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Un Canadien intrigant et agréable

SÉRIES : Golden Knights vs Canadiens
Photo Martin Chevalier Erik Gustafsson, Paul Byron, Phillip Danault et Tyler Toffoli saluent la foule après la victoire de jeudi.

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Vous pouvez choisir un événement en particulier pour bien résumer le parcours inattendu du Canadien. Un parcours qui s’apparente plus à de la science-fiction qu’à la réalité, et pourtant, on ne doute plus, et vous aurez raison.

Ces événements se multiplient à chaque match, chaque période. Des exemples :   

  • La passe à l’aveuglette d’Alex Galchenyuk, en prolongation dans le cinquième de la série contre les Maple Leafs de Toronto, un relais qui a conduit Nick Suzuki et Cole Caufield vers une magnifique randonnée vers le gardien Jack Campbell ;   
  • Le sens de l’anticipation de Jesperi Kotkaniemi, en prolongation, dans le sixième match ;   
  • Une séquence de 30 réussites par les spécialistes en infériorité numérique ;   
  • Le brio de Carey Price, dont les statistiques obligent les mathématiciens à revoir leurs calculs afin de s’assurer qu’il n’y a pas une ou des erreurs ;   
  • Les exploits des jeunes joueurs. Les efforts continus des vétérans. La recherche de l’excellence caractérisée par une volonté ferme d’aller jusqu’au bout des ressources disponibles ;   
  • Le but d’Artturi Lehkonen avec l’aide de Phillip Danault et de Brendan Gallagher sort d’un scénario hollywoodien. Ils forment un trio dont le rôle de stopper les meilleurs effectifs de l’adversaire a attiré les regards ;   
  • La vraie définition du mot équipe et tout ce que cela comporte ;   
  • Et, pourquoi pas, le plan Ducharme.      

Le flair de Ducharme

Dominique Ducharme n’était pas derrière le banc de sa formation jeudi soir, mais devant son téléviseur et lors de ses interventions auprès de Luke Richardson, Alex Burrows et Sean Burke, il a dû savourer chaque minute du travail de cette troupe qu’il a convaincue d’accepter une proposition permettant à chacun d’apporter sa contribution.

On peut comprendre l’enthousiasme de Marc Bergevin qui n’a pas caché ses états d’âme après la qualification de son équipe pour la grande finale de la Coupe Stanley. Il avait fait la promesse à Carey Price et à Shea Weber qu’il donnerait à cette équipe les effectifs pour atteindre l’objectif final. C’était il y a trois ans et pour réussir, il devait compter sur les deux vétérans en qui il voue une confiance débordante. Il a franchi cette étape après trois ans d’efforts, encaissant les coups dans les flancs, persistant à poursuivre avec un modèle d’affaires parfois controversé, mais surtout audacieux, justifiant ainsi chacune des décisions prises relativement aux changements de personnel.

Sur la planche à dessin, Bergevin et Ducharme se sont entendus sur un point. À la suite d’une saison remplie de bouleversements, on a rapidement conclu que le Canadien aurait du mal à rivaliser avec l’attaque des Leafs lors du premier tour des séries. Il fallait bien encadrer Price. Bergevin croyait toujours que son gardien avait l’étoffe d’un battant. Il savait aussi que Weber irait jusqu’au bout de ses ressources. Les quatre premiers matchs n’annoncèrent rien de bien stimulant, au contraire.  

Une stratégie à point

Comment s’assurer qu’on pourrait défier l’impensable ? En s’attardant sur une brigade défensive imposante, robuste, capable de relancer l’attaque et surtout capable de repousser les intrus désirant faire un mauvais parti au gardien.

Cette décision a fait du Canadien une équipe différente, une équipe redoutable pour ceux qui ont toujours eu l’habitude de s’amuser dans le territoire offensif. Qu’ont réalisé les grandes têtes d’affiche des Leafs, des Jets et des Golden Knights ? Que de la frustration.

Pendant tout ce temps, les jeunes et les vétérans ont joué avec une assurance étonnante, déployant beaucoup de créativité et laissant l’adversaire s’enfoncer graduellement dans le doute.

Je suis parmi les privilégiés qui ont assisté et qui ont « couvert » cette grande équipe des années 1970. C’était une formation qui n’avait aucune faille. Elle pouvait marquer des buts avec un Guy Lafleur électrisant. Sa brigade défensive fut l’une des plus impressionnantes de l’histoire du hockey. Son gardien annonçait l’arrivée d’un nouveau groupe standard : grand, imposant et parfois intimidant.

Mais la formation de cette année est intrigante. Elle se moque de la logique. Après tout, n’était-elle pas celle qui a récolté le moins de points parmi les clubs qualifiés pour les éliminatoires ? N’était-elle pas celle qui marquait à peine deux buts par match ? 

Et pourtant, elle a franchi les trois premières étapes en :   

  • excellant dans les moments opportuns ;   
  • donnant aux jeunes joueurs pleine liberté pour exploiter leur talent,   
  • accordant aux vétérans la possibilité d’exercer leur leadership ;   
  • permettant au top 4 de l’unité défensive d’aider Carey Price à afficher son talent.      

Dans les années 1970, le Canadien exerçait une domination telle qu’il ne pouvait perdre une série. Son pire ennemi était lui-même, mais jamais il n’a laissé le succès l’attirer vers la complaisance.

Enlevant Caufield

L’équipe actuelle, celle qui gagne de plus en plus de partisans, joue avec l’énergie du désespoir, elle sème le doute chez l’adversaire. Quand on parvient à atteindre cet objectif, c’est qu’on découvre qu’elle a du caractère et qu’elle ne craint pas d’aller au boulot en sachant très bien qu’elle devra fournir un effort de tous les instants.

C’est pourquoi elle est agréable à observer.

Et quand Cole Caufield fonce au filet comme le faisait Guy Lafleur, ce sont des moments enlevants.