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Les lacs québécois de plus en plus inaccessibles

Des villes décident de fermer l’accès aux non-résidents ou d’imposer des tarifs démesurés

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Antoine Verville, du Regroupement des organismes de bassins versants, devant le lac Bleu, dans la municipalité de Lac-Beauport, qui ne comporte aucun accès au public.

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Privatisation des berges, raréfaction des accès, tarifs élevés exigés par les municipalités et pandémie contribuent à rendre l’accès aux lacs de plus en plus difficile.

L’Association des pêcheurs sportifs du Québec se bat depuis des années contre les municipalités qui imposent des frais exorbitants pour une simple mise à l’eau d’une journée.

Mais les canoteurs, les kayakistes et les baigneurs ont aussi de plus en plus de difficulté à explorer sans dégarnir leur portefeuille. Cette année, à Austin, en Estrie, la ville a clôturé l’accès au lac Orford. À Fossambault-sur-le-Lac, l’une des rares plages (payante et privée) de la région de la Capitale nationale, est menacée; des promoteurs ont tenté d’en faire un complexe de condos.

La situation est dénoncée par des groupes de pression, mais elle n’est pas mesurée; Québec « ne possède pas de données concernant l’accès aux lacs ». C’est pourtant essentiel, note Antoine Verville, du regroupement des organismes de bassins versants : 

« Les gens qui fréquentent les lacs vont développer une relation avec la nature et vont être plus enclins à vouloir la protéger », dit-il.

Patrimoine commun

Les lacs appartiennent à tous, la loi dit même qu’ils « font partie du patrimoine commun de la nation ». Mais si tout le monde a le droit d’y naviguer, encore faut-il qu’une partie de la berge soit publique.

Et ça, c’est la responsabilité des municipalités, qui ont tendance à privilégier leurs résidents. 

« Ce n’est pas à mes citoyens à payer via leurs taxes l’accès aux résidents de Québec pour la baignade, lâche le maire de Fossambault, Jean Perron. Si le gouvernement veut qu’on donne des accès, qu’il compense. »

Jacques Laurin est maire de Val-des-Monts, au nord de Gatineau. Il compte 120 lacs sur son territoire. 

« C’est impossible pour nous d’assurer un accès à tous ces plans d’eau », dit-il. 

Sa municipalité exploite – à perte – deux rampes de mise à l’eau, sur les lacs Saint-Pierre et McGreggor, malgré des tarifs pour non-résidents qui s’échelonnent de 10 $ à 120 $.

La pression des riverains a un poids : « Ils viennent tout de suite nous voir quand il y a des dommages », dit-il. 

L’ennemi numéro 1 : les bateaux de wake-board, qui abîment les berges et même le fond du lac avec leurs hélices et leurs vagues.  

Embourgeoisement des lacs

Les municipalités vont parfois préférer imposer des tarifs très élevés pour décourager les plaisanciers. Et parfois, certains lacs sont complètement privatisés. 

« Il y a du développement, les gens achètent cher, ça s’embourgeoise. Ce sont eux qui ne veulent pas voir de gens sur leurs lacs », note François Brissette, expert en ressources hydriques et professeur à l’ETS. 

Les villes sont en conflit d’intérêts ; elles doivent protéger l’accès à l’eau, mais bénéficient de cette frénésie immobilière, explique-t-il.

« S’il y a juste une petite part de la population, les plus riches, qui peuvent accéder aux lacs, c’est un gros problème éthique », ajoute Antoine Verville 

DES LACS RÉSERVÉS AUX RICHES  

Plusieurs municipalités demandent des frais très élevés aux non-résidents qui veulent mettre à l’eau un bateau à moteur. La situation est dénoncée par l’Association des pêcheurs sportifs du Québec.

« Exiger plusieurs centaines de dollars pour une seule journée de bateau, c’est beaucoup trop élevé. Ce n’est pas tout le monde qui peut se payer ça. Pensez au grand-père qui veut aller pêcher avec ses petits-enfants, par exemple. [...] Et plusieurs lacs sont interdits aux non-résidents, ces municipalités sont hors-la-loi », déplore le président de l’Association, Stéphan Bourgeois.  

LAC DES PILES, SHAWINIGAN

Coût d’accès quotidien : 115 $


LAC DES SABLES, SAINT-AGATHE-DES-MONTS

Coût d’accès quotidien : 300 à 400 $ pour un moteur à essence (les vendredi, samedi et dimanche) 


LAC OUAREAU ET SEPT AUTRES LACS, SAINT-DONAT

Coût annuel : 50 à 300 $ 

Il n’y a pas d’accès quotidien.


LACS DE L’ACHIGAN, CONNELLY, ÉCHO ET BLEU, SAINT-HIPPOLYTE

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Photo Martin Chevalier

Coût d’accès quotidien : 400 $

Les plages sont également réservées aux résidents de la ville.


LAC DES ÉCORCES, BARKMERE

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Photo Martin Chevalier

Coût d’accès quotidien : 100 à 500 $ 


LAC MANITOU, IVRY-SUR-LE-LAC

Stéphan Bourgeois, président de l’Association des pêcheurs sportifs du Québec, devant le lac Manitou.
Photo Martin Alarie
Stéphan Bourgeois, président de l’Association des pêcheurs sportifs du Québec, devant le lac Manitou.

Coût d’accès quotidien : 250 $ 


LACS SAINT-JOSEPH ET SAINTE-MARIE, SAINT-ADOLPHE-D’HOWARD

Quebec
Photo Martin Chevalier

Coût d’accès quotidien : 325 $

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