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À la découverte d’une nouvelle génération de militants souverainistes: cinq entretiens pour la fête nationale

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Depuis quelques mois, on entend parler d’eux de plus en plus souvent: je parle des militants du Mouvement des jeunes souverainistes. Ils manifestent pour l’indépendance et pour le français, et permettent à une nouvelle génération de reprendre le flambeau du combat national pour qu’enfin, tôt ou tard, et même plus tôt que tard, notre peuple soit vraiment maître chez lui. Je me suis intéressé à eux: je ne suis pas certain de me reconnaître dans leur univers, leur vocabulaire, leur imaginaire, et je suis convaincu qu’eux-mêmes ne se reconnaissent pas nécessairement dans ma vision du nationalisme et de l’indépendance. Nous ne sommes pas souverainistes de la même manière, ni nécessairement pour les mêmes raisons. Mais l’indépendance ne se fera jamais si les souverainistes des différentes tendances ne réapprennent pas à se parler, à se trouver des points communs. Ils n’ont pas à communier dans une même vision du combat national, mais vers un même objectif politique. La voix de cette nouvelle génération militante doit être entendue. Pour la fête nationale, j’ai proposé à cinq militants de ce mouvement d’expliquer leur vision du Québec, du projet souverainiste et du rapport que leur génération entretient avec lui. Prenez le temps de les lire.

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Marguerite Landry
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Marguerite Landry

Nom: Marguerite Landry

Âge: 20 ans

Ville de naissance: Montréal

1. Quand êtes-vous devenue souverainiste? Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager pour l’indépendance?

L’indépendance m’a en quelque sorte été imposée. Mes parents sont de fervents indépendantistes qui ont tous les deux milité pour la cause. Dans ma famille, on ne devient pas indépendantiste, on l’est. Toutefois, c’est justement cette imposition qui m’a poussée, un jour, à faire mes propres recherches pour mettre à l’épreuve le choix politique de mes parents. Je me souviendrai toujours de la fois où mon père, en trouvant un livre du NON sur ma table de chevet, a eu les larmes aux yeux. Heureusement pour lui, même après mes recherches, l’indépendance est restée, à mes yeux, la meilleure option pour le Québec. De plus, c’est en suivant un cours de sociologie politique à l’université, portant sur le militantisme, que j’ai décidé de m’impliquer. En étudiant les différents facteurs qui poussent un individu à s’engager politiquement, j’ai réalisé qu’ils s’appliquaient plutôt bien à moi. Le Mouvement des jeunes souverainistes est le groupe idéal pour s’impliquer quand on est un ou une jeune Québécois(e). C’est un véritable réseau d’indépendantistes de partout au Québec. 


2. Quels sont vos principaux arguments en faveur de l’indépendance?

Quand quelqu’un m’aborde en me demandant pourquoi je suis indépendantiste, je réponds toujours la même chose. Je dis que je suis indépendantiste, car le Québec dont je rêve ne peut pas se réaliser tout en restant dans le Canada. Il y a trop de contradictions. La plus grande d’entre elles est l’aspect environnemental. Le Québec ne sera jamais vert s’il reste dans un État pétrolier. Sans l’indépendance, les Québécois n’ont pas le plein contrôle de leur territoire et continuent à se faire imposer des oléoducs. L’indépendance donnerait aux Québécois ce pouvoir. Ensuite, le modèle social que nous avons établi au Québec est complètement différent de celui du Canada. Que ce soit par notre régime d’assurance maladie, les garderies ou le Régime québécois d’assurance parentale, le Québec se distingue de ses voisins canadiens. L’indépendance est la seule voie possible si l’on veut renforcer ce modèle. Finalement, l’indépendance serait aussi l’occasion de reprendre le contrôle de notre argent. Chaque année, les Québécois(es) perdent des millions de dollars dans des dédoublements de ministère et, chaque année, le gouvernement canadien investit dans des domaines qui ne rejoignent pas du tout les Québécois, comme le militaire. En étant libre, le peuple québécois aurait le pouvoir de choisir où son argent irait. 


3. Quel rapport votre génération entretient-elle, selon vous, avec la question nationale? Y a-t-il beaucoup de souverainistes discrets chez les jeunes?

Après 1995, les militants indépendantistes ont adopté deux postures. La première était celle d’accepter le choix des Québécois et de laisser l’indépendance de côté ou, du moins, la sortir de la scène politique. Les autres ont plutôt choisi de continuer à parler d’indépendance et de rêver d’un troisième référendum. Cette division des forces a engendré un essoufflement du mouvement. Cependant, la défaite référendaire a été un traumatisme pour plusieurs militants. Je les comprends d’avoir mis la cause de côté. Après deux défaites, on peut commencer à être découragé. Grâce à ma famille, j’ai eu la chance de pouvoir entendre parler de souveraineté, mais c’est loin d’être le cas pour toute ma génération. Je pense que c’est pour ça que les jeunes d’aujourd’hui sont beaucoup plus indécis que fédéralistes ou que souverainistes, puisqu’ils n’ont jamais eu besoin de se positionner sur le sujet. Je ne pense pas qu’il y ait de souverainistes discrets. Les jeunes souverainistes affirment clairement leur opinion. Ce n’est pas un sujet tabou. Ce sont plutôt les indécis et les fédéralistes qui restent silencieux. 


4. Est-ce qu’être un indépendantiste est difficile, dans un environnement idéologique qui a tendance à ne pas considérer positivement le nationalisme québécois?

C’est vrai que le nationalisme québécois n’a pas la cote en ce moment. Trop souvent, on associe l’indépendance à un repli sur soi-même. Or, cette vision n’est pas si difficile à déconstruire. Je pense qu’il est impossible pour quelqu’un d’être indépendantiste s’il n’aime pas le Québec ou s’il ne se sent pas rattaché de quelque façon à lui. Une des solutions trouvées par le mouvement des jeunes souverainistes est la promotion de la culture québécoise. Les artistes sont un excellent moyen de faire naître en quelqu’un un amour pour le Québec. En musique, par exemple, des dizaines de groupes québécois sortent un premier album chaque année. L’organisation de concerts ou des publications Instagram pour la promotion de ces artistes sont des gestes essentiels dans la lutte indépendantiste. De plus, avec les années, le mouvement indépendantiste a été associé à un certain conservatisme. On dit le mot indépendance et on pense à un patriote à la ceinture fléchée ou à une photo en noir et blanc d’hommes une cigarette à la bouche. Or, selon moi, l’indépendance va beaucoup plus loin que ces clichés. L’indépendance doit être associée à l’avenir. Elle est un véritable projet de société. Elle permettra aux Québécois et aux Québécoises de se doter des moyens pour réaliser leurs rêves. 


5. Dans l’histoire du combat québécois pour l’indépendance, quelles figures vous inspirent?

Je dois avouer que j’ai toujours eu un faible pour Gérald Godin. C’est un politicien que je respecte beaucoup. Il est à la fois poète et intellectuel. Je trouve que c’est exactement quelqu’un comme lui qui manque au paysage politique québécois. Il savait faire aimer le Québec aux autres par ses textes. La politique n’est pas seulement une mécanique bureaucratique. C’est, je crois, le fondement de notre liberté. Elle nous permet de définir notre monde et de construire quelque chose ensemble. Toutefois, on ne se lance pas en politique sans ressentir un amour immense pour sa région, et Gérald Godin savait inspirer les Québécois et les imprégner d’une tendresse particulière pour le Québec. 


6. Le combat pour le français peut-il interpeller votre génération? Est-elle consciente, selon vous, de la possibilité que le peuple québécois se fasse assimiler?

En mars dernier, quelques membres du Mouvement des jeunes souverainistes ont rédigé une lettre ouverte pour demander au gouvernement de faire preuve d’ambition en vue du dépôt du projet de loi 96. La lettre a été signée par plus de 800 jeunes Québécois de partout au Québec. Ce nombre élevé de signatures montre par lui-même le désir qu’a une partie de la jeunesse québécoise, de préserver le français. Je crois que, trop longtemps, nous avons considéré la décroissance du français comme une fatalité. Comment une langue aussi minoritaire dans sa géographie pourrait être assez forte pour survivre? Or je crois que c’est une mentalité qui est en train de changer. Les Québécois se rendent compte que la loi 101 n’est plus assez forte pour protéger le français. Avec mon implication dans le MJS, j’ai eu la possibilité de rencontrer des centaines de jeunes qui ont le français à cœur et qui ont conscience qu’il représente le pilier de notre culture. Sans lui, notre culture s’écroule, et c’est loin d’être le désir des gens de mon âge. 

«Nos moments de colère, nos peines d’amour et nos souvenirs d’été, c’est en français qu’ils voyagent le mieux» (Lettre ouverte rédigée par des membres du MJS en mars 2021).

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Alex Valiquette
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Alex Valiquette

Nom: Alex Valiquette

Âge: 20 ans

Ville de naissance: Laval

1. Quand êtes-vous devenu souverainiste? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager pour l’indépendance?

Je suis devenu souverainiste avec les cours d’histoire au secondaire. En étudiant les événements marquants de notre histoire, j’ai compris que l’existence même de notre peuple en cette terre d’Amérique est imprégnée par cette soif de liberté, d’un désir profond de s’appartenir, d’être maîtres chez nous. À 15 ans, il est difficile de rester indifférent face aux injustices et aux atrocités que notre peuple a subies, en passant par la conquête, le rapport Durham, la répression militaire lors de la crise d’Octobre, les vols référendaires et la contestation de notre droit à l’autodétermination. Ce qui m’a poussé à m’engager dans la lutte pour l’indépendance est cette soif de liberté nationale, mais aussi l’incroyable potentiel que porte ce projet, celui de se rassembler comme nation et de mettre au monde, collectivement, un pays qui fera les choses autrement et qui sera réellement à notre image. 


2. Quels sont vos principaux arguments en faveur de l’indépendance?

Si je suis indépendantiste, c’est que je crois profondément au droit à l’autodétermination. Il y a une véritable beauté dans chaque nation et chaque culture, une grande richesse, qu’on se doit de préserver et [dont on doit] assurer [le] plein épanouissement. Soyons honnêtes, le pays du Québec est déjà existant, on le voit dans sa langue, dans sa culture, dans ses ressources, ainsi que ses institutions, qui diffèrent très souvent du modèle canadien. Le Québec serait le 18e plus grand pays au monde, notre territoire est trois fois plus grand que la France, nous possédons une abondance de ressources naturelles et notre population est plus élevée que celle de 50% des pays sur la planète. L’indépendance nous donnerait une voix dans toutes les instances internationales, ce qui nous permettrait de nous ouvrir plus que jamais au monde qui nous entoure et d’y participer activement. De plus, je crois que pouvoir construire un pays au 21e siècle peut être un vrai cadeau de la vie, puisque nous aurons la possibilité de bâtir un pays moderne en tenant compte des grands enjeux [que] nous devrons affronter, tels que la crise climatique. L’indépendance du Québec ne serait pas l’utopie, mais je suis convaincu que ce projet nous ferait du bien collectivement. On prendrait le temps de se redécouvrir en tant que nation, de retrouver nos contes et légendes, d’échanger avec les néo-Québécois et les premiers peuples du futur de ce territoire qui nous habite et qui nous rend, nous. 


3. Quel rapport votre génération entretient-elle, selon vous, avec la question nationale? Y a-t-il beaucoup de souverainistes discrets chez les jeunes?

En parlant avec les jeunes de ma génération, j’ai réalisé que la question nationale est une question [à laquelle] nous ne réfléchissons tout simplement pas naturellement. Le débat entourant cette question est pratiquement inexistant depuis 1995. Il est donc évident que, pour tous ceux et celles qui sont nés après le deuxième référendum, ils n’ont jamais eu à se positionner, ni à réfléchir à celle-ci. Toutefois, cela ne rend pas les jeunes d’aujourd’hui de grands fervents fédéralistes. Je dirais que la grande majorité des jeunes de ma génération ne sont pas positionnés sur cette question, par manque d’information et de connaissance des arguments. Cela me donne énormément d’espoir pour le mouvement indépendantiste, puisqu’une génération complète a le pouvoir de se réapproprier et de redéfinir la question nationale à son image, suffit de sortir dans les rues pour la mobiliser. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup plus de jeunes souverainistes discrets qu’on le pense. Effectivement, plusieurs jeunes indépendantistes ont tendance à ne pas s’afficher ouvertement, car l’indépendance n’est pas dans l’actualité comme le sont d’autres enjeux sociaux. 


4. Est-ce qu’être un indépendantiste est difficile, dans un environnement idéologique qui a tendance à ne pas considérer positivement le nationalisme québécois?

Être indépendantiste en 2021 peut parfois être difficile, puisqu’il faut constamment déconstruire de faux amalgames entourant le nationalisme québécois. En effet, on associe beaucoup trop souvent l’indépendantisme québécois à du nationalisme identitaire, alors que c’est beaucoup plus que ça. À cause de l’image négative préconçue que certaines personnes ont à l’égard du mouvement souverainiste, il m’arrive souvent de devoir expliquer qu’est-ce que l’indépendance du Québec et pourquoi il est si nécessaire de la faire. La souveraineté du Québec est un grand projet, qui se doit de rassembler une majorité de Québécois de toutes les origines, de toutes les régions, ainsi que les 11 nations autochtones sur le territoire québécois. Ce ne sera pas facile, mais c’est nécessaire, il faut alors promouvoir fièrement notre indépendantisme, sans complexes et sans honte. Nous devons ignorer tous ceux qui nous disent que nous rêvons en couleur et que nous ne sommes qu’un petit peuple. Le discours fédéraliste nous enferme dans un insupportable statu quo, nous aveuglant de la beauté et de la fierté de qui nous sommes. Assumons nos convictions indépendantistes avec fierté et courage! 


5. Dans l’histoire du combat québécois pour l’indépendance, quelles figures vous inspirent?

Les figures indépendantistes qui m’inspirent sont sans aucun doute Pierre Bourgault ainsi que Pierre Falardeau. Ces deux grands hommes ont combattu leur vie entière pour l’indépendance du Québec, sans aucun complexe ni peur, ces héros ont assumé leur indépendantisme jusqu’à la mort, et il résonne encore aujourd’hui. Bourgault était en mesure de faire rêver les Québécois, de nous projeter dans le monde et de nous rassembler avec fougue et chaleur. Ses puissants discours sur la liberté et la défense du français ne laissaient personne indifférent. Falardeau défendait le Québec avec toutes ses tripes, il comprenait que les luttes pour l’indépendance des peuples n’étaient pas faciles, mais il gardait une confiance tenace à l’égard de notre droit à l’autodétermination. Son franc-parler et son authenticité me manquent énormément, je me demande souvent ce qu’il dirait s’il voyait ce qui se passe au Québec aujourd’hui. Le mouvement indépendantiste doit absolument s’inspirer de ces deux grands hommes.  


6. Le combat pour le français peut-il interpeller votre génération? Est-elle consciente, selon vous, de la possibilité que le peuple québécois se fasse assimiler?

Je crois sincèrement que ma génération tient à la langue française, même si elle le démontre peut-être moins que les générations antérieures. Il ne faut pas en vouloir aux jeunes d’aujourd’hui de ne pas se battre autant pour le français, puisque nous n’avons pas vécu les grands débats linguistiques ainsi que l’aliénation culturelle, comme les ont vécus nos grands-parents. Il faut comprendre que les jeunes d’aujourd’hui ont grandi dans un monde hyper mondialisé, sans réelle connaissance de la lutte historique pour le français. Après le référendum de 1995, il semble y avoir eu une coupure dans la transmission de l’amour et la protection du français, ce qui est problématique. Toutefois, si nous voulons que les jeunes protègent et aiment leur langue, nous devons absolument valoriser davantage la culture d’ici, et rappeler que de parler français en Amérique du Nord enrichit la diversité culturelle du continent. Nous l’oublions trop souvent, mais les francophones représentent moins de 3% de la population nord-américaine. Nous sommes une minorité culturelle, et nous devons [nous] en rappeler, il y a quelque chose d’extraordinairement magnifique à travers cette résilience historique pour notre langue. De plus, je crois que les jeunes d’aujourd’hui comprennent également que les langues des premiers peuples sont également menacées, et que nous devons absolument être solidaires en tant que minorités culturelles sur ce continent. 

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Aïcha Ede
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Aïcha Ede

Nom: Aïcha Ede

Âge: 18 ans

Ville de naissance: Montréal

1. Quand êtes-vous devenue souverainiste ? Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager pour l’indépendance?

Comme beaucoup de jeunes indépendantistes, j’ai grandi dans une famille où l’indépendance allait de soi. Mes parents ne m’en ont jamais explicitement parlé, ils ne me l’ont pas imposé, mais je le suis devenue naturellement en vieillissant. Bien sûr, au début, je me disais indépendantiste sans vraiment connaître les enjeux et j’étais incapable de défendre ou de vocaliser mes arguments (parce que je n’en avais pas), mais je n’ai jamais remis en question ce sentiment qu’il s’agissait là d’une cause importante à défendre. C’est seulement en rejoignant le MJS et en rencontrant tous ces jeunes qui souhaitaient la même chose que moi que j’ai pu réellement comprendre les implications et les arguments du camp du Oui. Je suis maintenant présidente du regroupement souverainiste de mon cégep et c’est la culture québécoise qui me pousse à poursuivre mon engagement envers l’indépendance.


2. Quels sont vos principaux arguments en faveur de l’indépendance?

Je pense que la culture est l’un de mes arguments les plus sortis lorsque je débats d’indépendance. On peut facilement donner des statistiques économiques qui mettent de l’avant le potentiel économique du Québec ou encore son potentiel en matière d’environnement, mais il s’agit là d’un potentiel. On ne peut garantir que le Québec indépendant deviendra écologiquement meilleur que le Canada, on ne peut garantir que le Québec élira un parti de gauche parce qu’il est indépendant, mais on peut garantir que toutes les décisions qui seront prises par le Québec et les Québécois seront selon leurs intérêts, sans ingérence ou freins de la part du fédéral. La culture québécoise et son histoire ne sont peut-être pas aussi convaincantes qu’un traditionnel argument économique, mais je suis avant tout indépendantiste pour mon amour et mon désir de protéger ma langue et ma culture. Avec Netflix et toutes les autres plateformes comme YouTube ou TikTok, les jeunes qui grandissent perdent leur attachement à la culture québécoise, il n’y a plus d’émission que tous les jeunes regardent, chacun écoute ce qu’il lui plaît parmi des milliers de choix. Le Québec a le droit et a besoin de devenir indépendant pour permettre l’essor et la protection de sa culture, c’est ce qui va réellement nous permettre de survivre.


3. Quel rapport votre génération entretient-elle, selon vous, avec la question nationale? Y a-t-il beaucoup de souverainistes discrets chez les jeunes?

Je pense que beaucoup de jeunes sont indifférents face à la question de l’indépendance. Je suis entourée d’amis qui sont majoritairement indépendantistes, certes, mais moi-même et ces gens ne sommes pas représentatifs de notre génération. Je pense qu’avec toute l’information qui nous est disponible et tous les enjeux auxquels nous faisons face, plusieurs considèrent l’indépendance du Québec et la question nationale comme secondaires aux autres luttes (l’environnement et le racisme, par exemple). Il y a encore ce biais, que le mouvement indépendantiste est fondamentalement raciste et qu’il s’agit d’un enjeu du passé qui n’a plus sa place. J’ai souvent remarqué des jeunes Québécois parler du Québec avec dégoût, comme s’ils avaient honte d’être nés ici. On doit encore travailler pour faire comprendre à notre génération qu’un combat n’empêche pas l’autre et que toutes les luttes se valent. Alors des indépendantistes discrets, j’en suis sûre, mais je crois surtout qu’il y a davantage d’indépendantistes potentiels, qu’il faut rejoindre et informer, comme l’a fait le MJS.


4. Est-ce qu’être un indépendantiste est difficile, dans un environnement idéologique qui a tendance à ne pas considérer positivement le nationalisme québécois?

Peut-être, mais, personnellement, je n’ai jamais trouvé que cela mettait un frein à notre combat. Plusieurs personnes que j’ai côtoyées dans des groupes militants pour l’environnement ont été catégoriquement opposées à la question avant même qu’on puisse arriver à discuter du nationalisme québécois. Au lieu de m’arrêter et de me plaindre que l’environnement idéologique est défavorable au nationalisme, je pense qu’il est plus productif d’essayer de comprendre d’où provient leur mépris et de leur prouver le contraire. Je ne vais pas abandonner mon nationalisme pour quelques personnes qui ne sont pas ouvertes à la discussion et qui vont me mépriser, peu importe ce que je leur dis. Il faut aller de l’avant et convaincre ceux qui sont ouverts, au lieu de passer ses journées à se fâcher après des gens qui ont des opinions inchangeables. Je considère que mon nationalisme est justifié, et je suis capable de le défendre devant n’importe qui, alors pourquoi devrais-je être contrariée face aux hostilités de certains? Le monde n’est plus le même qu’en 95, les jeunes n’ont pas vécu toute cette mouvance, alors il est normal d’être face à un mur, parfois. Je ne m’attends pas à ce que mon nationalisme soit accepté par tous sans qu’il soit remis en question, parce que c’est naturel de vouloir creuser plus loin pour comprendre ce qui se passe, au risque de contrarier l’autre. 


5. Dans l’histoire du combat québécois pour l’indépendance, quelles figures vous inspirent?

Sans aucun doute Andrée Ferretti. C’est une femme qui m’inspire énormément et je m’estime chanceuse d’être sa petite-nièce. Elle a été une figure importante du mouvement indépendantiste en étant vice-présidente du RIN et en écrivant plusieurs ouvrages en lien avec l’indépendance. Elle est pour moi un modèle féminin inspirant. Elle a toujours vu l’indépendance comme un mouvement qui reposait sur un mouvement social et non par la voie électorale. C’est une femme avec énormément de caractère et d’intégrité, et je m’engage à poursuivre cette lutte en grande partie grâce à elle et à toute ma famille qui s’est impliquée dans le mouvement indépendantiste. Je pense qu’on a besoin davantage de femmes sur la scène politique et dans les regroupements indépendantistes pour pouvoir être réellement représentatifs de notre société, alors je la remercie d'avoir été aussi engagée et aussi importante pour le mouvement, mais aussi pour plusieurs militants au Québec.


6. Le combat pour le français peut-il interpeller votre génération? Est-elle consciente, selon vous, de la possibilité que le peuple québécois se fasse assimiler ?

Je pense que, du moment qu’on aura réussi à défaire cette idée que le français est une langue faible, qui ne mène nulle part, et que l’anglais est la seule façon, pour les jeunes Québécois, de réussir dans la vie, notre génération sera très engagée dans la lutte pour le français. Cela étant, «notre génération» est un terme très large et c’est impossible de dire que tous seront conscientisés. Je dois avouer que je ne suis pas très optimiste pour ce qui est de la protection du français, parce que je vois l’impact des réseaux sociaux et des médias américains sur notre génération, et cet impact est quasi impossible à arrêter. Des amis qui ont parlé en français toute leur vie s’anglicisent de plus en plus, les couloirs de mon cégep résonnent de mots en anglais, je me fais accueillir en français par un anglophone, mais en anglais par un Québécois dans la même boutique. Je pense que, oui, notre génération aura un grand impact sur l’avenir du français, mais qu’il est impératif que les générations plus vieilles qui sont présentement au pouvoir mettent en place des structures pour mieux protéger la langue. Je pense aussi que la peur de l’assimilation n’est pas un concept présent dans l’esprit de beaucoup. Je pense que les médias nous font idéaliser l’Amérique anglophone/américaine et que plusieurs ne se rendent même pas compte de ce qui se passe. 

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Gabrielle Gagnon
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Gabrielle Gagnon

Nom: Gabrielle Gagnon

Âge: 19 ans

Ville de naissance: Montréal 

1. Quand êtes-vous devenue souverainiste? Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager pour l’indépendance?

Avant même de savoir ce qu’était le Québec ou le Canada, j’étais souverainiste sans le savoir. D’aussi loin que je me souvienne, chaque fois que j’allais voir la famille de ma mère au Manitoba, je pensais changer de pays. Lorsque j’ai voyagé outre-mer, à 8 ans, j’étais simplement confuse de voir que, pour Cuba, il fallait faire une fouille exhaustive, mais pas pour le Canada. Même à 8 ans, cette fédération était une aberration. Il y avait quelque chose d’illogique à l’idée de subir des regards moqueurs, des commentaires dégradants sur ma langue, mon accent et ma nation de la part de Manitobains, pour ensuite apprendre que nous étions tous un grand peuple, d’un océan à l’autre, même si nous n’avions pas la même langue, la même histoire, les mêmes valeurs. J’étais, avant même de connaître les mots, une souverainiste passive. J’avais accepté ce mensonge qu’est le Canada, jusqu’à mes 14 ans. C’est là que j’ai compris que la lutte pour l’indépendance, ce serait la mienne, jusqu’à la victoire. Dans mon cours d’histoire de secondaire trois, quand j’ai compris que les malaises que j’avais pu ressentir n’étaient rien comparés aux violences et à la discrimination qu’avaient subies les miens au courant de notre histoire; je me suis dit que cet asservissement devait cesser un jour. C’est ce profond sentiment d’injustice qui m’a d’abord et avant tout poussée à m’engager pour l’indépendance. 


2. Quels sont vos principaux arguments en faveur de l’indépendance?

À mon sens, à peu près tout devient un argument en faveur de l’indépendance lorsqu’on réalise que la plupart de nos problèmes économiques, écologiques et même sociaux proviennent soit d’un gouvernement de trop, du fait que l’on n’a aucun contrôle sur notre économie, nos frontières et notre avenir, ou encore d’une mentalité de colonisé effrayé de disparaître en tant que peuple. Toutefois, maintenant plus que jamais, il y a l’idée de pouvoir faire un pays où les Premières Nations seraient incluses à part entière dans la Constitution, consultées et respectées, pour un jour ne plus jamais avoir de peuples colonisés au Québec. Un autre serait ce rêve d’avoir un pays vert. Statistiquement, on ne peut que constater que les Québécois prennent l’environnement plus à cœur que le reste des Canadiens. Normal pour un peuple qui a une énergie verte depuis les années 40 et qui lutte socialement contre des projets dévastateurs comme les oléoducs de l’Alberta ou GNL. C’est évident que la volonté souveraine du peuple québécois permettrait de lutter contre les changements climatiques. Au-delà de ça, la simple idée de contrôler notre avenir est, pour moi, ce qui devrait convaincre tout le monde. Savoir que nos accords économiques avec l’Europe ne seraient plus sabotés par ceux qui cherchent à nous assimiler depuis Durham, que nos frontières seraient fermées dès les premiers signes de la prochaine pandémie, que nos gouvernements seraient finalement souverains politiquement explique la lutte en soi, à mon sens.


3. Quel rapport votre génération entretient, selon vous, avec la question nationale? Y a-t-il beaucoup de souverainistes discrets chez les jeunes?

Je crois qu’il est impossible de définir un rapport entre ma génération et la question nationale, quand la plupart d’entre nous n’en ont jamais entendu vraiment parler. Effectivement, le rapport avec la question nationale est à peu près inexistant, du simple fait qu’elle n’existe plus. Après l’échec, ou plutôt le vol de 1995, la question de l’indépendance a simplement été éjectée de la scène sociale. Que ce soit à l’école, dans la rue ou dans la culture, on n’en parle tout simplement plus. Souvent, les gens, surtout les jeunes, ressentent un certain sentiment d’impuissance, de frustration face à l’état actuel des choses, et cherchent une solution, sans savoir que leurs ambitions se concluent généralement par l’indépendance du Québec. C’est ce que je constate, à force de discuter avec des gens qui possèdent les mêmes désirs, les mêmes valeurs et les mêmes rêves que moi, qui en viennent à réaliser que la solution qu’ils cherchent, elle existe: c’est un pays. Sans même le savoir, plusieurs jeunes ont le désir d’un pays. Il suffit qu’ils réalisent que c’est un projet inclusif, environnemental et résolument à gauche pour que leur rapport avec la question nationale change. Ce ne serait donc pas des souverainistes discrets, mais des souverainistes en devenir, qui doivent réaliser qu’un pays à bâtir est la plus belle, la plus ambitieuse et la plus définitive des solutions. Les vrais souverainistes discrets ne le sont pas en raison de leur âge, mais à cause qu’ils sont dans des milieux académiques ou professionnels fédéralistes ou anglophones. 


4. Est-ce qu’être un indépendantiste est difficile, dans un environnement idéologique qui a tendance à ne pas considérer positivement le nationalisme québécois?

La vision péjorative du nationalisme québécois n’est pas un problème pour moi. Je crois que, quand on a la profonde conviction de mener une lutte qui est juste, bonne et inévitable, il est impossible de la trouver difficile pour des choses aussi futiles que le regard des autres, surtout sur un aspect secondaire de cette dite lutte. La lutte que je mène ne se limite pas à celle du nationalisme québécois. Oui, je suis fière de l’histoire et des combats des descendants des Canadiens français, mais je suis tout aussi fière de considérer le Québec comme une terre d’accueil. Je comprends parfaitement que, pour plusieurs, notamment pour les Premiers Peuples, ce nationalisme peut être violent, et cette vision est absolument légitime. Toutefois, le rejet de ce nationalisme n’est pas un problème pour la lutte à l’indépendance, car cette lutte qui est menée depuis l’époque des patriotes concerne plus que le nationalisme québécois. C’est le combat de tous ceux qui habitent le Québec, qu’ils se reconnaissent dans la nation québécoise ou pas, des environnementalistes, de ceux qui croient en la social-démocratie et en la francophonie, c’est une lutte qui dépasse le simple nationalisme québécois. La vision péjorative du nationalisme québécois n’est donc pas difficile à vivre, contrairement au poids de ceux qui s’obstinent à limiter la lutte pour l’indépendance à cet aspect, alors que la liberté est tellement plus large que le nationalisme pur.


5. Dans l’histoire du combat québécois pour l’indépendance, quelles figures vous inspirent?

Mon peuple est bourré de figures courageuses, déterminées, qui croyaient en la liberté plus que tout au monde, qui me rappellent à tous les jours que la victoire ne peut qu’arriver. Une des plus inconnues devrait être Julie Dorais, une femme patriote dont j’ai appris l’existence tout récemment. Véritable héroïne, elle aurait résisté contre les soldats anglais avec un simple couteau, pour protéger sa maison, ses enfants et sa nation. Cette femme est l’essence même de la lutte indépendantiste, de tous les peuples. Avoir un petit couteau contre des fusils, contre une armée, pour sauver ce qui reste de soi, c’est pour moi la forme la plus pure d’indépendantisme. Il y a également Pauline Julien, qui a su aborder ce combat avec tant d’amour, tant de tendresse et tant de lucidité, tout au long de sa vie, même quand ce dit combat lui valut emprisonnement et violation de ses droits et libertés lors de la crise d’Octobre. C’est surtout, pour moi, un rappel que, derrière ce qui semble être une lutte sanglante, est d’abord et avant tout un projet de société basé sur l’amour. Ensuite, il y a bien sûr Pierre Falardeau, avec son art et son franc-parler, qui rappelle à tout indépendantiste que, parfois, il faut seulement dire «mange d’la marde», un grand sourire au visage (Bonjour Trudeau!), et faire confiance. 


6. Le combat pour le français peut-il interpeller votre génération? Est-elle consciente, selon vous, de la possibilité que le peuple québécois se fasse assimiler?

Oui, ce combat peut interpeller ma génération, car ma génération est celle qui défend, qui protège ceux qui en ont besoin, de tout son cœur. Quand ma génération verra que, statistiquement, cette petite goutte de francophones qu’on trouve au Québec, dont le nombre ne fait que diminuer, ne pourra jamais faire poids contre l’océan d’anglophones d’Amérique du Nord, elle ressentira le désir de la protéger, et de lutter en ce sens. Je ne peux croire que cette génération, qui est celle de l’ouverture sur autrui et sur le monde, sera celle qui laissera mourir une langue et, ainsi, un peuple, unique en Amérique. Protéger le français au Québec, c’est protéger toutes les langues mourantes de ce monde, protéger le peuple québécois, c’est protéger tous les peuples colonisés du monde, car l’unicité de notre nation fait partie de cette diversité mondiale pour laquelle ma génération lutte tant. Le mutisme collectif face à l’enjeu de la langue, mis à part quelques chroniques isolées, contribue au fait que ma génération ne saisit pas que l’assimilation du peuple québécois est le rêve inespéré du Canada anglais depuis Durham et que, pour la première fois de notre histoire, ce rêve risque de devenir réalité. Quand le risque de l’assimilation sera compris par tous, je suis convaincue que ma génération agira. 

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Jacques Martin
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Jacques Martin

Nom: Jacques Martin

Âge: 22 ans

Ville de naissance: Montréal

1. Quand êtes-vous devenu souverainiste? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager pour l’indépendance?

Il me semble que je sois devenu souverainiste dès la fin de l’enfance, au début de l’adolescence, quand ma conscience politique a commencé à se développer. Mais je crois que le point de non-retour a été ma rencontre avec la poésie de Gaston Miron, qui nous présente un pays qui existe dans l’absolu, et qu’il faut faire naître par l’engagement. Mon engagement vient donc de là: je me considère comme un indépendantiste «mironien», en quelque sorte. Ma ferveur militante découle d’un certain romantisme avec lequel je vois le pays que nous ferons. 

J’ai ensuite milité pour le Bloc pendant les élections de 2019, ce qui m’a fait rencontrer des jeunes indépendantistes qui voulaient s’engager comme moi. À partir de là, le Mouvement des jeunes souverainistes est né: dans ce groupe, on a voulu créer un espace en dehors des partis politiques pour militer pour le pays. 


2. Quels sont vos principaux arguments en faveur de l’indépendance?

Un argument qui résumerait bien ma vision est celui de Pierre Bourgault, qui parlait des «responsabilités normales d’un peuple normal». Du moment où l’on accepte que les Québécois forment une nation — ce que la majorité d’entre nous reconnaissent —, l’indépendance devient nécessaire. 

Ensuite, je pense que l’argument que je mets le plus de l’avant, quand je parle d’indépendance avec des gens, c’est celui que l’indépendance est un projet absolument contemporain: le pays que nous ferons en 2025 ou en 2030, ce sera un pays résolument nouveau. Dans sa Constitution, dans les fondements qui en guideront le développement, il y aura les valeurs des gens qui y vivent à ce moment-là. Les valeurs que portent les gens de ma génération, comme la justice sociale, la lutte contre les changements climatiques ou la création de nouveaux rapports avec les Premières Nations, seront le socle de ce nouveau pays qui verra le jour. 

Je dirais aussi que le pays est nécessaire pour accomplir de réels changements au Québec, puisque Ottawa nous a prouvé maintes fois que rien ne changerait réellement au Canada. 


3. Quel rapport votre génération entretient-elle, selon vous, avec la question nationale? Y a-t-il beaucoup de souverainistes discrets chez les jeunes?

Je suis né, comme la plupart de mes amis, après le référendum de 1995. Ma prise de conscience politique s’est faite à l’ère de Jean Charest, et notamment lors du printemps érable de 2012. Pendant l’essentiel de la décennie 2000 et toute la décennie 2010, la question nationale n’était pas ce qui structurait le discours politique au Québec. Notre génération entretient donc un lien quelque peu distant avec cet enjeu. 

Cependant, je pourrais aussi dire que la grande majorité des jeunes que je croise qui ont une opinion sur l’indépendance sont en faveur. J’entends aussi beaucoup de personnes dire que «ce n’est pas ça qui est important en ce moment». Ça ne surprendra personne, les jeunes s’impliquant notamment en très grand nombre, et avec une grande ferveur, pour la lutte contre les changements climatiques, par exemple. Devant l’ampleur de cette menace, on peut les comprendre, de trouver la question du pays secondaire. Cependant, quand on leur parle un peu, il y a souvent moyen de les convaincre de la nécessité de l’indépendance pour mieux lutter contre ce problème. On entend aussi beaucoup de jeunes dire qu’ils ne sont pas vraiment indépendantistes, mais qu’ils voteraient «Oui» si la question leur était soumise dans un référendum. Ça donne espoir. 


4. Est-ce qu’être un indépendantiste est difficile, dans un environnement idéologique qui a tendance à ne pas considérer positivement le nationalisme québécois?

Je pense que le nationalisme québécois est un concept assez large, qui englobe autant des tendances plus traditionalistes ou identitaires, qui s’ancrent dans le récit national canadien-français, et des tendances qui préconisent plutôt la création d’un État français en Amérique où tous et toutes, de toutes les origines, pourront trouver leur place. C’est plutôt cette dernière vision du Québec qu’il faut mettre de l’avant, selon moi, car elle permettra de rallier un plus grand nombre de personnes à la cause indépendantiste. 

Si certaines personnes sont hostiles au projet national, que ce soit des Autochtones, des anglophones ou de nouveaux arrivants, la solution n’est pas de se poser en victimes et de crier au «Québec-bashing», mais plutôt d’aller vers ces gens, de dialoguer et de mettre sur pied, avec eux, un projet de pays auquel tous et toutes pourront s’identifier. 


5. Dans l’histoire du combat québécois pour l’indépendance, quelles figures vous inspirent?

Pour moi, une des figures absolument incontournables du combat pour l’indépendance est le poète Gaston Miron. Sa poésie parle de notre pays en utilisant le riche lexique qui est le nôtre, et montre le cheminement intellectuel d’un homme qui a décidé, ayant compris l’aliénation à laquelle son peuple était soumis, de s’engager pour sa libération. Il a été, autant par ses écrits que par son action politique, un militant infatigable dans la lutte indépendantiste. 

Je m’inspire aussi beaucoup de Raymond Lévesque, qui nous a quittés cette année. Militant de la première heure du RIN, il a pu, grâce à sa notoriété, présenter la cause de l’indépendance à un large public. J’aime aussi beaucoup, de lui, sa bonhommie, le petit côté pince-sans-rire avec lequel il présente ses convictions politiques. 

Bien d’autres personnages ont marqué le mouvement indépendantiste et m’inspirent dans mon action militante, mais je soulignerais aussi les noms de Gérald Godin et de Pauline Julien, qui ont aussi su conjuguer l’action politique et la création politique pour faire émerger une culture unique tout en luttant pour que celle-ci puisse se déployer dans un pays souverain. 


6. Le combat pour le français peut-il interpeller votre génération? Est-elle consciente, selon vous, de la possibilité que le peuple québécois se fasse assimiler?

Le combat pour le français interpelle sans aucun doute notre génération, bien que cela se manifeste différemment que par le passé. Il a coulé bien de l’eau sous les ponts depuis la mise en place de la Charte de la langue française, et les jeunes ne ressentent pas autant d’insécurité linguistique que les générations précédentes. Notre français, notamment à Montréal, est riche de toutes sortes d’emprunts des quatre coins du monde, que ça soit du créole, de l’arabe ou de l’anglais. La culture québécoise d’expression française se porte très bien, et ne cesse de créer de nouvelles choses merveilleuses avec la langue de Leclerc. 

L’assimilation, aujourd’hui, pointe le nez de manière beaucoup plus pernicieuse qu’auparavant, à cause de la culture globalisée, de langue anglaise. Personne n’ignore que nous sommes un petit îlot francophone dans un océan de 360 millions d’anglophones: avec cet état de fait, il est clair que les jeunes sont conscients qu’il faut protéger le français. Je pense que la manière dont nous devons résister est de faire vivre notre langue, de la chanter, de l’écrire, à notre manière. Sur ce point, je crois que nous sommes sur la bonne voie.