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Notre québécitude n'est pas négociable

Fête nationale 2004
Photo d’archives Pourquoi le Québec est si calomnié ?

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Quel est donc désormais l’ensemble des caractères propres à la culture des Québécois ? La langue française, bien sûr. Et la laïcité, qui a remplacé la foi d’antan dont témoignaient vigoureusement les catholiques. En se décléricalisant, le Québec sans douleur a perdu sa foi de charbonnier, comme la désignaient alors les intellectuels. 

Croire en Dieu relevait de la soumission puisque la foi avait réponse à tout. La doctrine et les dogmes de l’Église rassuraient les esprits. 

Pas étonnant qu’en perdant cette foi, les Québécois, avides de nouveaux repères, ont sauté à pieds joints dans toutes sortes de croyances plus ou moins exotiques. Et la dichotomie politique s’est imposée avec une force redoutable. Fini l’affrontement libéral-conservateur. Ce fut le règne turbulent des fédéralistes contre les « séparatistes ». 

Humiliation

La québécitude en a pris pour son rhume après la défaite du premier référendum. Après le documentaire de notre talentueux Denys Arcand, Le confort et l’indifférence, qui expliquait l’échec de 1980, la québécitude aurait subi les assauts d’une forme d’Alzheimer politique. Alors que dire de la blessure rouverte en 1995 avec la défaite tragique du camp du oui, à 30 000 voix près ? Par la suite, nous avons fait profil bas. Même des Québécois tenants du non n’ont pas pavoisé. Ils ont ressenti malgré leur victoire l’humiliation collective du peuple québécois. 

La québécitude agissante s’est mise en berne en quelque sorte. Et cela n’est pas étranger à l’arrivée au pouvoir, quelques années plus tard, du premier premier ministre québécois ouvertement anti nationaliste, Philippe Couillard. Ce dernier n’a jamais vibré, ni devant le français ni devant les assauts contre les Québécois de souche, traités de racistes par des racisés. Philippe Couillard a été l’homme politique québécois le plus postnational, pour reprendre l’expression de Justin Trudeau, maître de la diversité canadienne. 

La défaite électorale du PLQ en 2018, un raz-de-marée qui a propulsé la CAQ de François Legault au pouvoir, s’explique par l’injustice et la discrimination subies par la majorité des francophones. 

Protection

Ceux-ci appuient désormais avec force le gouvernement caquiste. Derrière François Legault, les Québécois se rangent, non pas aveuglément, mais parce qu’ils ont besoin d’être protégés des critiques incessantes formulées à l’égard des valeurs qu’ils partagent. 

François Legault n’a jamais été un fanatique. Ses discours sur la protection de la langue, sur la nécessité de la laïcité, de l’égalité entre les sexes et de la reconnaissance de la diversité nouvelle ne sont pas ambigus. Mais les insultes à l’endroit de la nation provoquent en lui colère et indignation. François Legault n’est ni un fourbe, ni un conservateur aveugle, ni un idéologue. Son besoin d’être respecté correspond au même désir que ses citoyens. 

Fini l’époque où nos maîtres n’étaient grands que parce que nous étions à genoux, pour résumer la pensée d’Étienne de La Boétie. Mais pour vivre debout, il faut du courage, de la détermination, une empathie et une bienveillance qui nous font trop défaut. Notre québécitude, ces quelques valeurs auxquelles nous adhérons, n’est pas négociable. Les forts en gueule, ceux qui bafouent notre mémoire collective, qui réécrivent faussement notre histoire et dédaignent notre présent doivent savoir que leur combat n’est pas le nôtre.