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Une enquête qui rend fou

René Manzor
Photo courtoisie, Mathieu Génon René Manzor

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René Manzor, cinéaste accompli et auteur de grand talent, propose une incursion dans un village où tout le monde se tait et où surviennent des crimes horribles, dans son nouveau thriller, À vif. Dans la forêt bordant le village fictif de Gévaugnac, une jeune fille est retrouvée brûlée sur un bûcher. Tout le monde parle de « l’Immoleur », un tueur en série, et la capitaine Julie Fraysse, chargée de l’enquête, doit faire appel à un collègue interné en psychiatrie pour tenter de résoudre l’affaire.

La capitaine Julie Fraysse, de la police judiciaire de Toulouse, n’avait pas prévu devoir annuler ses vacances en famille pour s’occuper du cas. Mais elle n’a pas le choix. Elle doit aussi consulter Novak Marrec, le policier qui a mené l’enquête sur des meurtres similaires.

Mais il y a un problème : Novak est interné dans un hôpital psychiatrique. Cet homme intelligent et peu loquace, très cultivé, est atteint de troubles obsessionnels délirants. Par moment, son cerveau lui crée de fausses certitudes, et il n’arrive pas à distinguer ses divagations de la réalité. 

Ses enquêtes pour retrouver celui qu’on a surnommé « l’Immoleur » l’ont-elles rendu fou ? Novak est convaincu que cet assassin est de retour et se lance dans l’enquête aux côtés de Julie.

René Manzor, écrivain extrêmement doué, à l’écriture finement ciselée et très cinématographique, s’est passionné pour ce nouveau suspense où la dimension psychologique occupe une grande place. 

« Ce qui m’a donné envie d’écrire sur le sujet, c’est que j’ai découvert un trouble mental : le trouble obsessionnel délirant. Les gens qui en sont frappés arrivent à confondre la réalité avec ce qu’ils imaginent. Il y a différentes variantes de ce trouble », explique-t-il, en entrevue.

« Je me suis dit : si jamais un enquêteur était atteint de ce trouble, eh bien, ce serait terrible parce que tant qu’ils n’ont pas de faits, les policiers et les enquêteurs se basent sur leurs intuitions. »

« Mais si tu ne peux plus faire confiance à ton intuition parce que quelque part, ton esprit te dicte des certitudes qui deviennent fermement ancrées dans ton esprit et qui ne correspondent pas du tout à la réalité, là t’as un sérieux problème ! »

Il a donc imaginé un policier tellement obsédé par une enquête qu’il en arrive presque au burn-out. « À force de vouloir résoudre l’enquête, il va faire des théories et imaginer des choses. Et si tu pousses l’imagination très loin, tu peux la pousser jusqu’au délire. Vouloir tellement trouver quelqu’un qui est responsable que tu en arrives à projeter sur des gens, qui sont totalement innocents, les suspicions. C’est ce qui arrive à mon personnage principal, qui ne supporte pas de ne pas trouver. Il se sent même responsable. »

En Occitanie

Existe-t-il vraiment un village maudit comme le Gévaugnac du roman, où sévit un tueur en série ? « Le village, je l’ai inventé pour pouvoir faire ce que je voulais dedans. Mais en fait, quand je fais des romans, je fais des repérages, comme quand je vais tourner un film », précise l’écrivain-cinéaste.

« Donc je suis allé dans cette région d’Occitanie où il y a de vieux villages français. Il y en a qui sont sur la route de Compostelle, donc ce sont des villages médiévaux. Il y a toujours des gens qui y habitent et il y a une ambiance très particulière de gens un peu taiseux qui te regardent comme un étranger quand tu arrives. Ce ne sont pas tous des villages accueillants pour touristes ! »

  • René Manzor est écrivain et cinéaste.
  • Il a obtenu un succès phénoménal en 2012 avec son suspense littéraire Les Âmes rivales.
  • Celui dont le nom n’est plus, publié en 2014, a obtenu le prix Polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac.
  • Le thriller biblique Apocryphe a obtenu le prix du Polar 2019 des Petits Mots des Libraires.
  • Allez voir le book-trailer du roman sur sa page Facebook. C’est quelque chose !

EXTRAIT

À vif<br/>
René Manzor<br/>
Éditions Calmann Levy<br/>
414 pages.
Photo courtoisie
À vif
René Manzor
Éditions Calmann Levy
414 pages.

« Un village, c’est une société en modèle réduit, gangrenée par les jalousies, le qu’en-dira-t-on et les commérages. Mais Gévaugnac n’était pas un village comme les autres. Le drame qui s’y était déroulé deux ans auparavant avait modifié les consciences. L’expérience du Mal avait créé une réaction immunologique comparable à celle d’un vaccin. Et la nouvelle agression que le bourg venait de subir avait réveillé ses anticorps, digérant les intérêts particuliers pour laisser place à une défense commune de l’organisme. C’est pourquoi, dès le matin, la rumeur selon laquelle “l’Immoleur” avait encore frappé était sur toutes les lèvres. La plupart des témoignages collectés par les officiers chargés de l’enquête de voisinage y faisaient allusion. Et lorsque les deux enquêteurs arrivèrent sur place, ils se heurtèrent à l’aveuglement solidaire d’une population convaincue, comme Novak, qu’il s’agissait du même prédateur revenu chasser sur son territoire. »