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Aucune nouvelle de la police 4 mois après son agression

L’enquêteur qui a recueilli sa plainte lui a dit qu’on la contacterait dans la semaine

victime d’agression sexuelle
Photo Chantal Poirier Une femme dénonce les délais de la police. Elle se trouve ici dans un des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, en Montérégie.

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Une jeune femme qui affirme avoir été victime d’une agression sexuelle déplore de n’avoir toujours pas rencontré un enquêteur ni fait une déclaration quatre mois après avoir déposé une plainte à la police de Montréal.

« Je repense à l’agression tous les jours. Tant que ma déclaration n’est pas faite, j’ai peur d’oublier un détail important et qu’il ne soit pas reconnu coupable à cause de ça. Je veux juste enlever ce poids de mes épaules », confie la femme de 22 ans, en retenant ses larmes.

Elle a requis l’anonymat dans l’attente des procédures judiciaires.

Elle explique avoir rencontré son présumé agresseur, un homme de 28 ans, sur l’application Tinder. C’est lors de leur troisième rendez-vous, un vendredi soir de mars, qu’il l’aurait agressée sexuellement dans son appartement, à Montréal.

Ils passent, puis plus rien

Après qu’elle eût tout avoué à sa mère le dimanche, deux agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont venus à son domicile, en Montérégie, pour prendre sa plainte. Les policiers l’ont assurée qu’un enquêteur allait la contacter au cours de la semaine, dit-elle au Journal.

Le soir même, elle s’est rendue à l’hôpital pour effectuer des prélèvements pouvant servir de preuve.

Voyant qu’elle n’avait aucune nouvelle après plus d’une semaine, elle a téléphoné une première fois au SPVM, puis une deuxième fois à la fin mai.

« L’enquêtrice m’a expliqué qu’elle passait en premier les cas de victimes mineures et qu’il y avait 2-3 mois de temps d’attente », poursuit-elle. 

Elle n’a toujours pas livré sa déclaration quatre mois plus tard.

« C’est comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête », dit Véronique Beauregard, son intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) qui l’a prise en charge. « Il y a toujours quelque chose qui la guette et qui l’empêche de passer à une autre étape. C’est une charge mentale qui se rajoute au fait d’avoir vécu une agression », explique-t-elle.

« Généralement, ça ne dépasse pas quatre à six semaines et c’est même plus rapide que ça pour prendre simplement la déposition », estime Me Sophie Gagnon, directrice générale chez Juripop.

Ce genre de délai est plus fréquent entre le début de l’enquête policière et le moment où le Directeur des poursuites criminelles et pénales décide s’il porte ou non des accusations, selon l’avocate.

Le SPVM a refusé notre demande d’entrevue et n’a pas répondu à nos questions sur le temps moyen d’attente ou à savoir si cette période était plus longue que par le passé en raison d’une hausse du nombre de cas.

Par courriel, le corps policier reconnaît qu’il peut y avoir « certains délais ».

« Chaque cas est différent et plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Notamment, une attention particulière est portée aux dossiers impliquant des mineurs. Certains dossiers doivent également être traités en priorité, selon le niveau de risque », indique-t-on.

« J’ai l’impression qu’on rit des victimes, rétorque la jeune plaignante. Est-ce qu’on attend de les faire changer d’idée ? Je me considère forte, mais pour une personne fragile, ça pourrait être plus facile d’abandonner le processus. »

En plus de craindre que son agresseur récidive auprès d’autres femmes, elle espère que le dénoncer sera un premier pas afin de pouvoir se reconstruire après ce qu’elle a vécu.

 

L’importance de livrer vite sa déclaration  

Me Sophie Gagnon, DG chez Juripop
Photo d'archives, Darren Brown
Me Sophie Gagnon, DG chez Juripop

La déclaration de la victime constitue souvent l’unique élément de preuve dans un procès pour agression sexuelle. Chaque détail rapporté est crucial, d’où l’importance de rendre rapidement ce premier témoignage, estiment des expertes.

« Lors d’agression sexuelle, on parle d’un crime intime qui se passe généralement entre deux personnes. Ainsi, la preuve de la Couronne se limite souvent à la déclaration faite à la police et au témoignage de la victime devant la cour », explique Sophie Gagnon, directrice générale chez Juripop. 

L’exactitude de cette déclaration est primordiale, car l’avocat de la défense peut la décortiquer notamment pour attaquer la crédibilité de la victime pendant le procès, explique l’avocate. 

Pour cette raison, une survivante rejoue en boucle dans sa tête l’agression sexuelle qu’elle a vécue. En attente depuis quatre mois pour rencontrer un enquêteur afin de livrer sa déposition, elle craint d’oublier un détail et que cela nuise au processus judiciaire.

« C’est un stress de devoir se rappeler et penser à tout simplement parce que la déposition n’est pas faite. On sait à quel point chaque détail peut jouer pendant le procès », appuie son intervenante au CALACS, Véronique Beauregard.

Se mettre à nu 

Sophie Gagnon insiste sur l’importance d’un service rapide pour le bien-être d’une victime qui décide de porter plainte contre son agresseur. 

« Quand une victime d’agression sexuelle porte plainte, elle se met à nu devant le système de justice. Tant que ce n’est pas fini, c’est comme si elle ne pouvait pas se rhabiller. C’est vraiment important pour le bien-être et la reprise de pouvoir qu’il n’y ait pas de délai », explique la directrice.