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Le maudit mot «province» est de retour

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Cela fait quelques années que la chose me chicote, m’agace, et pour tout dire, m’exaspère : alors qu’il avait disparu de la carte depuis la Révolution tranquille, le mot province est de retour dans notre vocabulaire quotidien.

Il est partout, à la télé, à la radio, comme dans les journaux. On en parle pour parler du territoire comme de la météo. Province par ci, province par là. 

Ce mot n’est pas anodin. 

État

Dans les années 1960, on avait remplacé l’expression province de Québec par l’État du Québec. 

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Il s’agissait par là, en passant d’un mot à un autre, de sortir au moins symboliquement de notre sujétion symbolique dans le Canada. Il était même d’usage de dire que la définition du mot province était « territoire conquis ». 

Bernard Landry, pour s’en moquer, aimait parler de la « prââââvince de Québec ». 

Avec le temps, nous avons décidé collectivement de faire plus simple et d’écrire simplement le Québec, sans sentir le besoin de lui offrir une béquille ou une autre. 

On en parlait comme on parle de l’Irlande, comme on parle de l’Italie, comme on parle d’Israël, comme on parle de la Norvège ou des États-Unis : on en parlait comme d’un pays à part entière. C’est ailleurs ce que nous étions en train de devenir. 

Mais l’échec de l’indépendance nous a fait régresser symboliquement, notamment dans la manière de nous nommer. 

Pays

Et la « province » est revenue dans le vocabulaire courant. C’est une conséquence culturelle de nos défaites. 

Je le demande sans malice : quand François Legault pense au Québec, au fond de lui-même, le voit-il comme une province ou un pays ? Je suis persuadé qu’il y voit un pays. Il parle d’ailleurs de nous comme d’une nation, avec raison.

Il faudra, tôt ou tard, retrouver les bons mots pour parler de nous. Ils pourraient nous donner des envies de liberté.