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Une psychiatre s’ouvre sur sa dépression post-partum

Spécialisée en périnatalité, elle n’y a pas échappé, comme plusieurs durant la pandémie

Vi Nguyen
Photo Chantal Poirier La Dre Tuong-Vi Nguyen, ici avec son fils Lionel de 2 ans, a traversé un épisode de dépression post-partum après sa naissance, alors qu’elle estimait que sa formation spécialisée en périnatalité et ses longues études en psychiatrie la prépareraient mieux que personne à devenir mère.

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Personne n’était mieux préparé que la Dre Tuong-Vi Nguyen à l’arrivée d’un enfant, mais la psychiatre spécialisée en périnatalité n’a pas échappé à la dépression post-partum, surtout en pandémie où les cas montent en flèche.

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« On peut essayer de se préparer toute notre vie... Et j’avais une certaine confiance, puisque j’étais psychiatre, que j’avais lu tous les livres », confie la médecin Tuong-Vi Nguyen, qui s’ouvre sur la dépression post-partum après la naissance de son fils, Lionel, il y a deux ans.

La dépression et l’anxiété pendant la grossesse ou après la naissance d’un enfant touchent près d’une femme sur cinq, selon diverses études. Et avec le stress d’une pandémie mondiale qui s’ajoute, des experts constatent que les femmes sont environ deux fois plus nombreuses qu’avant à en souffrir.

« On est débordés », souffle la Dre Nguyen.

Elle fait partie d’une dizaine de spécialistes dans tout le Québec. Ensemble, ils essaient de collaborer afin que les patientes cherchant de l’aide n’attendent pas en vain.

« Une femme ne peut pas attendre neuf mois, sa grossesse sera finie », lance la femme de 38 ans.

Aider les parents

Tuong-Vi Nguyen veut aussi aider les nouveaux parents en brisant les tabous qui perdurent autour du post-partum.

« J’ai fait une dépression post-partum, mais en même temps, j’ai vécu de super beaux moments avec mon enfant. La maternité augmente toutes nos émotions, que ce soit la joie, la colère ou la culpabilité », explique-t-elle.

Elle se souvient de l’engourdissement qu’elle a ressenti quelques mois après l’accouchement, perdant le goût de lire ou de regarder sa série télé préférée. 

Cette perte de plaisir s’exprime aussi par l’irritabilité, dit-elle. La Dre Nguyen ne se reconnaissait plus, perdant patience avec ses parents et ses beaux-parents qui venaient pourtant l’aider.

« C’est difficile pour l’entourage [de reconnaître le post-partum], même si tout le monde est au courant que ça existe. Mon mari est lui aussi psychiatre et ça l’inquiétait de le reconnaître », admet-elle.

« C’est normal... »

Mais après des dizaines de fois à se répéter que c’était « normal » de se sentir fatiguée, irritable, coupable ou que son comportement avait changé avec l’arrivée d’un enfant, elle a décidé d’aller chercher de l’aide professionnelle.

« Pour moi, la psychothérapie, c’est comme de l’exercice. Certains en ont besoin plus que d’autres, mais ce n’est jamais mauvais d’en faire », souligne-t-elle.

D’ailleurs, la Dre Nugyen bénéficie d’un soutien de la Fondation de l’Hôpital général de Montréal pour un projet de recherche afin de faciliter l’accès aux soins de santé mentale aux nouvelles mamans et dépister plus rapidement celles qui sont à risque.


L’événement Course pour les femmes, qui se déroulera en juillet à Montréal, vise à amasser des fonds pour soutenir les programmes d’aide aux femmes en périnatalité que met sur pied Tuong-Vi Nguyen. 

Ce qu’est la dépression post-partum  

Touche environ 1 mère sur 5 (et des pères aussi)

Symptômes à surveiller  

  • sentiment de dévalorisation ou culpabilité excessive, comme l’impression d’être une mauvaise mère  
  • sentiment d’irritabilité  
  • extrême anxiété   
  • désintérêt ou manque de plaisir dans diverses activités     

Plus de mamans en détresse  

La pandémie a tellement exacerbé les symptômes anxieux et dépressifs chez les nouvelles mamans que des psychologues se disent inondés d’appels et voient même des femmes avec un trouble de stress post-traumatique.

C’est notamment ce qu’observe la psychologue Nicole Reeves, de la clinique Ensemble. Spécialisée en suivi post-partum, elle n’a jamais reçu autant de demandes qu’actuellement.

La Dre Reeves souligne que l’accouchement, vécu souvent dans l’isolement à cause des règles sanitaires, ou encore l’annulation soudaine des cours prénataux, a traumatisé plusieurs femmes.

« Tous mes collègues en périnatalité le remarquent », poursuit-elle, ajoutant que les symptômes anxieux et dépressifs sont plus nombreux, mais aussi plus sévères. 

Une étude

Récemment publiée dans le Canadian Medical Association Journal, une étude ontarienne menée d’avril à novembre 2020 auprès de milliers de nouvelles mamans a montré une hausse de 25 %, chaque mois, des demandes auprès de médecins pour dépression ou anxiété post-partum.

« Chaque semaine, je dois refuser des demandes », se désole la psychologue Lory Zéphyr, qui se spécialise dans l’accompagnement des nouvelles mamans.

Elle remarque que pour de nombreux parents, qui se sont retrouvés sans appui familial en raison du confinement, c’est l’isolement et le manque de soutien des proches qui sont particulièrement lourds.

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