/weekend
Navigation

Tourner autour de son nombril pour savoir qui on est

ART-PORTRAIT-VINCENT SIVELL-LITTÉRATURE
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Vincent Sivell

Coup d'oeil sur cet article

Il décrit son écriture comme comico-tragique, affirme avoir un besoin intrinsèque de créer, a vécu aux quatre coins du monde et voit son premier roman comme un remerciement à ses parents qui l’ont gavé de culture. Vincent Sivell est aussi original que les prémisses de Moka, mon ombre et moi, un roman tournant autour d’un homme et... de son nombril.

Vincent Sivell est né en Grande-Bretagne d’une mère française et d’un père canadien anglophone. Les deux professeurs d’université adeptes de simplicité volontaire et de voyages ont trimbalé leurs deux enfants un peu partout : en Iran (il y a grandi de 2 à 6 ans et parlait couramment perse), en Angleterre, en Arabie saoudite, au Maroc, au Canada (à Saint Catharines en Ontario, où il a reçu une éducation en anglais de 11 à 20 ans), tout en se faisant un devoir de retourner passer chaque été en France, point d’ancrage de la famille.

Après avoir fait l’École des Beaux-Arts en France, alors qu’il était dans la vingtaine et qu’il s’adonnait à la gravure, puis enseigné au secondaire, il a décidé de s’envoler pour le Canada lorsque son frère musicien lui a vanté les charmes de Montréal.

Discours avec son nombril

Ce premier roman, il a commencé à l’écrire il y a 8 ans. Le déclic ? Une conversation avec sa fille qui lui avouait ne jamais toucher son nombril et le constat qu’il en était de même pour une de ses amies.

« C’est parti de là, dit-il. J’ai eu l’idée de l’histoire d’un gars qui parle avec son nombril et j’ai commencé à écrire le premier chapitre d’un trait en me disant que j’allais en faire un roman. »

Cette histoire aux accents métaphoriques est celle de Médéric – qui demande à se faire appeler Sylvain – qui, un jour tout bonnement, se met à discuter avec son nombril. La pire chose qui puisse arriver à quelqu’un qui a la phobie de cette partie de son corps et qui n’a qu’une seule envie au monde : vivre une vie de reclus pour oublier qu’il a peur de tout.

« C’est quelqu’un qui ne vit pas vraiment, explique l’auteur. Un sondeur qui travaille à domicile et qui n’a qu’à sortir pour promener son chien qui, finalement, vit plus que lui. Il a peur des femmes, de ses parents, du Québec, car il n’ose pas vivre sa vraie vie, peur de la France aussi. Voilà le seul aspect un peu biographique : c’est l’histoire de quelqu’un qui est pris entre le Québec et la France. »

Son nombril bavard tentera de le convaincre de bouger et de faire quelque chose de sa vie en devenant tour à tour un œil, une bouche, une oreille. « Il est là pour faire voir au personnage ce qu’il ne veut pas voir, dire ce qu’il ne veut pas dire et entendre ce qu’il refuse d’entendre. »

Ce nombril parlant serait-il l’ego, la voie intérieure ou la conscience du personnage ? L’écrivain l’ignore et souhaite laisser au lecteur le plaisir de s’imaginer ce qui lui plaît.