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L'incroyable parcours d'Hélène devenue Alanis

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 Timide, incertaine, mais belle comme le jour, elle longeait timidement les boutiques commerçantes du Vieux-Trois-Rivières à la fin des années cinquante.

Elle s’appelait alors Hélène Robert, mais elle était de la réserve d’Odanak. Mannequin à ses heures, elle rêvait d’être chanteuse. Je l’ai croisée quelques fois, alors que j’étais journaliste au Nouvelliste de Trois-Rivières, mais sans avoir pour elle de curiosité particulière.

C’était l’époque où un certain Wawanoloat officiait à l’écran et à la radio de Radio-Canada sous le nom plus « acceptable » de Jean-Paul Nolet. Il tomba le masque et montra son vrai visage en 1961 dans un discours visionnaire prononcé à Odanak, la réserve d’où il venait, lui aussi. Dans cette allocution, il demandait aux Blancs de s’intéresser enfin aux Indiens, aux Noirs et aux Jaunes. Il avait terminé en répétant le souhait formulé par le célèbre écrivain français Chateaubriand lorsqu’il quitta les Indiens d’Amérique : « Frère, je te souhaite un ciel bleu, beaucoup de chevreuil, un manteau de castor et l’espérance ! »

UNE SEMEUSE D’ESPÉRANCE

L’espérance, c’est bien ce qu’apporte Hélène Robert depuis qu’elle est devenue Alanis Obomsawin. Après quelques succès modestes comme compositrice et interprète jusqu’en 1967, l’Office national du film lui donna l’occasion d’entreprendre et de poursuivre une œuvre qui est désormais inestimable pour tous les Autochtones d’Amérique. 

Alanis a réalisé jusqu’à ce jour 52 films. Ils sont à la fois des œuvres de combat ou de résistance, comme Les événements de Restigouche ou la Crise d’Oka, des découvertes ethnographiques comme Le panier, Les enfants ou Éléments de notre vie quotidienne, une quête d’identité comme Je m’appelle Kahentiiosta ou la sauvegarde d’un folklore autochtone en péril, comme dans Amisk.

Puis, Alanis a réalisé le touchant court métrage autobiographique de 18 minutes dans lequel elle dévoile des images idylliques de son enfance à Odanak et des images troublantes du harcèlement qu’elle a subi aux mains (et aux pieds) de ses camarades de classe de Trois-Rivières. Son film révèle les leçons d’histoire qu’elle a reçues. Des leçons semblables à celles que j’ai eues moi-même et qui racontent l’indicible cruauté des Indiens et les tortures qu’ils ont infligées aux Blancs venus les « sauver » du paganisme ! 

UNE JOURNÉE DEVENUE IMPORTANTE

Hier, c’était la 25e Journée nationale des peuples autochtones, une fête qui n’est fériée qu’au Yukon, je crois. Jusqu’à maintenant, cette journée avait eu surtout valeur de symbole. À part chez les Autochtones, on l’avait toujours soulignée sans trop d’éclat.

La mort tragique de Joyce Echaquan il y a seulement quelques mois et la découverte récente des restes de 215 enfants autochtones sur le terrain du Pensionnat indien de Kamloops, en Colombie-Britannique, ont sonné un réveil brutal des médias. Pour une fois, APTN, le réseau national des Autochtones, n’est pas le seul à célébrer cette journée de façon exceptionnelle.

Dimanche soir, ARTV a présenté Le grand solstice, un spectacle tourné en plein air au Théâtre de la Dame de Cœur à Upton. Il a été repris, hier soir, par Radio-Canada et Télé-Québec. Les 11 nations autochtones du Québec y étaient représentées par plusieurs artistes, dont, évidemment, Alanis Obomsawin.

La jeune fille qui longeait timidement les rues du Vieux-Trois-Rivières au milieu du siècle dernier est plus qu’une icône. Sans elle et sans son œuvre cinématographique, des luttes et des revendications autochtones légitimes seraient tombées dans l’oubli, sans parler des coutumes et du folkore autochtones. Alanis Obomsawin justifie presque à elle seule l’existence même de l’Office national du film !