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Les oppositions préoccupées par nos révélations sur Amazon

Nos reportages font réagir à Québec et à Ottawa

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Les partis d’opposition, tant à Québec qu’à Ottawa, sont préoccupés par nos révélations sur les conditions de travail chez Amazon et les impôts du géant du web américain.  

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Notre Bureau d’enquête a levé le voile sur la situation des employés d’Amazon au Québec, qui sont constamment filmés et dont la performance est suivie en temps réel. 

Lundi matin, nous révélions que bien que la multinationale ait bénéficié de crédits d’impôt, le gouvernement québécois dit ignorer si Amazon lui verse de l’argent en impôts. 

«On est prêts à piétiner notre souveraineté fiscale pour que ces géants viennent s’installer ici», a déploré le député de Rosemont, Vincent Marissal.

«Un chausson avec ça?»

L’élu de Québec solidaire a rappelé que le centre de données d’Amazon, à Varennes, a été construit sur un terrain qui appartenait à Hydro-Québec. 

«On leur déroule le tapis rouge. Hydro-Québec a vendu des terrains au rabais. On leur fait des tarifs d’électricité au rabais. Le gouvernement ajoute des subventions. Un chausson avec ça?» a-t-il ironisé.

Le député libéral André Fortin juge pour sa part «inquiétant» que le gouvernement ne veuille pas dire si Amazon paie des impôts au Québec. 

«La population doit pouvoir être rassurée et savoir que les compagnies de l’étranger ne font pas d’évasion fiscale», a-t-il indiqué.

Des conditions de travail dignes des «années 50»

Le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet, est pour sa part préoccupé par les conditions de travail des employés des centres de distribution du géant américain.

«J’ai l’impression d’être de retour aux années 50 et 60. Chronométrer les gens, je ne pense pas que ce soit une condition acceptable pour tous les travailleurs, estime l’élu de la Côte-Nord. On a un bon régime de protection des travailleurs au Québec, mais ça n’empêche pas de grandes entreprises d’étirer l’élastique en matière de surveillance des salariés.» 

Le ministre du Travail, Jean Boulet, s’est dit «sensible et préoccupé» par ce qu’il a vu dans nos reportages. 

«Il est du devoir de l’employeur d’assurer un environnement de travail sain et sécuritaire. Si un employé a des questions quant à ses droits ou ses conditions de travail, il peut consulter la CNESST», a-t-il simplement rappelé.

Des contrats en cadeau

Du côté d’Ottawa, les conservateurs ont affirmé qu’il est «scandaleux que les géants technologiques ne paient pas de taxes au Canada».

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice n’a pas hésité à qualifier Amazon de «bandits». 

«C’est une compagnie qui, avec ses tactiques d’évasion fiscale, ne paie pas d’impôts au Canada et, en plus, on la récompense en donnant des contrats du gouvernement fédéral», s’est-il offusqué. 

Lundi, nous révélions également qu’Ottawa avait conclu pour plus de13 M$ en contrats avec Amazon et que plusieurs ministères s’approvisionnaient sur la plateforme, sans pouvoir préciser l’ampleur de ces achats. 

«Ça a l’air complètement hors de contrôle. Est-ce que ces ministères ont fait des appels d’offres? Ont-ils testé d’autres fournisseurs? Est-ce que des compagnies canadiennes ou québécoises pourraient offrir le même service?» se questionne-t-il.

Le député du Bloc québécois, Gabriel Ste-Marie, abonde dans le même sens, soulignant l’ironie que l’Agence de revenu du Canada fasse elle-même affaire avec Amazon. 

«Le message qu’on envoie, c’est que les deniers publics, les taxes que les gens paient, ne servent pas à encourager nos commerces locaux, mais à encourager des multinationales dont on ignore s’ils paient de l’impôt ici. Jamais le gouvernement ne devrait donner de contrat à un mauvais citoyen corporatif», juge-t-il.

Avec la collaboration de Patrick Bellerose