorsqu’elle n’avait que 10 ans.  

Mère monoparentale à l’adolescence, elle a subvenu aux besoins de sa fille grâce à l’aide sociale. Avant sa trentaine, trois autres enfants ont vu le jour, puis elle est retournée sur les bancs d’école. « Elle me disait beaucoup : “J’en ai mangé de la misère” », a dit la dame qui conservera de la victime le souvenir d’une femme généreuse.

«J’ai vraiment figé» en apprenant l’identité de la victime aux nouvelles, raconte Joëlle Vaillancourt, ancienne duchesse de Limoilou pour La Revengeance des duchesses, qui vit à Québec.  

En 2019, elle avait rencontré Mme Piché, lors d’une entrevue pour une série de portraits sur des résidents du quartier de Limoilou.  

«J’y croyais pas», dit-elle en mentionnant que cela a pris une bonne heure avant que le choc commence à se dissiper un peu.  

«Sa personne était tellement généreuse et charitable. Ça m’avait fait de la peine qu’en tant que femme, elle s’est faite retourner cette bonté contre elle», regrette-t-elle.  

Mme Vaillancourt avait contacté Mme Piché après que cette dernière eut remplit un frigo-partage du quartier. «C’était une façon pour elle de redonner à la communauté.» 

Bienveillante et généreuse 

De cette unique rencontre, autour d’un café sur la 3e avenue, Mme Vaillancourt garde le souvenir d’une femme bienveillante, accueillante, charitable et généreuse, ayant à cœur sa famille.  

«Elle était très impliquée dans sa propre famille. Elle était aidante naturelle pour un de ses petits-enfants», dit-elle à propos de la mère de quatre enfants.  

«Elle m’a raconté des choses qui n’étaient vraiment pas banales, mais la façon qu’elle le racontait, c’était tellement naturel, zen, plein de sagesse. C’était vraiment un parcours hors de l’ordinaire. Ça m’avait vraiment touché qu’elle était passée à travers tout ça, puis qu’encore aujourd’hui, elle ne retenait pas de rancœur, de frustration», souligne l’auteure du portrait.  

Parcours du combattant

Pendant quelques heures, Mme Piché s’était confiée sur son parcours du combattant. Son père était atteint de maladie mentale et sa mère avait quitté le domicile familial lorsqu’elle n’avait que 10 ans.  

À 15 ans, Mme Piché devient mère monoparentale et doit subvenir aux besoins de sa fille grâce à l’aide sociale. «Je n’aurais pas pu donner ma fille en adoption. Je suis comme ça. Une fille de cœur», avait-elle dit à Mme Vaillancourt.  

Elle aura trois autres enfants avant la trentaine et décide alors de retourner à l’école pour obtenir un DEP en secrétariat-comptabilité.  

«Je ne voulais plus dépendre de personne. Je voulais être capable de faire vivre mes enfants. J’ai eu de la misère. De fil en aiguille, je m’en suis sortie», avait expliqué Mme Piché, comme rapporté par Mme Vaillancourt.  

«Elle me disait beaucoup pendant l’entrevue : «j’en ai mangé de la misère»», se remémore l’ex-duchesse. «Elle a vécu beaucoup de situations où elle était seule, peu entourée, pas beaucoup de famille, et il y a quelques personnes dans son parcours qui lui ont tendu la main. C’est grâce à ça qu’elle a pu retourner à l’école qu’elle avait lâché à 14 ans.» 

–Avec la collaboration d’Elsa Iskander 

QU’ARRIVERA-T-IL À L’ACCUSÉ S’IL EST RECONNU COUPABLE DE MEURTRE ?   

  • Noureddine Mimouni devra purger sa peine au Canada.      
  • À sa libération, il fera face à une mesure d’expulsion vers son pays d’origine puisqu’il aura été condamné à une peine de plus de six mois de prison.      
  • Il pourra demander un Examen des risques avant renvoi, s’il est en danger dans son pays. La nature du crime n’est pas prise en compte. Seulement 2 % de ces demandes sont acceptées.      
  • Une demande pour cause humanitaire peut aussi être demandée avant un renvoi. La nature de l’infraction sera cependant prise en compte à cette étape.      
  • Il arrive parfois que le pays d’origine fasse obstruction au retour de citoyens condamnés au Canada.            

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE  

SOS violence conjugale  

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