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Le problème démographique des épiciers

Le problème démographique des épiciers
AFP

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Les épiciers ont engrangé des millions de bénéfices en augmentant leurs revenus pendant la pandémie. Toutefois, l’année 2021 leur propose un scénario fort différent.

Personne ne sait vraiment à quoi ressemblera l’économie dans les prochains mois, une fois que la situation sera normalisée. Pour ajouter à la confusion, peu de gens peuvent prévoir la configuration du marché du travail à la sortie de la pandémie. Plusieurs continueront probablement de travailler à domicile, à temps partiel ou à temps plein. Pour les épiciers et les restaurateurs, le lieu où les gens passent la plupart de leur temps au quotidien est d’une importance capitale, pour des raisons évidentes.

Selon Statistique Canada, environ 69% de notre budget alimentaire a été dépensé dans le commerce de détail au cours du premier trimestre de l’année 2021. Le reste, 31%, a été entièrement consacré à des repas au restaurant. En avril 2020, au début de la première phase de confinement, la restauration représentait à peine 9% de nos dépenses alimentaires. La proportion devrait revenir à 65/35 d’ici la fin de l’année 2021, ou peut-être même plus tôt. Les gens redeviendront nomades pendant un certain temps. D’ici l’automne, nous devrions avoir une meilleure idée de la façon dont l’économie pourra se maintenir sans les subventions considérables d’Ottawa. C’est la réalité à laquelle sont aux prises nos épiciers.

Mais Francis Parisien, de NielsenIQ, a souligné récemment qu’un autre facteur qui commence à inquiéter les épiciers est le tissu démographique de notre pays. Le Canada a l’un des taux de fécondité les plus stables de tous les pays développés. Il se situait à 1,51 en 2020, ce qui est évidemment bien en deçà des 2,1 nécessaires pour maintenir notre population. La baisse est en grande partie due au rôle plus important des femmes dans notre économie. Beaucoup plus de femmes choisissent d’avoir moins d’enfants ou pas d’enfants du tout. De plus, la pandémie et ses conséquences sur le cheminement de carrière des jeunes Canadiens semblent accélérer cette tendance.

Selon les projections des Nations unies concernant la population mondiale, le taux de natalité au Canada pourrait chuter jusqu’à 4% d’ici l’année 2026. Il devrait augmenter dans les années à venir, mais on envisage quelques années au cours desquelles de nombreux Canadiens mettront probablement en veilleuse leur projet d'avoir des enfants. On ne sait pas combien de temps cela pourrait durer, mais la plupart des jeunes adultes essaient maintenant de se tisser une place dans un marché du travail post-pandémique quelque peu imprévisible.

Notre politique d’immigration a toujours compensé les effets de notre faible taux de natalité. Mais en avril dernier, le Canada a accueilli moins de 22 000 nouveaux immigrants. C’est le nombre mensuel le plus bas cette année. Le Canada visait à accueillir 341 000 nouveaux immigrants en 2020, mais a réussi à en admettre seulement 184 000 à cause de perturbations liées à la COVID-19, comme les restrictions de voyages depuis le mois de mars 2020. Au cours des trois derniers trimestres, la population de notre pays n’a pas atteint la hausse moyenne anticipée, qui remonte à l’année 2018. Même chose pour le Québec. Cette situation pourrait également signifier qu’il est possible que l’âge moyen de notre population augmente. Pour un épicier, c’est une information importante. La population actuelle du Canada s’élève à un peu plus de 38 millions, selon Statistique Canada. Celle du Québec atteint environ 8,5 millions.

Le défi démographique soulevé par la pandémie deviendra l’un des principaux enjeux de nos épiciers pour maintenir leur stratégie de croissance. Cela étant dit, le Canada a tout de même connu une légère augmentation de sa population au-dessus de la normale à la fin de l’année 2018. Donc, les choses peuvent toujours changer pour nous. Mais la pandémie a rendu la plupart des repères statistiques complètement inutiles.

Hélas, pendant un certain temps, les épiciers devront naviguer à travers ces défis démographiques. Les immigrants ont tendance à se déplacer dans les grands centres urbains, mais la pandémie en a poussé beaucoup à quitter les villes. Avec moins d’immigrants qui s’installent dans les villes, la survie des magasins sera difficile dans certains marchés urbains. Attendez-vous à des conversions, voire à des fermetures, car certains marchés au Canada risquent d’avoir déjà trop de supermarchés.

Le Canada compte un peu plus de 15 000 épiceries, et 19% d’entre elles emploient plus de 50 personnes. C’est un magasin pour 2500 Canadiens. Avec des prix alimentaires plus élevés et une croissance démographique atone, les épiciers seront contraints de revoir leur portefeuille immobilier.