/news/health
Navigation

Un médecin aux mains baladeuses est radié à vie

L’urologue, aujourd’hui retraité, est coupable de gestes abusifs à caractère sexuel

GEN - Dr STEVEN JACOBSON
Photo Martin Alarie Rencontré à son domicile d’Hampstead, le Dr Stephen A. Jacobson, âgé de 84 ans, a plaidé que la sanction reçue le mois dernier du Conseil de discipline du Collège des médecins l’empêchant de pratiquer à vie était « trop sévère ».

Coup d'oeil sur cet article

Un médecin de Montréal reconnu coupable d’une série de gestes abusifs à caractère sexuel sur plusieurs patientes vient d’écoper d’une rare radiation à vie.

L’urologue de 84 ans, aujourd’hui retraité, Stephen A. Jacobson, a été blâmé le mois dernier pour avoir fait des touchers vaginaux injustifiés et sans gants, un examen des seins et un touché rectal inappropriés, en plus de taper les fesses d’une patiente.

  • Écoutez l'analyse de Maude Boutet avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

« [...] il s’agit clairement de gestes posés sans le consentement des patientes concernées. [Elles] ont d’ailleurs rapporté les événements comme étant des agressions à leur endroit », écrit le Conseil de discipline du Collège des médecins dans sa décision.

En plus de ces inconduites sexuelles survenues en 2015 sur trois patientes à la Clinique Medic Elle, le Dr Jacobson a aussi négligé le suivi d’autres patientes, ne décelant pas une tumeur cancéreuse et retardant ainsi de sept mois les traitements, par exemple.

Rencontré à son domicile, le Dr Jacobson a plaidé son innocence. Il juge « trop sévère » la sanction imposée par le Conseil. Cependant, il n’accuse pas les patientes de mentir, disant plutôt qu’elles ont mal compris les soins prodigués. 

« J’ai pratiqué pendant 50 ans sans problème », a-t-il répété.

« Déni total »

Mais selon le jugement, l’ex-spécialiste est « dans le déni total ».

On peut y lire que le médecin ne fait preuve d’aucune introspection et « apparaît davantage préoccupé par l’impact des procédures disciplinaires sur sa propre vie et sur celle de ses proches que sur celle des victimes. »

Il a fallu plus de six ans après la première plainte en 2015 pour aboutir à une sanction contre le médecin. Et la syndique adjointe du Collège prétend que le spécialiste « a utilisé volontairement une tactique pour retarder le processus disciplinaire » en demandant un report en 2018.

Le médecin dit avoir été hospitalisé deux fois pour des problèmes cardiaques pendant cette période. Mais, cela ne l’a pas empêché de poursuivre sa pratique en clinique.

Retraite douteuse

« Les patientes ayant déposé des plaintes auprès de l’Hôpital [général juif] ont été informées en janvier 2016 que l’intimé avait pris sa retraite de l’Hôpital, alors qu’on apprend, le 11 juillet 2018, qu’il n’a pas démissionné, qu’il a un statut actif et que sa lettre de démission est toujours attendue », peut-on lire dans le jugement.

Par courriel, le porte-parole Carl Thériault assure que l’urologue a néanmoins cessé de voir des patientes après les plaintes, même sans démission formelle.

« Ce n’est qu’au lendemain d’une démarche de la [syndique adjointe] auprès de l’hôpital que l’intimé prend sa retraite, même s’il l’annonçait depuis deux ans », relate le Conseil.


Il s’agit du troisième médecin depuis cinq ans à être radié à vie.

À VOIR AUSSI