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Pensionnats autochtones: le lourd silence du pape

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Photo AFP

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Les autorités fédérales ont conçu les pensionnats pour les autochtones qu’on souhaitait assimiler à la grande culture canadienne. Car, au 19e siècle, ne nous leurrons pas, ces « tribus primitives » étaient considérées par les dirigeants canadiens, John A. Macdonald au premier chef, comme étant inférieures à la population blanche.

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Déjà que les Canadiens français, les vaincus de la conquête anglaise, n’échappaient guère au racisme anglais. D’ailleurs, dans son rapport, lord Durham proposait l’assimilation culturelle des Canadiens français. Il a reçu d’ailleurs l’appui du haut clergé francophone dont le rôle n’était pas net, net, net, comme on disait dans nos campagnes.

Or, la comparaison avec la politique d’assimilation qui visait les francophones s’arrête ici. Car les pensionnats de toutes les hontes, remplis d’enfants arrachés à leurs parents par des représentants fédéraux détruisent l’image idyllique du « plus bon pays au monde », célèbre phrase de l’ex-premier ministre Jean Chrétien.

En effet, il serait intéressant de connaître la réaction de Jean Chrétien, qui était ministre des Affaires indiennes de 1968 à 1974 et qui avait la réputation d’être un des politiciens les plus sensibles à la cause autochtone. D’ailleurs, lui-même et son épouse ont adopté leur fils Michel d’un orphelinat d’Inuvik en 1970.

Témoins

Durant toutes ces années où il négociait avec les chefs autochtones, savait-on ce qui se passait dans les pensionnats où on martyrisait et agressait les enfants ? Dans les réserves, on le savait grâce au témoignage de ceux qui s’en étaient sortis.

À l’évidence, le lourd silence officiel du Canada a perduré jusqu’à la fermeture définitive de ces pensionnats, financés par les fonds fédéraux et dont l’orientation visait du début à la fin la déculturation des enfants. On les dépouillait de leur identité et mettait en péril leur vie par de multiples privations.

La déculturation à l’origine de la création de ces institutions incluait évidemment la conversion au catholicisme. Les enfants étaient donc plongés dans le monde étouffant du péché mortel et surtout du péché sexuel. Alors, on imagine les blessures traumatisantes des enfants sexuellement abusés par des clercs, mais incapables de s’enfuir. Ceux qui revenaient dans les réserves avec le dégoût et la honte au cœur se taisaient. Comme tous les enfants flétris par des adultes.

À la suite de la découverte récente des centaines de tombes couvertes de gazon en Colombie-Britannique comme en Saskatchewan, comment le pape François peut-il se taire, c’est-à-dire ne pas s’en excuser au nom de l’Église ?

Mission évangélique

Les communautés religieuses qui exécutaient les directives fédérales étaient enfermées dans leur vœu d’obéissance et elles aussi se taisaient. Bien sûr, les religieuses et les religieux n’étaient pas tous des bourreaux, mais leur mission d’évangéliser les autochtones se déroulait dans le cadre de la morale et de la culture de l’époque.

La présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, scandalisée par le refus du pape de présenter ses excuses aux communautés autochtones au nom de l’Église, ne croit pas à la réconciliation.

C’est plus qu’un mea culpa et des pleurs qu’il faut pour apaiser les autochtones, qui vivent encore en marge des institutions canadiennes. Et c’est bien cela le crime commis contre eux.