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Rénovictions, le cauchemar de perdre son chez soi

Logements à louer
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Derrière chaque reportage sur les rénovictions se trouvent de vraies personnes dont la vie en sort démantibulée pour des années.

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« Rénoviction ». À travers le Québec, plus encore à Montréal, c’est la peste. En pleine période de déménagement, elle continue d’empoisonner la vie de plusieurs Québécois locataires.

C’est quoi, une rénoviction ? C’est quand un propriétaire fait pression sur son ou ses locataires pour qu’ils résilient leur bail. Le prétexte : subdiviser, agrandir, changer la vocation d’un logement ou y faire des travaux majeurs.

Souvent, c’est fallacieux. Le proprio visant à relouer plus cher ou à vendre le ou les logements en condos. Résultat : le proprio s’enrichit et le locataire s’appauvrit.

Les victimes de rénovictions s’appauvrissent parce qu’elles sont forcées de se reloger souvent dans un appart plus cher ou en moins bon état.

Se voir dépossédé de son chez-soi, habité et payé parfois depuis des années ou des décennies, risque aussi de provoquer des dépressions, du stress post-traumatique ou pire. 

Bref, les rénovictions sont des machines à désarroi. La rareté de logements abordables cumule aussi les victimes. Les rénovictions, par contre, sont loin d’être nouvelles. 

Depuis au moins 10 ans, elles se multiplient dans la grande région métropolitaine et gagnent maintenant les régions. Elles se multiplient parce que les décideurs politiques ont laissé faire.  

Statut social inférieur

C’est comme si d’être locataire conférait d’office un statut social et politique inférieur à celui des propriétaires. On ne trouve d’ailleurs toujours pas de plan d’action concret capable de stopper ce phénomène.

Il y a quelques années, après avoir habité le même appart pendant 17 ans (!), moi aussi, j’ai subi une rénoviction. À Montréal, il en pleuvait déjà à la pochetée. Depuis, elles pullulent littéralement.

Comme tant d’autres, j’en suis sortie à l’époque traumatisée. Épuisée. Découragée. Déracinée. Pour le proprio, ce fut le pactole. Les trois étages ayant été vendus séparément – et à grand prix – en condos. 

Les rénovictions, c’est aussi la guerre d’attrition préalable que mènent certains proprios dans l’espoir que les locataires partiront d’eux-mêmes. Leur arme la plus prisée étant de refuser de faire des réparations ou des rénos pourtant nécessaires.

Le pire pour les locataires est qu’ils ont très peu de recours. Leur seul « droit », semble-t-il, étant de payer leur loyer jusqu’au jour où on les évince pour faire encore plus d’argent. 

Rapacité

Évidemment, seule une minorité de propriétaires se comporte avec une telle rapacité. Le problème est qu’elle est en croissance et que, ce faisant, elle affecte durement la vie de plus en plus de personnes moins nanties et de la classe moyenne. 

Pour les personnes vivant seules – le tiers des ménages dans la grande région de Montréal –, une rénoviction est encore plus lourde de conséquences. 

Derrière chaque reportage sur les rénovictions se trouvent de vraies personnes – femmes, hommes, enfants –, dont la vie en sort démantibulée pour des années. 

C’est pourquoi les autorités politiques doivent agir résolument. Dans le court terme, il faut un moratoire sur les rénovictions. À moyen terme, un encadrement législatif beaucoup plus serré.

Les rénovictions sont un enjeu réel de justice sociale. Les personnes locataires, incapables en plus de plonger dans un marché immobilier rendu fou pour longtemps, méritent une meilleure protection législative.