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Décès et COVID: des comparaisons plus justes

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Cela faisait des mois que le politologue Éric Montigny (un ami de très longue date) me talonnait sur les comparaisons interprovinciales de mortalité liée à la COVID. Il jugeait que les chiffres du Québec et ceux d’autres provinces étaient basés sur des méthodes de comptabilisation des décès très différentes. Sur Twitter, il a cent fois mis tout le monde en garde sur le fait de comparer des pommes et des oranges. 

Dans les médias, nous obtenions des rapports du nombre de décès émis de façon officielle par des gouvernements. Il s’agissait des seuls chiffres disponibles. C’est ainsi que nous en arrivions à dire qu’avec 23 % de la population du Canada, le Québec comptait près de 50 % des décès. Terrible bilan !

Les données révélées hier semblent bien donner raison au professeur en science politique. Il fallait faire très attention à la méthodologie. Des experts du ministère de la Santé et de l’INSPQ ont comparé les données complètes sur la surmortalité, d’une année à l’autre, avec les décès COVID déclarés. Ils l’ont fait pour le Québec et les autres provinces.

Méthodologies très différentes

Constat : le Québec a eu tendance à surévaluer le nombre de décès dus à la COVID et surtout, les autres provinces l’ont nettement sous-évalué. L’Ontario, par exemple, a eu une surmortalité de 5600 personnes dans les mois étudiés... et n’a déclaré que 3400 décès liés à la COVID. Impossible. L’Alberta et la Colombie-Britannique ont aussi sous-estimé le nombre de décès, pour des raisons méthodologiques.

À l’inverse, le Québec a choisi une approche très conservatrice pour être vraiment certain de n’échapper aucun cas. Au point même de surévaluer le nombre total de décès liés à la COVID. Cette approche se défend dans la mesure où elle incite à accroître les efforts d’enquêtes épidémiologiques pour stopper la propagation du virus.

La méthode retenue par nos experts a-t-elle conduit à gonfler le nombre de cas ? Probablement. C’est certainement moins grave que d’agir comme le gouverneur Cuomo, de l’État de New York, qui a caché 9000 décès survenus dans les résidences pour aînés.

Quoi conclure ?

D’aucune façon ces données ne viennent banaliser la gravité de ce qui s’est passé dans les CHSLD. Le virus a circulé par manque de précautions. Il a causé des décès directs déplorables en plus de vider les établissements du personnel. Le manque de soins qui s’est ensuivi constitue un scandale pire. L’épisode global des CHSLD au printemps 2020 demeurera comme une tache dans notre histoire.  

Ces données remettent néanmoins en perspective la comparaison entre les provinces. À cause de cette hécatombe dans nos CHSLD, il est bien vrai que le Québec a un bilan de décès per capita plus lourd que les autres provinces. Mais pas avec des écarts aussi épouvantables que ce que les données préliminaires semblaient montrer.

Est-ce que cela change quelque chose à la gestion de la pandémie ? Pas du tout. Mais ceux qui se soucient de la vérité voudront rétablir les faits.