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Le fléau des matériaux de construction illégaux

panneaux d'OSB importés de Chine
Photo facebook marketplace Des panneaux de particules orientées (OSB) importés de Chine et vendus aux consommateurs d’ici. Ils sont non conformes, notamment pour les travaux de structure.

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On retrouve de plus en plus, sur le marché québécois, des matériaux de construction non conformes et illégaux. Ce marché noir étend désormais ses tentacules dans les quincailleries, ce qui est franchement inquiétant. 

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Vous tombez sur une offre alléchante, comme du bois de construction à 20 % de rabais ou des feuilles de contreplaqué à moitié prix... Méfiez-vous ! Il est possiblement dangereux et illégal d’utiliser ces matériaux dans vos projets. 

« Plusieurs marchands m’ont contacté parce qu’ils ont reçu des offres très alléchantes. Des courtiers improvisés leur proposent des panneaux de contreplaqué à 50 $ qu’ils pourront revendre 100 $ », m’explique Richard Darvaux, président de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT). « On n’a jamais vu ce problème dans une telle proportion », s’inquiète-t-il. 

Certains marchands proposent donc des matériaux non certifiés et non estampillés. J’ai découvert cette semaine, dans un entrepôt ouvert au public, des panneaux d’OSB vendus 50 $ l’unité. Normalement, ils se vendent plus de 80 $. 

D’où viennent ces panneaux ? 

« De la Chine », m’a répondu le commerçant qui s’affiche sur internet. Est-ce légal ? « Je ne sais pas. » Est-ce que je peux les utiliser dans la structure d’une maison ? « Bah... personne ne va venir inspecter votre chantier ! »

L’utilisation de bois non certifié est non seulement illégale dans certaines constructions, cette pratique peut être extrêmement dangereuse. Imaginez si les panneaux que vous utilisez pour bâtir votre toit ne sont pas assez résistants pour supporter le poids de la neige ! 

Qui est à la source de ces approvisionnements ? Qui importe cette marchandise d’Asie pour la refiler aux Québécois ? « On l’ignore », s’inquiète Richard Darvaux. La hausse des prix et la rareté des matériaux ont amplifié ce marché souterrain qui demeurait marginal jusqu’à récemment. 

« C’est du jamais-vu. C’est devenu un fléau. Nous mettons en garde les marchands et les consommateurs », lance-t-il. 

Des 2x4 produits par une scierie artisanale. Il est illégal d’utiliser du bois non estampillé dans la plupart des travaux de construction d’un bâtiment.
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Des 2x4 produits par une scierie artisanale. Il est illégal d’utiliser du bois non estampillé dans la plupart des travaux de construction d’un bâtiment.

Dangereux 

« J’en appelle à la responsabilité des marchands, insiste le président de l’AQMAT. Si un propriétaire au budget serré utilise des produits non conformes achetés en quincaillerie, puis qu’il y a des dommages matériels majeurs, ou pire, un accident mortel, comment allez-vous vous sentir ? »

On retrouve aussi sur le marché du bois de construction à rabais provenant de scieries artisanales. Leur utilisation est aussi illégale dans la structure d’un bâtiment. 

« Assurez-vous que votre bois est conforme et estampillé », insiste Sylvain Brosseau, président de la firme d’expertise en bâtiment Burex. Selon lui, d’ici un an, bien des Québécois feront face à de gros problèmes. 

« L’utilisation de planches de 2x4 non certifiés est inquiétante. Premièrement, ils risquent de tordre s’ils n’ont pas séché adéquatement. Cela pourrait créer des bosses dans les murs ou dans les plafonds. Deuxièmement, l’humidité du bois pourrait engendrer de la moisissure et faire pourrir la charpente d’un bâtiment. »  

« Il faut absolument poser des questions : d’où proviennent les matériaux ? Où ont-ils été entreposés ? Car l’eau peut s’infiltrer dans le bois et le faire pourrir rapidement », souligne M. Brosseau.  

Morale de l’histoire : assurez-vous que les matériaux utilisés dans la construction de bâtiments respectent les normes de classements et qu’ils sont estampillés pour garantir leur résistance.

Fraude

« Certains marchands sont tentés de tromper leurs clients », admet le porte-parole des quincailliers. 

La majorité des entrepreneurs ne tournent pas les coins ronds, et ne mettront pas la vie des gens en péril pour quelques milliers de dollars. Cependant, tout le monde doit redoubler de vigilance en ce moment. 

Si c’est trop beau pour être vrai, ce n’est probablement pas vrai... C’est carrément dangereux !

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