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Trente années d’amitié

Kristin Hannah
Photo courtoisie, Charles Bush Kristin Hannah

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Écrivaine remarquable, Kristin Hannah s’est librement inspirée de ses souvenirs d’adolescente pour écrire La Route des Lucioles, best-seller adapté sur Netflix pour devenir la série à succès Toujours là pour toi. Avec de nombreux retours en arrière sur les années 1970, le roman est une ode nostalgique aux années de jeunesse et au passage à l’âge adulte. Et un hommage aux amitiés sincères qui surmontent, année après année, les remous et les tumultes de l’existence. 

Kate et Tully, héroïnes du roman, se rencontrent en 1974. Elles ont 14 ans et pas grand-chose en commun. Kate n’attire jamais l’attention tandis que Tully fait partie des filles populaires du collège. Pourtant, elles deviennent inséparables.

Tully, depuis le début de sa vie, essaie de prouver sa propre valeur à tout le monde. Elle a été abandonnée par sa mère, une bohème qui part et disparaît à volonté, et rêve d’être aimée. Elle cherche la reconnaissance dans les bras des hommes... puis se consacre totalement à son travail. Elle devient journaliste vedette à la télé et parcourt le monde. Elle est célèbre, admirée... et seule.

Kate, de son côté, a grandi dans une famille conservatrice et ne souhaitait rien de spécial, sinon se marier et avoir des enfants. Au fil des années, elle finit par envier sa meilleure amie. 

Malgré les événements de la vie, les jalousies et les déceptions, Kate et Tully restent amies. Jusqu’à ce qu’une trahison mette leur amitié à rude épreuve.

Tout était possible

« La Route des Lucioles est probablement le plus autobiographique de tous mes romans », confie Kristin Hannah, en entrevue. 

« Je suis allée au collège au début des années 1980. J’ai grandi dans une petite ville de l’État de Washington. J’appartiens à une génération où on a appris que tout était possible. Nous pouvions être des épouses, des mères et avoir de grosses carrières. Nous pouvions nous lancer dans le monde avec cet état d’esprit. »

« Puis, j’ai eu le sentiment de ne pas avoir lu de livres sur les femmes de ma génération qui arrivent à un certain âge, qui parlent des problèmes vécus par les femmes qui sont à la maison et les femmes qui travaillent, ni sur les choix qu’elles devaient faire. Je voulais écrire le roman de deux meilleures amies, et ainsi explorer certaines sphères de mon existence, à travers leur propre regard. »

Kristin Hannah a aussi été très marquée par le cancer du sein vécu par sa propre mère. « Quand j’écrivais La Route des Lucioles, j’avais l’âge qu’elle avait lorsqu’on lui a diagnostiqué un cancer. Et je l’ai terminé à l’âge où elle est décédée. J’ai eu l’impression de regarder la vie de ma mère, à travers un regard adulte, pour comprendre et donner un sens à tout cela. »

Le prix à payer

Kristin Hannah dit qu’elle ressem-ble beaucoup à Kate. « Grandir dans une petite ville, être cette fille qui lit tout le temps et prend soin des chevaux... j’étais celle qui n’était pas cool. Puis, je suis allée à l’Université de Washington. J’ai obtenu mon diplôme en communications. J’ai rêvé de devenir une journaliste célèbre. Ça ressemble beaucoup à mon parcours, même si c’est fictif et que je ne suis pas Kate. »

Elle rappelle que les femmes de sa génération, même si elles avaient le sentiment que tout était possible, ont appris à la dure qu’il y avait un prix à payer pour tout.

« Cette mentalité, comme quoi tout était possible, donnait un sentiment de puissance à toute cette génération. Mais ensuite... la vie vous attendait au détour. C’est encore difficile pour les femmes. » 

  • Kristin Hannah est née en 1960 en Californie.
  • Elle était avocate avant de devenir une écrivaine à succès.
  • Elle a écrit Le Chant du rossignol, best-seller mondial.
  • Ses romans féminins sont tous très populaires aux États-Unis.
  • Elle habite à Seattle, aux États-Unis

EXTRAIT

La Route des Lucioles<br/>
Kristin Hannah<br/>
Éditions Michel Lafon<br/>
496 pages.
Photo courtoisie
La Route des Lucioles
Kristin Hannah
Éditions Michel Lafon
496 pages.

« On les avait appelées les “filles de la route des Lucioles”. Cela remontait à bien longtemps – plus de trente ans. Mais à l’instant où depuis son lit elle écoutait se déchaîner cet orage hivernal, il lui semblait que c’était hier. Au cours de la semaine précédente (sans conteste les sept pires jours de sa vie), elle avait perdu la capacité de se distancier de ses souvenirs. Trop souvent dernièrement, dans ses rêves, elle était en 1974. Elle redevenait une adolescente approchant de la majorité dans l’ombre d’une guerre perdue, à califourchon sur son vélo à côté de sa meilleure amie, dans une obscurité si totale qu’elle se croyait invisible. Le lieu n’avait d’importance qu’en tant que point de repère, mais elle en avait un souvenir très net : un ruban d’asphalte sinueux, bordé de chaque côté de fossés d’eau trouble et de coteaux d’herbe épaisse. »