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L’histoire, à la chinoise

Shanghai 2040
Photo courtoisie Shanghai 2040
Jean-Louis Roy
Libre Expression
248 pages

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L’Occident méconnaît la Chine. En donnant vie à une politicienne chinoise puissante, Jean-Louis Roy comble cette lacune.

Jean-Louis Roy termine son mandat de PDG de la Grande Bibliothèque ; il a auparavant été délégué général du Québec à Paris, secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la francophonie, et plus encore.

Mais il a aussi écrit des dizaines d’ouvrages. Or, Shanghai 2040 est seulement son deuxième roman. Et l’essai politique affleure dans ce récit à peine futuriste.

Le titre le dit : on est en 2040, alors que le siège de l’ONU quitte New York pour s’installer à Shanghai. Ce n’est que logique puisque la Chine domine désormais le monde. Cette montée était perceptible depuis la fin du XXe siècle, mais c’est une femme qui va la concrétiser. Elle s’appelle Wei Shu, elle est présidente de la République populaire de Chine, et c’est sa vie que Roy va raconter.

Mais il ne le fait pas d’un point de vue extérieur, c’est-à-dire occidental : au contraire, on suit l’ascension de Wei Shu d’une perspective toute chinoise. Nos références tombent, remplacées par une autre manière d’envisager l’histoire.

Et ça inclut l’histoire personnelle de Wei Shu, dont l’ambition n’est pas racontée selon une trame psychologisante, mais plutôt comme l’aboutissement d’une lignée familiale et de la destinée collective d’un peuple.

Ça donne un ton très particulier au récit, tout en retenue et en délicatesse. Pas d’épanchements ici : Wei Shu est une femme en contrôle, déterminée à arriver à ses fins, mais portée par d’authentiques valeurs.

L’humanité qu’elle déploie est-elle authentique ou stratégique ? On n’arrive pas à savoir, parce que ce n’est pas ainsi que l’on décortique les situations là-bas.

L’auteur nous le fait comprendre en déclinant avec un esprit de vulgarisation remarquable la civilisation quatre fois millénaire de la Chine. Les empires romain, inca et maya ont disparu, mais la Chine a résisté, plus forte même que jamais. 

Roy expose bien l’exploit d’être récemment passé de la plus extrême pauvreté à la plus grande puissance économique de la planète. Certes, ce n’est pas allé sans de graves dérapages. La famille de Wei Shu les a vécus : sa grand-mère en particulier, historienne de renom, a été brisée par la Révolution culturelle.

Mais, puisque c’est le devenir de la nation chinoise qui importe, ces événements ne sont pas une raison pour déchanter de la politique, plutôt des épreuves inévitables du destin. C’est ainsi qu’un empire se redresse.

Occident en déroute

Il n’est toutefois pas question des lacunes démocratiques ou juridiques de la Chine dans ce roman. Cela étonne, mais puisque le point de vue est chinois, faut-il vraiment s’en surprendre ?

On a toutefois en main les outils pour décortiquer comment et pourquoi ce pays surpasse peu à peu un Occident en déroute, séduits même par cette version autre de l’histoire du monde.

Reste qu’on se demande si le visage qui l’incarnera d’ici vingt ans aura les traits d’une Wei Shu, dirigeante idéalisée, ou d’un bien réel et impitoyable Xi Jinping.