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L’obsession fantastique du temps de Catherine Leroux

Catherine Leroux
Photo Pierre-Paul Poulin Catherine Leroux

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Catherine Leroux craque pour les romans choraux aux personnages nombreux et au style lyrique alliant réalisme et fantastique. Tellement qu’elle vient de rafler, avec son dernier roman L’avenir, le prix Jacques-Brossard de la science-fiction et du fantastique. Un genre lui permettant d’allier le conte à la modernité qu’elle avoue avoir, de prime abord, été timide à s’approprier.

Catherine Leroux est née et a grandi à Rosemère, en banlieue de Montréal. Fille d’un père musicien – un percussionniste classique – et d’une maman bibliothécaire, elle a côtoyé très tôt les grands de la littérature.

« Les livres ont toujours fait partie de ma vie, explique celle qui a remporté le prix France-Québec pour son deuxième roman Le mur mitoyen. Il y avait des livres dans la maison, on m’a encouragée à lire n’importe quoi sans jamais me censurer. Quand j’avais 12 ans, ma mère m’a apporté Le grand cahier d’Agota Kristof. Cela a été un petit choc, mais je trouve beau de te rendre compte que ton parent te fait confiance pour lire des choses qui sont quand même dures et difficiles à comprendre ou à accepter. C’est formidable d’avoir cette possibilité d’ouverture à un si jeune âge. »

Si elle explique ne pas avoir fait – par choix – de grandes études en littérature, l’écrivaine, aussi éditrice chez Alto, affirme que cela a assurément contribué à la maintenir dans une certaine indépendance créative. Quant à ses études en philosophie, elles lui ont permis d’aller creuser plus profondément les grandes questions existentielles qui l’animent ; celles-là mêmes lui permettant d’aller à la rencontre de ses personnages.

S’amuser avec le temps

L’histoire de L’avenir commence alors que la marginale Gloria débarque dans la maison de sa fille assassinée, dans une ville inconnue et un peu étrange où ses deux petites filles ont disparu. Avec l’aide de ses nouveaux voisins – des gens ayant eu des vies difficiles, mais généreux et solidaires, dont l’historien Salomon –, elle se lance à leur recherche et fait la rencontre d’un groupe d’enfants vivant en autarcie au milieu de la forêt.

« L’avenir, c’est une uchronie ; j’ai transformé un événement historique pour offrir une histoire alternative de Détroit, explique celle qui s’est imaginé une ville baptisée Fort Détroit qui aurait été laissée aux Canadiens et serait devenue majoritairement francophone. Cette ville aurait connu des problèmes similaires à ceux de Détroit – inégalités sociales et raciales, soulèvements populaires, fermetures d’usines, un dépeuplement et une grande pauvreté – et éventuellement aurait été laissée à l’abandon avec toutes les conséquences sociales que cela implique. »

Ce roman se veut une réflexion sur les grandes questions environnementales et ce qui est légué aux générations futures. Sur l’équité entre les générations aussi, transposée dans les personnages d’enfants en opposition, voire en guerre, avec les adultes ayant tout gâché. « Des enfants qui sont de vrais enfants », insiste l’auteure, et qui se sont sortis de leurs vies difficiles grâce à leur imagination.

L’avenir<br/>
Catherine Leroux<br/>
alto, 317 pages
Photo courtoisie
L’avenir
Catherine Leroux
alto, 317 pages