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Un Papineau «comme un grand phare sur les eaux»

Louis-Joseph Papineau
Photo courtoisie Louis-Joseph Papineau, Par amour avant tout, Anne-Marie Sicotte, Éditions Carte

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Un autre livre sur Louis-Joseph Papineau ? Alors qu’on croyait tout connaître sur l’homme politique et chef du Parti patriote, Anne-Marie Sicotte, auteure prolifique, nous offre une nouvelle facette de ce tribun hors pair, l’homme bon et aimant pour sa famille et son peuple.

Le récit commence alors que Louis-Joseph a dix-neuf ans. Nous sommes en 1805 et le jeune Papineau, à bord d’une flottille de canots d’écorce et d’un voilier, remonte péniblement les rapides de Lachine pour se rendre chez son père, qui a fondé, quelques années auparavant, la seigneurie de la Petite-Nation, « en plein pays sauvage ». Une épreuve qui dure une bonne semaine. 

Depuis la défaite de 1760, que d’aucuns appellent « conquête », adoptant ainsi le point de vue du conquérant, les Anglais cherchent par tous les moyens à priver les Canadiens de leurs droits et de leurs moyens. « Il faut supprimer les droits “exagérés” octroyés aux conquis de 1760 et valoriser une politique d’assimilation, entend-on de plus en plus chez les tories, il faut empêcher le peuple de se servir des “faveurs” constitutionnelles et de ses droits de citoyenneté britannique. Pour mieux spolier, garder les Canadiens dans l’ignorance et l’impuissance. »

injustice insupportable 

Louis-Joseph ne tardera pas à suivre les traces de son père député, qui s’était battu pour obtenir de véritables pouvoirs au sein de l’Assemblée du Bas-Canada. L’injustice lui est insupportable. En 1808, il est élu une première fois député de Kent, un comté qui s’étend de Longueuil à Chambly. Une véritable tyrannie règne alors au Bas-Canada, sous l’emprise du gouverneur Craig.

L’auteure précise que la « découverte » de l’Amérique s’apparente plutôt à une « invasion » des pays européens, France, Angleterre, Espagne, Portugal et Pays-Bas essentiellement. Il fallait, dit-elle, « forcer les Autochtones à adopter un mode de vie sédentaire, afin de s’approprier leurs lieux de vie, saisonniers ou non, ainsi que leurs territoires de pêche, de chasse, de rencontre ou de cérémonie. Car seul un pays habité, donc colonisé, peut être formellement réclamé par un royaume européen comme une de ses colonies ».

Pendant la guerre de 1812 avec les États-Unis, Louis-Joseph est enrôlé dans la milice ordinaire de Montréal, à titre de lieutenant. Grâce à l’argent gagné comme milicien, Louis-Joseph Papineau fera l’acquisition d’une maison, rue Bonsecours. Puis il reprendra du service comme député et président de l’Assemblée du Bas-Canada. À trente et un ans, il épouse Julie Bruneau, membre d’une famille de neuf enfants chez qui il séjourne lorsqu’il siège à Québec. La famille Bruneau-Papineau vit un terrible drame lorsque leur première fille, Aurélie, meurt à presque quatre ans. Le Bas-Canada est alors ravagé par le choléra. Puis un autre de leurs enfants mourra pendant cette épidémie.

Lors des troubles de 1837, Papineau, menacé de mort, se réfugie d’abord à Saint-Denis, puis on le convainc de traverser la frontière. « On tient à ce qu’il conserve son rôle crucial de négociateur en chef, et sa présence risquerait d’accroître les fureurs de l’autorité militaire », précise Sicotte. Mais l’exil en terre états-unienne ne lui sera d’aucun secours. Il gagne la France pour tenter un ultime effort d’organiser la résistance à la barbarie qui ravage son pays, mais c’est peine perdue. Désormais, il se consacrera à sa femme et à ses cinq enfants. Pendant ce temps, le Bas-Canada sera forcé de s’unir au Haut-Canada.

Après sept ans d’exil, Louis-Joseph rentre au pays. Il se laisse convaincre de siéger de nouveau comme député. Sa haine des tories conservateurs le pousse même à envisager une annexion avec les États-Unis. Il ne relèvera dans la confédération de 1867 que « des vues toutes plus criminelles les unes que les autres, dans le but de continuer le sanguinaire, ancien système colonial ».

Voici un Papineau qui nous réconcilie avec la notion de pays québécois.