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Le nombre de décrocheurs a explosé dans la dernière année en raison de la pandémie

Ils sont deux fois plus nombreux au Centre de services scolaire de Montréal comparativement à l’an dernier

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La pandémie a fait grimper en flèche le nombre de décrocheurs dans plusieurs écoles du Québec. Au Centre de services scolaire de Montréal, ils sont même deux fois plus nombreux que l’an dernier, a appris Le Journal.

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En date du 1er juin, 430 jeunes fréquentant une école du CSSDM avaient abandonné leurs études depuis la rentrée, comparativement à 209 pour l’année 2019-2020.

Ces chiffres ne tiennent pas compte des élèves qui sont partis pour des « raisons personnelles », qui sont aussi en hausse, ou encore de ceux qui n’ont pas voulu préciser le motif de leur départ. 

  • Écoutez l'entrevue du psychologue spécialisé dans la réussite scolaire, Égide Royer, avec Vincent Dessureault sur QUB Radio:  

« C’est vraiment très préoccupant, mais ça ne nous étonne pas, lance Mélanie Marsolais, directrice du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage. On voit que les jeunes sont en grande détresse. »

Bianka Griffin-Thibeault (à droite) et son enseignante de l’organisme Vallée Jeunesse, Audrey Frenette.
Photo Stevens Leblanc
Bianka Griffin-Thibeault (à droite) et son enseignante de l’organisme Vallée Jeunesse, Audrey Frenette.

Encore pire

Ces chiffres ne sont que « la pointe de l’iceberg », ajoute-t-elle, puisqu’il s’agit « d’abandons scolaires officiels », comptabilisés après plusieurs semaines d’absence.

Un jeune qui va à l’école une ou deux fois par semaine ne sera pas pris en compte dans ces statistiques, même s’il est « décroché mentalement », illustre Mme Marsolais.

Au CSSDM, l’inscription d’un élève est annulée après 20 jours d’absence consécutifs. Son porte-parole Alain Perron précise toutefois qu’en matière d’abandon scolaire, « chaque cas est différent. Les raisons qui motivent l’abandon chez certains élèves sont multiples, mais nous ne pouvons écarter que la pandémie a sûrement été un facteur déterminant. »

  • Écoutez l’entrevue de Mélanie Marsolais, directrice générale du ROCLD

Ailleurs au Québec

La hausse du décrochage scolaire se fait aussi sentir ailleurs dans la province, comme en Outaouais, sur la Côte-Nord et au Lac-Saint-Jean (voir ci-bas).

Dans la région de la Capitale-Nationale, l’impact de la pandémie sur la persévérance scolaire est « flagrant », selon Valérie Lampron, directrice de Vallée Jeunesse, un organisme qui vient en aide à des jeunes ayant un parcours scolaire difficile.

La demande pour leurs services est en forte hausse. « On a accueilli plus de jeunes cette année, et malgré ça, on a une liste d’attente. C’est la première fois que je vois ça depuis que je suis ici », laisse tomber Mme Lampron, qui œuvre pour cet organisme depuis une douzaine d’années.

En cette année de pandémie, le passage à l’enseignement virtuel une journée sur deux pour une majorité d’élèves de la fin du secondaire en a découragé plusieurs, rappelle Mélanie Marsolais.

Or il est permis d’espérer que ces jeunes qui ont décroché en raison de l’école en ligne soient de retour sur les bancs d’école l’automne prochain, si le retour à la normale se concrétise. « Mais si le jeune a décroché parce qu’il est en échec et que la montagne a l’air insurmontable, ça va être plus difficile », laisse-t-elle tomber.

Nombre de jeunes qui ont abandonné l’école (quelques exemples)  

Centre de services scolaire de Montréal  

  • Au 1er juin 2021 : 430  
  • 2019-2020 : 209   

Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais  

  • Au 1er juin 2021 : 30  
  • 2019-2020 : 13   

Centre de services scolaire de l’Estuaire (Côte-Nord)  

  • 2021 : 12 élèves  
  • 2020 : 6 élèves   

Centre de services scolaire du Lac-Saint-Jean  

  • 2020-2021 : 13  
  • 2019-2020 : 7   

Centre de services scolaire de la Côte-du-Sud (Chaudière-Appalaches)  

  • Au 1er juin 2021 : 31 élèves  
  • Juin 2020 : 19 élèves   

Centre de services scolaire des Affluents (Lanaudière)  

  • 2020-2021 : 103  
  • 2019-2020 : 72   

Des jeunes qui ont un an de retard scolaire  

Des jeunes qui étaient déjà en difficulté avant la pandémie sont loin d’avoir réussi à rattraper le retard accumulé depuis le printemps 2020, constate Valérie Lampron, directrice générale de Vallée Jeunesse, un organisme qui vient en aide aux élèves vivant des difficultés scolaires dans la région de Québec.

« On a des jeunes qui sont beaucoup plus en difficulté, affirme-t-elle. On a récupéré le retard de l’an passé, lors du premier confinement, mais ils ont encore un an à reprendre. On sous-estime l’impact réel de la pandémie pour des élèves qui étaient déjà en difficulté. »

Bianka Griffin-Thibeault est arrivée à Vallée Jeunesse au début de l’automne dernier, sans avoir complété sa première secondaire. 

Avant la pandémie, elle s’absentait déjà beaucoup de l’école, une situation qui a empiré lors du printemps 2020. « C’était doublement difficile avec le confinement. Les cours en ligne, ce n’est pas fait pour moi », lance la jeune fille de 15 ans.

Mieux adapté

Depuis son arrivée à Vallée Jeunesse, où tous les jeunes bénéficient d’un suivi personnalisé en petits groupes, Bianka a retrouvé la motivation qui lui manquait pour se replonger dans ses cahiers de maths et de français.

« Ici, on est vraiment accompagné et tu peux vraiment aller à ton rythme », lance celle qui réussira cette année à terminer sa première secondaire.

Même son de cloche de la part de Philippe Tremblay, 15 ans, et de Jessie Villeneuve, 19 ans, pour qui l’organisme a changé toute la donne.

« Dans une école régulière, je n’aurais jamais passé mon année », lance Philippe.

Jessie, qui en est à sa troisième année à Vallée Jeunesse, a quant à elle trouvé son année beaucoup plus difficile en raison de la pandémie.

« Je n’ai pas avancé au même rythme que les autres années, déplore-t-elle. Les périodes de fermeture, ça fait que j’ai pris beaucoup de retard. »

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