/weekend
Navigation

L’impact documentaire

Coup d'oeil sur cet article

Informer, faire parler, partager, exprimer, abattre des barrières, provoquer des changements. Le documentaire peut avoir bien des pouvoirs s’il est bien ficelé et s’il trouve écho auprès du public. En voici quelques-uns qui méritent qu’on s’y attarde et même qu’on s’y implique dans certains cas.

Loto-méno 

Photo courtoisie, tou.tv

Deux mots : enfin et merci. On pourrait dire que c’est audacieux, et pourtant, la périménopause et sa suite touchent à différents niveaux la moitié de notre population. Il était temps qu’on en parle au grand jour. Véronique Cloutier l’aborde ici de front, sans tabou. Elle mène une quête authentique illustrée par des exemples intimes de sa propre vie puisqu’à la loto de la ménopause, elle a hérité de tous les symptômes. Elle s’ouvre avec beaucoup d’honnêteté sur des circonstances qui révèlent ses vulnérabilités et la perte de contrôle qu’occasionnent les nombreux symptômes liés aux hormones. Elle pose les bonnes questions. Et, comme nous, spectateurs, s’étonne du peu de connaissances et de soutien du système en santé féminine. Parce que les réponses posent parfois problème. 

Les témoignages de ses amies (dont Hélène Bourgeois-Leclerc, Marie-Soleil Michon et Guylaine Guay) normalisent, démystifient. Ceux de femmes hypothéquées par les symptômes nous touchent. Et l’expérience décomplexée de la lumineuse Anne-Marie Cadieux rassure. Les docteures Lyne Désautels et Sylvie Demers ont les mots justes. Cette dernière se bat d’ailleurs pour une couverture de la RAMQ des hormones bio-identiques, non couvertes actuellement et plus sécuritaires que celles d’antan, toujours prescrites. Ce documentaire en trois parties nous montre bien les dédales complexes du système, ses lacunes en matière d’éducation, et propose aussi des solutions. Parler de ménopause ne devrait pas être honteux ou mal vu. Aucune femme ne devrait souffrir en silence comme si c’était un mal nécessaire à un « certain âge ». Véronique gagne ici la première ronde d’un combat trop longtemps mis de côté.

Diffusé sur Véro.tv d’ICI Tou.tv extra

Briser le code 

Photo courtoisie, Télé-Québec

Ce documentaire diffusé initialement en 2019 à Télé-Québec est malheureusement toujours d’actualité et devrait être vu de tous. On a beau parler de diversité et multiplier les initiatives en ce sens, le racisme est toujours présent, bien que certains n’osent prononcer le mot « systémique ». Même si notre société s’est construite grâce à l’immigration et qu’elle s’en enrichit, il y a de vieux réflexes enfouis qui font surface. Des mauvais plis à défaire pour être la société ouverte que nous disons être. Fabrice Vil, entrepreneur social, nous sensibilise d’entrée de jeu à ce code, celui auquel se soumettent les personnes racisées et autochtones pour se fondre dans notre société. Sans déranger. L’exercice est à la fois saisissant, choquant, décontenançant. Un tel code ne devrait pas exister. Chacun devrait pouvoir être ce qu’il est. Partout. C’est d’autant plus vrai que nous vivons dans une démocratie. Les témoignages de Briser le code expriment bien ce mal-être envers lequel nous devrions tous être bienveillants. Pour réparer l’histoire. Pour un présent ouvert. Pour un avenir meilleur.

Briserlecode.telequebec.tv  

Pression  

Photo courtoisie, Club Illico

Le Bureau d’enquête du journal que vous lisez en ce moment propose depuis quelque temps des documentaires étoffés qui viennent compléter et illustrer la démarche papier. La journaliste Marie-Christine Noël enquête dans des milieux qui flirtent avec l’équilibre. Dans la foulée des dénonciations dans le monde de la nage synchronisée et en parallèle avec une année olympique, elle enquête sur un milieu qu’elle a connu, celui du patinage artistique. Les athlètes sont prêts à bien des sacrifices, mais malheureusement, l’appât du gain est souvent accompagné de souffrance et d’abus. Ici, elle va à la rencontre de six olympiens qui étaient prêts à tout, au péril de leur santé, pour monter sur le podium.

Diffusé sur Club illico

La dernière maison 

Photo courtoisie, TVA

Nous allons tous vieillir. Et pourtant, le sort réservé aux personnes âgées n’est pas toujours rose. On a implanté une structure et engraissé un système qui ne colle pas à la réalité de tous. On l’entend souvent, quand une personne âgée est forcée de quitter sa demeure, une partie d’elle-même s’en va. Annie-Soleil Proteau a été témoin de la chute de sa grand-mère après qu’elle a été placée. Elle se demande si elle serait décédée si vite si elle avait pu rester dans sa maison. Maison acquise à la sueur de son front et de celle de son mari pour que la petite famille puisse cohabiter sur la même rue du quartier Hochelaga. Une conversation émouvante avec son père met d’ailleurs en relief toute la délicatesse de la démarche. Quand elle était petite, sa grand-maman a cessé de travailler pour s’occuper d’elle. Elle lui doit sa combativité. Ce déménagement en fin de vie, après 37 ans dans cette maison, l’a en quelque sorte tué. Qu’aurait-elle pu faire de différent ? Annie-Soleil se lance donc à la recherche de modèles à travers le vécu de différentes familles. Vieillir fait partie de la vie. Et il n’y a pas un seul modèle de vie. Il y a des solutions, mais peu d’écoute et peu d’argent. La démarche de l’animatrice est un appel qui s’inscrit dans toutes les injustices mises en lumière par la pandémie. Nos vieux, il faut les écouter. Vieillir dans la dignité est un combat à mener pour nous tous.  

Diffusé sur tva+ et en VSD

L’envers d’Amazon 

Photo Chantal Poirier

Vous avez sans doute récemment lu l’enquête du journaliste Dominique Cambron--Goulet, du Bureau d’enquête de Québecor, qui s’est infiltré incognito dans un entrepôt du géant Amazon pour en documenter la façon faire. Le journaliste Alexis Magnaval, du 24 heures, a pour sa part joué au livreur pour un sous-traitant d’Amazon. Il faut être naïf pour croire qu’Amazon, dont le dirigeant est l’homme le plus riche du monde, offre des conditions décentes à ses employés. Ce documentaire, dont certaines parties ont été judicieusement filmées en caméra cachée, jette un regard déconcertant sur un système abusif qu’on ne croirait pas possible chez nous. Le personnel est épié, la charge de travail inhumaine, le code de notation dévalorisant et le salaire dérisoire. Un pensez-y-bien si vous avez l’habitude d’y commander.

Diffusé sur Club illico 

Des séries documentaires qui contribuent à faire changer les mentalités  

<i>De garde 24-7</i>
Photo courtoisie, Karine Dufour
De garde 24-7

Télé-Québec le fait bien avec De garde 24/7 et Police en service qui documentent les enjeux du quotidien et les interventions des professionnels de la santé, dans le premier cas, et de la police, dans le second. Urgence santé mentale et Autiste bientôt majeur (et sa suite Maintenant majeur), à Moi&cie, ont jeté un regard plein de sensibilité sur les troubles en santé mentale, trop longtemps sous-estimés, et sur le sort qu’on réserve aux jeunes autistes lorsqu’ils atteignent la majorité et que le système ne leur offre plus de services.

La DPJ a aussi fait l’objet de deux séries qui dressent bien l’état des lieux. Dans la foulée de tristes événements qui ont mené à la commission Laurent, ces séries illustrent la complexité et la délicatesse des interventions, le travail acharné de ses travailleurs à bout de ressources et les lacunes d’un système désuet. Au cœur de la DPJ, à RDI, a suivi le travail d’intervenantes sur le terrain et partage leurs réflexions. La vie après la DPJ, sur Crave, donne la parole à des jeunes qui, à 18 ans, doivent voler de leurs propres ailes avec plus ou moins d’outils. Des exemples de courage qui mériteraient qu’un petit coup de main se perpétue un peu. Avec bienveillance.