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Des papas engagés et inquiets

Notre chroniqueur Claude Villeneuve et sa petite Anaïs, 12 semaines.
Photo Didier Debusschère Notre chroniqueur Claude Villeneuve et sa petite Anaïs, 12 semaines.

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« Le temps que l’on prend pour dire je t’aime, c’est le seul qui reste au bout de nos jours », disait Gilles Vigneault.

De fait, je sais que le plus grand regret de mon père à la fin de sa vie, c’était d’avoir manqué beaucoup de moments importants dans la vie de ses enfants. Devenu papa il y a douze semaines de la belle Anaïs, j’y repense souvent.

J’ai la chance de vivre à l’ère de la Révolution papa, décrite par Valérie Harvey dans son récent livre. Les congés parentaux dont nous bénéficions permettent aux pères québécois de s’investir auprès de leurs enfants bien au-delà du strict rôle de pourvoyeur dont nos ancêtres étaient prisonniers. Maxime Pearson et Samuel Tremblay, derrière le blogue Nouveaux Pères, rappelaient toutefois cette semaine que si 90 % des papas prennent le congé de paternité auquel ils ont droit, les semaines partageables entre les deux parents sont prises en totalité par la mère dans 70 % des couples.

Je suis inquiet

Ce déséquilibre se fait au détriment des femmes, qui voient ainsi leur progression professionnelle freinée dans les premières années de leur carrière. Ajouté aux conséquences intimement physiques qui viennent avec la grossesse, l’accouchement et l’allaitement, il est indéniable que le coût de la parentalité demeure considérablement plus élevé pour les mamans que pour les papas.

Voilà pourquoi je reprendrai des semaines de congé parental l’hiver prochain, quand ma conjointe sera prête à retourner au travail.

Voilà pourquoi je suis sacrément inquiet de me demander si nous aurons une place en service de garde éducatif pour notre petite Anaïs quand elle aura un an. Elle a beau être attachante comme tout, ça ne fait pas ouvrir les portes des CPE.

Je suis inquiet, pas parce que j’ai hâte de m’en débarrasser, mais parce que je veux que ma fille ait des services. Je veux qu’elle puisse socialiser avec d’autres enfants et qu’elle développe des liens d’attachement avec d’autres adultes que ma blonde et moi. La pandémie nous a rappelé comment c’était important.

Présentement, il manque plus de 50 000 places en service de garde. Le mouvement #maplaceautravail déborde du web en pleine pandémie parce que trop de parents, surtout des femmes, craignent de rester à la maison, faute de place pour leur bébé.

S’il manque tant de places de garderie, ce n’est pas seulement de la faute du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Je faisais de la politique il y a 15 ans et on parlait déjà de cette pénurie. Ma patronne de l’époque, Pauline Marois, avait bien annoncé qu’elle en créerait 28 000, mais les libéraux ne les ont pas livrées après avoir repris le pouvoir.

La priorité absolue

Là, avec la pandémie, on a une tempête parfaite. Les services de garde en milieu familial ferment à la pochetée et les éducatrices quittent la profession parce que la paye est mauvaise.

Sauf que chaque fois que j’en parle en chronique, j’ai du monde pour m’écrire qu’on n’avait qu’à y penser avant d’avoir des enfants. D’accord...

À un moment donné, dans ce Québec vieillissant et en manque de travailleurs, il faudrait savoir ce que l’on veut. Qui va travailler dans vos maisons des aînés, tantôt ? Qui va payer pour prendre soin de nous, quand on sera vieux ?

Ce sont les enfants qui naissent aujourd’hui. Pas ceux qui ne naîtront pas parce que la société aura dit aux parents que, leurs enfants, c’est leur problème.

Concerné par la pénurie de places

J’ai l’intention d’être un papa engagé. Je fais déjà partie des #papasconcernés par la pénurie de places en garderie. Je serai présent pour Anaïs pour en faire une citoyenne qui sera un actif pour notre société, parce qu’elle se sera sentie aussi aimée qu’elle aura été stimulée. Pour y arriver, j’ai besoin de services, pour lesquels sa mère et moi payons de l’impôt (beaucoup...), et elle en payera un jour à son tour.

Maintenant, ai-je besoin de me mettre à genou pour que mon gouvernement donne à ma fille comme à des milliers d’autres enfants la place en CPE dont ils ont besoin ?

Alors qu’on sort de la pandémie, régler la pénurie de places en garderie, ça devrait être la priorité absolue du gouvernement Legault. Préparer l’avenir, c’est ça.