/opinion/columnists
Navigation

Moins d’opposants au pot

SoG hemp cultivation technique. Growing pot in groutent. Vegetative stage of marijuana growth. Medical marijuana. Background of cannabis leaves. A large amount of marijuana. Growing cannabis indoors.
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

En 2019, le secteur du cannabis au Canada s’est effondré. Mises à pied et pertes financières, la bulle éclatait. Cependant, la remontée semble prometteuse.

Les entreprises dans le domaine reprennent lentement pied et s’installent dans un marché nord-américain différent de celui d’avant la pandémie. Mais en matière de cannabis, le Canada et les États-Unis représentent des marchés très différents.

Au Canada, le fond du baril a vraisemblablement été atteint au printemps 2020 alors que le nombre d’emplois manufacturiers dans le secteur du cannabis s’élevait à 2000 à peine. Cependant, le marché canadien offre actuellement plus de 1400 postes dans le secteur du cannabis, un nombre remarquable. Les choses s’améliorent certainement pour ce secteur au pays.

Sondages favorables

Les récents sondages au Canada laissent également entrevoir un avenir meilleur. Les Canadiens sont apparemment de plus en plus à l’aise avec l’idée de vivre dans un endroit où le cannabis est une substance légale. Dans une dernière évaluation de l’Université Dalhousie, plus de 78 % des répondants se disent d’accord avec la légalisation, contre 49 % en 2019. Ainsi, les taux d’approbation du cannabis par les Canadiens surpassent ceux dans certains États américains. Le pourcentage de désaccord avec la légalisation, quant à lui, est passé de 30 % à 14 % par rapport à l’étude précédente en 2019. 

Alors que 65 % des Canadiens disent que cela ne les dérange pas que les restaurants mettent des produits comestibles au menu, la part de « canna-curieux » est passée de 26 % à 13 %. L’« autostigmatisation » a également diminué au Canada, puisque moins de personnes s’inquiètent du fait que les autres savent qu’elles consomment du cannabis.

En d’autres termes, nous nous calmons tous collectivement depuis la première légalisation du cannabis le 17 octobre 2018. Les produits comestibles sont devenus légaux un an plus tard, mais ce segment de marché a connu une croissance très lente. 

Même si le cannabis est légal au Canada, la réglementation et la façon dont les produits comestibles sont reconnus comme une drogue et non comme un aliment ont rendu le marché canadien des produits comestibles plus rigide et moins attrayant que celui des États-Unis.

En essor

Bien que le cannabis ne soit pas légal partout aux États-Unis, cette industrie y est tout simplement en plein essor. Naturellement, de nombreuses entreprises canadiennes lorgnent le marché américain et y voient un grand potentiel ; mais la conquête de ce marché ne sera pas facile. L’industrie américaine légale du cannabis emploie désormais plus de 321 000 travailleurs à temps plein et a créé plus de 77 000 emplois rien qu’en 2020. 

Les États de New York et du Connecticut viennent de légaliser le cannabis récréatif. Le cannabis médical, de son côté, est désormais légal dans 36 États américains, tandis que les consommateurs récréatifs peuvent utiliser la drogue légalement dans 17 États. Selon certaines estimations, l’industrie américaine du cannabis devrait représenter 100 milliards de dollars d’ici l’année 2030. Dans quelques années seulement, les produits comestibles et topiques pourraient occuper plus de 50 % de ce marché. C’est un nombre énorme et impossible à ignorer. 

Dans le cadre du régime réglementaire actuel, le marché des produits comestibles au Canada ne peut pas atteindre des proportions similaires. Il est tout simplement trop restreint et représente donc une occasion manquée pour les entreprises canadiennes.

Même si l’inquiétude diminue à bien des égards, le gouvernement canadien est pleinement conscient que la population reste préoccupée par l’effet du cannabis sur la sécurité publique, en particulier celui des produits comestibles. Plus de 63 % des Canadiens se soucient également de la sécurité des enfants et 60 %, de celle des animaux de compagnie. 

Tout de même des inquiétudes

Ces deux pourcentages augmentent par rapport aux niveaux de l’année 2019. L’industrie des animaux de compagnie au Canada n’est plus du tout la même qu’avant la pandémie. Selon les estimations, le Canada compte au moins 4 millions de propriétaires d’animaux de plus depuis le mois de mars 2020. Par conséquent, il semble probable qu’une réglementation stricte liée aux produits comestibles soit en place pendant un certain temps.

Néanmoins, il sera intéressant de voir comment le marché évoluera et comment les Canadiens adopteront (ou non) le cannabis dans une économie plus normalisée. La taille du marché canadien du cannabis légal a augmenté de 120 % en 2020 pour atteindre 2,6 milliards de dollars canadiens. Ce sont des chiffres modestes par rapport aux États-Unis, mais une croissance toujours spectaculaire. On prévoit une hausse encore plus importante en 2021 alors que la stigmatisation continuera de s’atténuer avec le temps.

Le marché canadien du cannabis est loin de ce que Deloitte avait prédit lorsqu’il a suggéré que les ventes au détail se chiffreraient à 7 milliards de dollars en 2019. Mais les choses changent progressivement.


Sylvain Charlebois est directeur scientifique du Laboratoire de recherche en sciences analytiques agroalimentaires, Université Dalhousie