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De l’espoir pour demain?

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Photo courtoisie Wapke
Collectif, sous la direction de Michel Jean
Stanké
216 pages
2021

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Puisqu’aujourd’hui annonce demain – Wapke en langue attikamek – l’avenir entrevu du côté autochtone ne peut délirer d’optimisme. Mais faut voir les éclats de lumière !

Michel Jean a réuni autour de lui 13 auteurs autochtones avec pour consigne d’écrire des histoires d’anticipation – une première au Québec. Dès lors, à chacun son imagination !

C’est la deuxième fois que Jean anime un tel collectif ; on retrouve d’ailleurs dans Wapke plusieurs signatures du précédent Amun. En ce mois de l’histoire autochtone, ces recueils sont formidables pour découvrir la variété d’une littérature d’ici encore méconnue.

Dans Wapke, ce qui frappe c’est à quel point les souffrances des Premiers Peuples traversent leur histoire et marquent leur vision de l’avenir, même lointain. On y lira « un commentaire social souvent saisissant », comme le résume le quatrième de couverture.

Eu égard à l’actualité, il est clair qu’une nouvelle comme « Pakan », de Cyndy Wylde, est bouleversante. On se promène entre 2022 et 2063, alors que le gouvernement a mis en place, dans les hôpitaux, un dispositif pour éradiquer l’identité autochtone chez les enfants à naître. La métaphore est implacable.

Même constat d’ailleurs dans « Uapush-unaikan » d’Alyssa Jérôme où, encore une fois, les Premières Nations se font berner par des promesses qui virent au cauchemar.

Apocalypse

De même, l’impact de désastres écologiques est présent dans presque toutes les nouvelles, dont celle de Michel Jean. Le journaliste est devenu un auteur à succès grâce à Kukum. Mais il écrit depuis longtemps et son écriture ne cesse de se raffiner : ici, avec « Les grands arbres », il dessine de manière fulgurante l’apocalypse.

C’est sombre aussi du côté de Louis-Karl Picard-Sioui, mais il y a de la bataille et de la résistance dans sa nouvelle, « La hache et le glaive », qui se déroule en 2072. On est en pleine science-fiction, dans une lutte pour le contrôle d’une machine qui peut altérer le passé. 

Picard-Sioui nous raconte l’affrontement avec un dynamisme semblable à la nouvelle qu’il avait publiée dans Amun qui mêlait Star Wars aux leçons des Anciens. L’homme aime le genre et le pratique bien !

Quelques signatures distillent néanmoins de l’espoir, même quand tout s’est écroulé. Dans « Dix jours sur écorce de bouleau », Marie-Andrée Gill donne la parole à un jeune garçon dont la famille s’est réfugiée dans les bois à cause d’une catastrophe. Les gestes ancestraux reviennent et c’est raconté candidement, comiquement.

Au milieu de tout ceci, la nouvelle « 2091 » d’Elisapie Isaac fait l’effet d’un coup de tonnerre : et si on renversait l’ordre des choses ? Et si demain le Nunavik devenait l’endroit « in », où les touristes se précipitent et où se produisent les artistes inuit et autochtones qui ont la cote.

Un Nunavik qui cultive aussi le silence, la beauté... et son permafrost, grâce au centre de recherche dirigé par une scientifique autochtone. D’ailleurs, Puvirnituq est devenue une importante ville universitaire.

Oui, pourquoi pas...