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Le dernier repaire des Hells démoli

Le bunker de Sherbrooke, qui doit être réduit à néant aujourd'hui, avait été le théâtre d'une sanglante purge

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Le dernier bunker « officiel » des Hells Angels encore debout au Québec tombera enfin sous le pic des démolisseurs aujourd’hui à Sherbrooke, après 12 ans d’attente. 

« C’est un grand soulagement pour tout le monde, pour toute la communauté policière. On a travaillé tellement fort pour le démantèlement du groupe de motards. Ça va faire du bien », souligne le policier retraité René Dubreuil. 

En début d’après-midi, le bunker aux couleurs du groupe de motards criminel, situé sur la rue Wellington Sud, dans l’arrondissement de Lennoxville, à Sherbrooke, doit être réduit à néant après douze ans de bataille judiciaire. 

  • Écoutez l'analyse d'Alexandre Moranville-Ouellet avec Vincent Dessureault sur QUB Radio:  

Car derrière sa façade rouge et blanche, le local avait été le théâtre de l’une des pires purges internes du groupe, où cinq membres du chapitre North, de Laval, avaient été exécutés en 1985 avant d’être jetés dans le fleuve Saint-Laurent dans des sacs de couchage lestés de béton. 

Les corps de cinq membres du gang ont été repêchés dans le fleuve Saint-Laurent après le « massacre de Lennoxville » lors d’un rassemblement au bunker, le 24 mars 1985.
Photo d'archives
Les corps de cinq membres du gang ont été repêchés dans le fleuve Saint-Laurent après le « massacre de Lennoxville » lors d’un rassemblement au bunker, le 24 mars 1985.

L'ancien relationniste du Service de police de Sherbrooke se souvient encore des nombreuses fois où il a perquisitionné l’imposant local, lui qui entamait sa carrière quand a eu lieu la « tuerie de Lennoxville ».  

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Danny St Pierre sur QUB radio:   

Prêts à toute éventualité

Lors d’une fouille, il raconte qu’une arme chargée trônait sous une fenêtre de style « meurtrière », prête à faire feu en cas d’attaque d’autres membres criminels.  

Lors d’une fouille du terrain du local de Sherbrooke, pas moins de 66 armes à feu ont été trouvées dans le sol, à l’intérieur d’une bâche en plastique.
Photo d'archives
Lors d’une fouille du terrain du local de Sherbrooke, pas moins de 66 armes à feu ont été trouvées dans le sol, à l’intérieur d’une bâche en plastique.

« Ils pouvaient tirer sur les gens qui s’en venaient. Ils étaient prêts à toute éventualité », relate René Dubreuil. 

Ce lieu de magouilles et de complots de meurtre comportait plusieurs trappes où les criminels planquaient des armes. Il était protégé par des clôtures, des caméras de surveillance ainsi que des détecteurs de mouvements à infrarouges. 

Des chiens de garde patrouillaient aussi les 25 acres du terrain.

Ce bâtiment des Hells Angels, qui opérait dans la ville de Sherbrooke depuis 1984, était le dernier des cinq « lieux officiels » à être confisqués définitivement par l’État en 2017. Il avait été saisi en 2009 lors de l’opération SharQc, qui s’était conclue par l’arrestation de 156 membres et associés des Hells. Ce bunker est le seul que la bande avait tenté de récupérer par la voie des tribunaux, avant que leur demande ne soit rejetée par la cour d’appel. 

La bâtisse lors de sa saisie en 2009 pendant l'opération SharQc.
Photo d'archives
La bâtisse lors de sa saisie en 2009 pendant l'opération SharQc.

Un gros symbole qui tombe

« La saisie d’un local, c’est un peu comme de saisir le Parlement. C’est tout l’établissement, la force, la structure des Hells qui tombe. Ça fait mal », rappelle Paul Laplante, ancien responsable de la partie est de l’escouade Carcajou, qui a été créée pour mettre fin à la guerre des motards.

Steve Lussier, maire de Sherbrooke, s’est réjoui de la nouvelle, qu’il attendait depuis « douze longues années ». 

« C’est une page d’histoire qu’on va tourner, la fin d’un chapitre noir – c’est le cas de le dire. C’était un mauvais symbole pour Sherbrooke », a-t-il indiqué hier. 

« C’est gros, mais il faut comprendre que les Hells Angels ont changé leur structure, leurs façons de faire. C’est pour la population que ça représente beaucoup », tempère néanmoins Paul Laplante. 

Les motards aujourd'hui ont toujours des lieux pour se rencontrer, mais beaucoup moins visibles qu'à l'époque.

Et maintenant ?

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales décidera maintenant de ce qui adviendra de l’espace boisé, mais il ne pourra pas y avoir de nouvelles constructions sur le terrain, précise le maire. 

« Tous les policiers souhaitaient voir un jour le démantèlement de ce bunker et de tous les autres au Québec. On souhaite que cet espace-là serve plus tard de parc pour les citoyens. Il y a du beau à faire avec cet endroit », conclut l’ex-policier René Dubreuil.

– Avec Eric Thibault