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Inceste suprême

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Les politiciens libéraux se gargarisent souvent avec le principe de séparation des pouvoirs.

Sauf quand ils sont au gouvernement et qu’ils profitent de relations incestueuses systémiques entre les pouvoirs.

Je pensais à ça hier matin, en écoutant la conférence de presse du juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner.

Le magistrat rappelait que depuis le 21 janvier, date de la démission de Julie Payette, il joue le rôle de gouverneur général intérimaire.

À ce titre, souligna-t-il, il s’est trouvé à sanctionner, au nom d’Elizabeth II, 12 lois et 557 décrets !

Son rôle de substitut au chef d’État l’oblige en plus à aller couper des rubans, remettre des prix, etc. De précieuses heures perdues pour lui, laissa-t-il entendre.

  • Écoutez la chronique politique de Thomas Mulcair à QUB radio:

Manière subtile de signifier au gouvernement Trudeau qu’il doit au plus vite nommer un remplaçant à l’astronaute acariâtre.

Violation

Sans compter cet aspect qu’il n’osa soulever : sa situation actuelle, bien que temporaire (et involontaire de sa part), est une violation claire du principe de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la justice.

Depuis janvier, M. Wagner aura multiplié les contacts avec le greffier du Conseil privé, les ministres, le premier ministre.

Il recevra sans doute aussi des contestations de lois et de décrets... qu’il a lui-même signés comme « administrateur du Canada », remplaçant de la gouverneure générale !

C’est M. Wagner aussi qui signera le décret de nomination du nouveau juge de la Cour suprême, annoncée hier par le gouvernement Trudeau, Mahmud Jamal, en remplacement de Rosalie Abella. Malaise là aussi.

Kirpan

Au fait, M. Jamal a une feuille de route impressionnante. Né au Kenya ; grandi en Angleterre ; a enseigné à McGill et à Osgoode Hall. Il a travaillé dans le grand bureau d’avocats Osler. L’homme est « respecté sur Bay Street », dixit le Toronto Star.

En 2006, pour l’Association canadienne des libertés civiles, Jamal a plaidé devant le tribunal contre l’interdiction du kirpan à l’école (couteau traditionnel sikh) dans la cause célèbre Multani c. Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

« Multani », c’est une des bougies d’allumage du débat sur les accommodements raisonnables qui déchira le Québec. Bouchard et Taylor, dans leur fameux rapport, soulignèrent « la colère qu’a soulevée en mars 2006 le jugement de la Cour suprême sur le kirpan ».

En 2019, le gouvernement Trudeau fit passer M. Jamal du statut d’avocat directement à juge à la Cour d’appel de l’Ontario. En 2021, sa nomination comme un des « suprêmes » vient y bouleverser le ratio des genres (maintenant 6 hommes et 3 femmes), puisqu’il y remplace une femme (le Star le souligne).

Mais pour reprendre l’expression du même journal, il est « la première personne de couleur » à y être nommée. Né musulman ismaélien (branche chiite), Jamal, depuis son mariage, a épousé la foi bahá’íe.

En matinée, le juge en chef Wagner avait d’ailleurs plaidé pour que la « diversité » soit davantage reflétée dans les tribunaux canadiens.

Quelle diversité toutefois ? Telle est ma question. Parions qu’un avocat ontarien d’origine maghrébine, très compétent, mais qui aurait eu le malheur de faire connaître ses opinions prolaïcité, n’aurait aucune chance de devenir juge en notre Dominion.

Au fait, la loi 21 aboutira bientôt en Cour suprême.