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La santé des lacs artificiels est fragile

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Peu profonds et entourés de vieux chalets, les lacs artificiels, héritage d’une époque où l’on se préoccupait peu de la protection de l’environnement, vieillissent mal.

On en retrouve plusieurs dans la liste des pires lacs, a constaté notre Bureau d’enquête. 

Un lac creusé par l’homme est souvent peu profond. S’il est entouré de terres agricoles et de chalets avec de vieilles fosses septiques non conformes, il se transforme plus rapidement en étang.

Le lac Bleu d’Ange-Gardien, par exemple, a été creusé dans les années 1960 afin d’extraire du sable pour la construction de l’autoroute 10 dans les Cantons-de-l’Est.

« Le trou s’est rempli d’eau et un lac s’est formé », explique le maire, Yvan Pinsonneault. Puis un lotissement privé de 48 résidences saisonnières s’est construit autour.

« Il est aussi au cœur d’une zone agricole et il y avait un cours d’eau qui se jetait dans le lac en apportant beaucoup de phosphore », dit-il.

Ce n’est donc pas un hasard si le lac a été, en 2008, le premier visé par une interdiction d’usage du ministère de l’Environnement à cause des cyanobactéries.

Depuis, le cours d’eau pollué a été dévié et les riverains ont été raccordés au réseau d’égouts municipal en 2013 pour éliminer la pollution des installations septiques non conformes.

Mais aucun échantillon n’a été fait depuis. Selon les données officielles, il est donc toujours au pire stade, soit hypereutrophe.

Pas condamnés

Les lacs artificiels ne sont pas nécessairement condamnés. Le lac Caron se trouvait dans notre liste des pires lacs en 2019. En un an, il est passé du stade eutrophe (l’avant-dernier stade) à méso-eutrophe, ce qui est légèrement mieux.

« Ce plan d’eau a été creusé dans les années 1960 ou 1970 à partir d’un étang, et une dizaine de chalets ont été construits », explique Catherine Mulligan, de l’agence des Bassins versants de Sainte-Anne​-des-Lacs.

Catherine Mulligan, de l’Université Concordia, mène un projet de recherche de filtration d’eau sur le lac Caron, dans les Laurentides, et son état semble s’améliorer.
Photo Martin Alarie
Catherine Mulligan, de l’Université Concordia, mène un projet de recherche de filtration d’eau sur le lac Caron, dans les Laurentides, et son état semble s’améliorer.

L’eau du lac se renouvelle peu et comme il est peu profond, il se réchauffe rapidement. Les algues et les cyanobactéries ont donc proliféré.

Mais il a la chance d’avoir une cheffe de lac qui est professeure en études environnementales à l’Université Concordia. Avec ses étudiants, Mme Mulligan mène depuis 2016 des projets de recherche de filtration d’eau pour ralentir le vieillissement du lac. 

Les analyses 2020 du RSVL montrent une diminution du phosphore. « On voit qu’il y a moins d’algues, c’est moins vert pendant l’été », souligne Mme Mulligan.

Fait intéressant, en 2017, la municipalité de Saint-Anne-des-lacs, où est situé le lac, a banni les pesticides sur son territoire. Mais il est encore trop tôt pour établir les raisons expliquant l’amélioration, précise la professeure.

Mieux encadré

« Aujourd’hui, on ne peut pas creuser un lac sans autorisation du ministère », explique Antoine Verville, directeur général du ROBVQ. La réglementation a d’ailleurs été resserrée en décembre dernier.

« Même creuser un étang, c’est controversé, explique Michel Laliberté de l’OBV de la Yamaska. Le problème est que l’eau stagne et peut rejoindre ensuite un réseau hydrique existant et le polluer », dit-il. 

Trois lacs artificiels préoccupants  

LAC BOIVIN

Le pêcheur Michel Labrie au lac Boivin, à Granby.<br />Le lac créé par les barrages est peu profond, ce qui a permis aux plantes envahissantes de proliférer.
Photo Chantal Poirier
Le pêcheur Michel Labrie au lac Boivin, à Granby.
Le lac créé par les barrages est peu profond, ce qui a permis aux plantes envahissantes de proliférer.

Le lac Boivin est considéré comme méso-eutrophe, donc son état est tout de même préoccupant.

Il a été créé à partir de la rivière Yamaska Nord au 19e siècle, avec la construction de barrages à Granby par les industries.

Il est d’une superficie d’environ 8 km2 et compte à peine 2 m de profondeur, ce qui explique ses nombreux problèmes avec les plantes envahissantes. 


PETIT LAC SAINT-FRANÇOIS

« Ce lac était un étang qui été créé avec un barrage qui a fait remonter le niveau de l’eau », explique Julie Grenier, coordonnatrice de projets pour le Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François. Il est peu profond, de 1,5 à 3 m, et se trouve dans une zone agricole. 

Le Petit Lac Saint-François est aujourd’hui au pire stade de vieillissement (hypereutrophe) et il est bourré de cyanobactéries (algues bleu-vert) presque toute l’année. 


LAC BÉCANCOUR

Le lac Bécancour n’a jamais été transparent et est à un stade avancé de son vieillissement. « Mais il a toujours été comme ça », explique Daniel Vachon, président de l’association des propriétaires du lac. Ce qui était un marais a été transformé en lac en 1937, quand Thetford Mines a construit un barrage pour créer un réservoir qui a servi à diluer la pollution de la rivière Bécancour. Peu profond (environ 2 m) et ceinturé par 70 résidences, il a été touché par une éclosion de cyanobactéries en 2015. Selon les tests de 2020, son eau est « extrêmement trouble ». 

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