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Une victoire des étudiants-athlètes américains sur la NCAA en Cour suprême pourrait ouvrir des portes à nos jeunes hockeyeurs

Une victoire des étudiants-athlètes américains sur la NCAA en Cour suprême pourrait ouvrir des portes à nos jeunes hockeyeurs
Photo d'archives, AFP

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Les étudiants-athlètes de la NCAA pourront recevoir des émoluments sans perdre le statut amateur, ce qui pourrait bénéficier à nos jeunes hockeyeurs.

Il y a quelques années, le fils d’un couple d’amis à moi a dû faire un choix difficile. Hockeyeur d’élite au physique imposant et élève exceptionnel dans une excellente école montréalaise, il devait choisir entre la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) et une «prep school» américaine qui lui aurait donné (moyennant des frais salés) un ticket à peu près assuré vers une bourse athlétique et une éducation de première classe dans une grande université américaine, même s’il jugeait que la LHJMQ lui donnerait de meilleures chances de frapper à la porte de la LNH. Comme la NCAA (National Collegiate Athletic Association) considère les modestes émoluments que reçoivent les joueurs des circuits juniors canadiens comme du «professionnalisme», choisir la LHJMQ signifiait renoncer définitivement à la chance de fréquenter une grande université avec une bourse athlétique. Heureusement pour les équipes de la LHJMQ qu’il a aidées à atteindre les sommets, il a décidé de rester chez nous, même si le rêve de la LNH lui a échappé de peu. 

Aujourd’hui, la Cour suprême des États-Unis a fait connaître un jugement qui pourrait faire en sorte que nos meilleurs jeunes étudiants-athlètes dans la même situation n’aient plus à faire ce choix déchirant entre les meilleures ligues de hockey junior majeur et les grandes universités.

En effet, dans un verdict unanime, la Cour a statué que les limites strictes imposées par la NCAA aux compensations financières pour les étudiants-athlètes au nom du principe sacro-saint (mais largement périmé) de l’amateurisme briment les droits des étudiants-athlètes et constituent un abus de la part de la NCAA, dont la Cour juge certaines pratiques contraires à l’esprit et à la lettre des lois antimonopoles.

La NCAA et les gros sous

C’est bien connu, le sport collégial aux États-Unis est une immense business. Les contrats de télévision faramineux qui viennent surtout du football et du basketball, mais de plus en plus aussi des sports secondaires aux États-Unis, valent des millions pour les universités et pour la NCAA elle-même. Rapportant la nouvelle de la décision de la Cour suprême, le New York Times rappelle que le président de cette association sportive reçoit un salaire annuel rondelet de 10 millions $, alors que les entraîneurs de football des universités de première division touchent aussi des salaires qui dépassent souvent les huit chiffres. Dans tout cela, les étudiants-athlètes sont depuis longtemps les dindons de la farce, alors qu’ils ne reçoivent à peu près rien d’autre que leurs frais de scolarité. 

La décision d’aujourd’hui sera un premier pas vers le redressement de cette injustice envers les étudiants-athlètes, dont beaucoup viennent de milieux modestes et voient dans leur participation à ce grand cirque qui baigne dans l’argent leur chance de réaliser un rêve que bien peu d’entre eux finissent par concrétiser. Les juges n’ont pas décidé d’ouvrir les vannes toutes grandes, toutefois, alors le jugement ne signifie pas que les athlètes pourront jouer pleinement le jeu du marché en permettant, par exemple, aux joueurs vedettes de soutirer des avantages proportionnels aux recettes qu’ils permettent à leurs universités de collecter. Le jugement considère toutefois comme entièrement raisonnable que des émoluments modestes puissent être accordés aux étudiants-athlètes pour leur permettre de vivre décemment et de couvrir tous leurs frais scolaires.

Un impact pour nos jeunes hockeyeurs?

Le jugement n’enlève pas à la NCAA le droit de limiter les avantages en nature ou en espèces que les universités peuvent offrir à leurs meilleurs athlètes, mais les compensations qui deviendront explicitement permises dépassent de loin les maigres avantages financiers que reçoivent les joueurs des circuits juniors canadiens, qui leur ferment les portes des bourses athlétiques dans les grandes universités américaines. 

Est-ce que ceci signifie nécessairement que la NCAA fera disparaître la règle qui empêche nos meilleurs étudiants-athlètes d’opter pour une bourse dans les grands collèges américains si leur rêve d’être repêchés dans la LNH ne se concrétise pas après un séjour dans nos ligues juniors? On verra bien. Un juriste pourrait sans doute éclairer cette question mieux que moi, mais, si on se fie à la lettre de ce jugement, la règle qui désavantage les ligues juniors canadiennes au profit des riches et exclusifs «prep schools» au sud de la frontière ne tient plus vraiment légalement la route. En effet, les compensations offertes par nos ligues juniors seraient jugées tout à fait acceptables selon les critères énoncés par la Cour.

Il faudra peut-être qu’un joueur des circuits junior canadien brimé par la règle la conteste devant les tribunaux américains avant qu’on puisse savoir si la NCAA peut continuer de fermer ses portes aux joueurs issus des circuits de hockey junior majeur canadiens, ce qui pourrait prendre du temps. Ce dernier jugement de la Cour suprême américaine donne néanmoins un coup de pouce à des milliers de jeunes athlètes qui font pleuvoir les millions partout autour d’eux, mais ne tirent pas leur juste part d’un système dont ils sont le principal produit. 

Dans certains domaines, on peut s’attendre au pire de cette Cour suprême dominée par la droite républicaine, mais dans ce cas-ci, à l’unanimité, elle a fait un pas dans la bonne direction.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et responsable de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM.