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David Ouellette: un admirable patriote québécois

opinions - chronique m. bock-côté - 

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Photo courtoisie David Ouellette a travaillé à rapprocher la majorité historique francophone de la communauté juive.

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Il s’appelle David Ouellette. C’est un intellectuel brillant et discret, un patriote québécois, enraciné à la fois dans la majorité historique francophone et la communauté juive, à laquelle il appartient par sa mère. Cette situation existentielle singulière lui a permis de développer un point de vue exceptionnel sur le Québec.

Dandy de vocation, photographe exceptionnel, il a toutefois entendu assez jeune dans sa vie l’appel de la cité, et s’est investi dans une cause qui lui tient à cœur, en cherchant à tisser des ponts entre les Québécois francophones et la communauté juive, tout en menant une vive critique de l’antisémitisme et de ses mutations que nous peinons trop souvent à reconnaître.

D’abord au Comité Québec-Israël, puis au Centre consultatif des relations juives et israéliennes, il a multiplié au fil des ans les événements pour permettre aux Québécois de découvrir Israël au-delà de la caricature qu’on en fait.

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Israël

Il y a dix ans, j’ai visité Israël dans ce cadre. Les visiteurs étaient appelés à rencontrer à la fois d’ardents sionistes et des Palestiniens hostiles à Israël, en passant par des nationalistes israéliens modérés et des Arabes israéliens sévères envers leur pays mais heureux d’y habiter. Il était possible de se faire une idée du contexte sans qu’on cherche à nous endoctriner.  

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

David a une conviction forte : il y a une parenté existentielle entre la situation du peuple québécois et celle du peuple juif. Devant les manifestations de Quebec bashing à répétition, ces derniers temps, il écrivait avoir le sentiment d’appartenir, plus que jamais, à deux peuples de trop. 

La formule m’a frappé : elle était aussi profonde qu’exacte, les Québécois comme les Juifs se faisant régulièrement expliquer que le monde se porterait mieux s’ils n’en étaient pas. Un peuple, pour s’inscrire vraiment dans l’ordre du monde, ne peut se passer d’existence politique. Nos deux peuples sont faits pour se comprendre.

Indépendantiste québécois convaincu et défenseur d’Israël, ce qui ne l’empêche nullement d’être favorable à la création d’un État palestinien, il conjugue ses deux appartenances naturellement, dans un monde qui voudrait les rendre incompatibles. 

David Ouellette a 52 ans. Si je lui rends hommage aujourd’hui, c’est que ses jours sont comptés et que j’exècre cette manie consistant à dire du bien d’un homme une fois qu’il n’est plus là pour l’entendre. 

Héritage

Il y a un an, on lui a appris qu’il avait une sale maladie, la pire de toutes, mortelle et incurable. 

Il garde la tête haute dans l’épreuve, d’un traitement à l’autre. Il la traverse avec son épouse, Karina, qui veille sur lui de la plus belle manière, et ses amis, qui ne parviennent pas à se faire à l’idée que cet homme brillant, exceptionnel, ne sera plus des nôtres.

Je ne peux m’empêcher, en ces jours pénibles, de dire que ce passeur unique laissera un héritage intellectuel et politique essentiel qu’il nous appartiendra de faire fructifier. 

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Pour en savoir plus sur David Ouellette, je vous invite à écouter l’entretien que j’ai réalisé avec lui le 10 juin dans le cadre de mon balado Les idées mènent le monde, sur Qub radio.