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Drogues: la plaie des surdoses en hausse

Des substances toujours plus puissantes apparaissent sur le marché québécois et causent des dommages

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Jean-François Mary, le directeur de Cactus Montréal, devant l’organisme sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, est témoin de la hausse importante des surdoses associées à la consommation de drogue depuis le début de la crise sanitaire.

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Le nombre de surdoses associées à la consommation de drogues a explosé dans certaines régions du Québec depuis le début de la pandémie au moment où de plus en plus de substances synthétiques à fort risque d’intoxication sont mélangées dans les stupéfiants.

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« Les surdoses sont en hausse [...] et il y a eu une augmentation des décès », résume la Dre Carole Morissette, cheffe médicale à la direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal.

La situation est telle qu’il faut maintenant plusieurs doses de naloxone pour renverser les effets d’une intoxication aux opioïdes au lieu d’une seule.

« Les drogues sont de plus en plus fortes. Ce n’est pas rare qu’on ait besoin de quatre, cinq ou six doses pour ramener quelqu’un. Et cette année, on a battu notre record : on a eu besoin de neuf doses de naloxone », lance le directeur de l’organisme Cactus Montréal, Jean-François Mary.

Différentes molécules et substances « particulièrement préoccupantes » ont fait leur apparition sur le marché dans la dernière année, signale Carole Morissette.

Dans les drogues de rue, les opioïdes de synthèse comme le carfentanyl, un sédatif utilisé en médecine vétérinaire pour les chevaux et les éléphants 100 fois plus puissants que le fentanyl, et de « fausses » benzodiazépines causant notamment la dépression respiratoire, inquiète.

Explosion des intoxications

À Montréal, la DRSP rapporte une hausse d’environ 25 % des décès « possiblement associée à la consommation de drogues » entre mars 2020 et mars 2021.

Puis, le nombre d’interventions d’urgence dues aux surdoses sur les sites de consommation supervisés a plus que doublé pour la même période.

Dans la région de Québec, les chiffres sont encore plus critiques. Une moyenne mensuelle de 13 surdoses involontaires non mortelles a été signalée en 2020, selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale. En 2021, ce sont 40 intoxications par mois qui étaient rapportées. Et l’année n’est pas terminée.

*Au 23 juin
Sources: CISSS et CIUSSS
*Au 23 juin

« L’épidémie d’opioïdes avait grossi, mais là, elle explose », déplore la Dre Kawthar Grar, médecin de famille experte en dépendance au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval.

Le nombre de surdoses sévères et de décès causés par une intoxication suspectée aux drogues a ainsi doublé depuis le début de la pandémie sur le territoire de Laval, passant de 15 à 29.

« Le fentanyl est maintenant dans presque toutes les drogues. On en retrouve même dans les stimulants [comme la cocaïne, le crack ou le crystal meth ], et ça, c’est quelque chose de nouveau », souligne Kawthar Grar. Il y a un peu plus d’un mois, la DRSP de Montréal rapportait quatre surdoses sévères survenues chez des personnes à la suite d’inhalation de crack ou de crystal meth. Bien qu’il s’agisse de stimulants, les effets de ces intoxications étaient semblables à celles des opioïdes.

Une tempête parfaite

« La pandémie a de plusieurs façons favorisé l’augmentation des surdoses. La solitude, la détresse, l’accès aux services réduit, la mauvaise qualité des substances : c’est presque la tempête parfaite », détaille Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et spécialiste des dépendances.

Au début de la crise sanitaire, la fermeture des ports et des frontières a limité l’accès aux stupéfiants. 

« Les trafiquants se sont retrouvés avec moins de stocks qu’à l’habitude. Ils ont commencé à mettre plus de fentanyl dans la drogue », explique la Dre Grar. 

Et comme « le fentanyl est 100 fois plus rentable que l’héroïne, les réseaux de trafiquants ont continué de faire ce choix économique », ajoute M. Mary.

Il rappelle que « le marché des drogues est l’un des seuls secteurs d’activités qui ont pris de l’expansion pendant la pandémie ».