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Le rejet de Laurentia et la colère de Guilbault

Le rejet de Laurentia et la colère de Guilbault
Photo d'archives, Didier Debusschère

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Geneviève Guilbault n’a pas docilement accepté, mercredi, le verdict du gouvernement Trudeau sur le projet Laurentia.

La vice-première ministre a non seulement souligné que le gouvernement était « très très déçu » par la décision, mais a soutenu qu’ainsi, Ottawa « abandonne [...] plein de gens d’affaires de Québec ».

Les colères de Québec contre le gouvernement central sont toujours plus aiguës à la veille des élections fédérales, c’est bien connu. Mais quand même.

Laurentia

Qu’est-ce que Laurentia ? Un projet d’agrandissement du port de Québec visant à profiter du boom des conteneurs : des investissements de 775 millions $ impliquant qu’on rogne 17 hectares sur le fleuve !

L’administration portuaire en a présenté divers avatars depuis 2008. Elle fait valoir que Québec offre des accès en eaux profondes pouvant accueillir d’énormes navires.

En 2013, dans son Cap sur un Québec gagnant (Boréal), François Legault déplorait la sous-utilisation de la Voie maritime du Saint-Laurent et rappelait avoir donné « publiquement » son « appui au projet d’expansion du port de Québec ».

Mais récemment, l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) a conclu que Laurentia était « susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants » sur le poisson et son habitat, sur « la qualité de l’air et la santé humaine, les conditions socioéconomiques, et l’usage courant des terres et des ressources à des fins traditionnelles par les peuples autochtones ».

Les milieux d’affaires de Québec appuyaient de manière quasi unanime Laurentia. Même l’Université Laval (ce que dénoncèrent des militants environnementaux et étudiants).

Protéger deux comtés

Le gouvernement Trudeau a tout de même décidé de le rejeter. Député libéral fédéral de Québec et ministre clé du gouvernement Trudeau, Jean-Yves Duclos a défendu la décision.

Dans les coulisses, on soutient que les libéraux d’Ottawa n’avaient pas grand-chose à perdre électoralement. Les deux seules circonscriptions qu’ils détiennent à Québec, Louis-Hébert et Québec, sont peuplées d’électeurs opposés à Laurentia.

Voilà pourquoi le gouvernement Trudeau a préféré agir vite. Il aurait pu reporter sa décision. Quoique s’il contredisait l’Agence, il s’exposait à des poursuites. L’AEIC conclut en effet que Laurentia menace une frayère du bar rayé, « espèce en voie de disparition selon la Loi ». Les militants écologistes auraient pris appui sur cet aspect pour traîner Ottawa devant les tribunaux.

La Chine

D’autres considérations ne figurant pas dans le rapport auraient joué. Notamment la « sécurité nationale ». Un des partenaires dans Laurentia était l’entreprise CK Hutchison, de Hong Kong, territoire sur lequel la Chine a récemment resserré son emprise. Ottawa s’en inquiétait, selon ce que notre Bureau d’enquête révélait en octobre.

En mars, la libérale Marwah Rizqy avait d’ailleurs reproché à la VP Guilbault de ne pas s’intéresser à ce talon d’Achille de Laurentia : « La seule personne que j’ai entendue, à Québec, s’en soucier, ça a été Jean-Yves Duclos. »

À la CAQ, tout le monde n’est pas mécontent. Laurentia entrait en concurrence avec le projet du port de Montréal d’établir un nouveau terminal à conteneurs à Contrecœur. 

Celui-ci, Ottawa l’a approuvé. La députée caquiste Suzanne Dansereau, ancienne mairesse de Contrecœur qui s’était moquée des rainettes faux-grillons, « petits touristes » égarés qui bloquaient le projet, doit s’en réjouir.

Ça compensera un peu pour la colère de sa collègue Guilbault.