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Régimes de retraite: la Caisse à la rescousse

Charles Émond
Photo Chantal Poirier Charles Emond. PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec

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Les prestations annuelles versées aux prestataires des régimes de retraite des employés des secteurs public et parapublic québécois sont presque quatre fois supérieures aux cotisations salariales perçues auprès des employés de l’État.

En raison de cet immense écart, il faut compter sur une solide performance de la Caisse de dépôt et placement du Québec pour renflouer les coffres de ces régimes de retraite, soit le RREGOP (Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics) et le RRPE (Régime de retraite du personnel d’encadrement).  

C’est donc dire que la « santé financière » des régimes de retraite des employés des secteurs public et parapublic est largement tributaire du rendement que les gestionnaires de la Caisse de dépôt et placement vont obtenir sur l’actif desdits régimes.

SUPER RÉGIME DE RETRAITE

Les employés de l’État québécois bénéficient de la « Mercedes » des régimes de retraite, c’est-à-dire d’un régime de retraite à prestations déterminées, lequel régime assure un revenu déterminé à ses participants quand ils prennent leur retraite.

Il est important de savoir que les prestations versées en vertu d’un tel régime sont fondées sur des facteurs comme le nombre d’années durant lesquelles le prestataire a participé au régime et son salaire des cinq années les mieux rémunérées. Les prestations ne dépendent aucunement du rendement des placements des actifs du régime de retraite. Gros rendement ou minable rendement, les prestations de retraite ne seront aucunement affectées.

Si ledit régime devenait déficitaire par rapport aux prestations à verser, c’est le gouvernement du Québec et les participants des régimes qui se partageraient la responsabilité, chacun devant assumer 50 % des charges.

Le gouvernement du Québec, à titre d’employeur, est ultimement responsable de verser à ses employés à la retraite 50 % des prestations prévues. Il a donc intérêt, lui aussi, à ce que l’actif des régimes de retraite s’apprécie raisonnablement. Et quand je dis « le gouvernement du Québec », je fais évidemment référence à nous, les contribuables, qui renflouons les coffres de l’État avec nos impôts et taxes de tout acabit.

MANQUE À GAGNER ANNUEL  

En 2020, selon les données compilées par l’organisme gouvernemental Retraite Québec, les cotisations salariales perçues de la part des 624 430 participants actifs aux régimes de retraite des secteurs public et parapublic s’élevaient à 2,7 milliards de dollars.

Mais les prestations versées aux 431 875 prestataires desdits régimes atteignaient, elles, les 10,2 milliards de dollars.

Les prestations versées aux prestataires étaient donc 3,8 fois supérieures aux cotisations salariales perçues. Les régimes de retraite des employés de l’État québécois se retrouvent avec un « manque à gagner » de 7,5 milliards $ à combler pour la seule année 2020.

L’écart annuel entre les cotisations perçues des participants et les prestations versées aux retraités s’agrandit de façon constante d’une année à l’autre. En 2016, par exemple, l’écart était de 6,2 milliards $. Il est passé l’année suivante à 6,4 milliards $ (2017), puis à 6,8 milliards $ en 2018 et à 7,2 milliards $ en 2019.

L’APPORT DE LA CAISSE

La bonne performance de la Caisse a heureusement permis à l’actif des régimes de retraite des employés de l’État de continuer bon an mal an à s’apprécier puisque la plus-value annuelle dépasse l’écart à combler entre les prestations versées et les cotisations perçues.

En 2020, le RREGOP a bénéficié d’un rendement de 9,0 % et le RRPE d’un rendement de 8,4 %. Sur les cinq dernières années, le rendement moyen du RREGOP est de 8,1 % et celui du RRPE est de 7,8 %.

De 2015 à 2020, l’actif que le RREGOP a confié aux gestionnaires de portefeuille de la Caisse est passé de 59,9 milliards à 82,4 milliards, en hausse de 22,5 milliards (+ 37,6 %).

Durant la même période, l’actif du RRPE, lui, a légèrement diminué, passant de 10,4 milliards de dollars en 2015 à 10,1 milliards de dollars en 2020. Cela laisse présager que le rendement de la Caisse réussit à peine à combler l’écart entre les cotisations perçues et les prestations versées aux retraités de ce régime.

Notez que ces actifs totaux de 92,5 milliards de dollars (des deux régimes) appartiennent aux participants et servent à couvrir la quote-part des employés envers les prestations acquises.  

QUÉBEC DANS LE TROU

Pour supporter sa quote-part de 50 % dans les régimes RREGOP et RRPE, le gouvernement du Québec a lui aussi grandement intérêt à ce que la Caisse réalise une bonne performance avec les 94 milliards $ d’actif du Fonds d’amortissement des régimes de retraite (FARR) qu’il lui a confiés. C’est par l’entremise du FARR que Québec finance sa contribution aux régimes de retraite de ses employés.

En 2019-20, dernière année disponible, la charge du gouvernement du Québec au titre des régimes de retraite s’établissait à 4,37 milliards $.

Au 31 mars 2020, la part de Québec dans le financement des régimes de retraite de ses employés affichait un passif net de 14,7 milliards $. Eh oui, ses obligations financières en vertu des prestations à verser (109 milliards $) dépassaient de presque 15 milliards $ l’actif qu’il a accumulé jusqu’à présent dans le FARR. 

LES RÉGIMES DE RETRAITE DU SECTEUR PUBLIC QUÉBÉCOIS EN 2020  

  • Nombre de participants : 624 430 
  • Nombre de prestataires : 431 875 
  • Cotisations salariales : 2,7 milliards $ 
  • Prestations versées : 10,2 milliards $ 
  • Actif du Fonds RREGOP des employés : 82,4 milliards $ 
  • Actif du Fonds RRPE des employés : 10,1 milliards $ 
  • Actif du FARR du gouvernement (mars 2020) : 94,3 milliards $