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Beans: la crise d’Oka à l’aube de la vie

ART-TRACEY-DEER
Photo d'archives, Agence QMI La réalisatrice mohawk de Beans, Tracey Deer

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Nous sommes en 1990, dans la communauté de Kanesatake, près de la ville d’Oka. Six ans avant la fermeture du dernier pensionnat pour Autochtones. Des projets de développement immobilier soutenus par la Municipalité y sont alors envisagés ; mais ces derniers sont contestés par les Autochtones. 

En l’occurrence, les droits territoriaux revendiqués par les Mohawks n’y sont pas reconnus. Il y a un risque d’empiétement sur un cimetière ancestral autochtone. La résistance s’organise...

Interventions, suivies de confrontations armées entre la nation mohawk et la police provinciale du Québec, puis l’armée canadienne. Une crise s’ébranle. Elle dure 78 jours. C’est la « crise d’Oka ». 

Il y a malheureusement eu mort d’hommes. Et des vies gâchées... Des deux côtés.

Beans 

Les souvenirs de cette crise habitent encore aujourd’hui, ardemment et viscéralement, le cœur d’une jeune femme originaire de Kanesatake. Elle s’appelle Tracey Deer. Elle est auteur et réalisatrice de cinéma.

Beans, c’est son histoire. Un émouvant récit cinématographique de la jeune Mohawk ballottée au milieu des événements de la crise d’Oka, alors qu’elle est en pleine construction de sa personnalité psychique. Ce chapitre de notre histoire a marqué l’ensemble du Québec de façon indélébile.

Elle avait alors douze ans au moment des événements. Et trente ans plus tard, à partir du point de vue mohawk, elle nous parle des affrontements entre Autochtones et forces de l’ordre. 

Une carence d’objectivité

C’est un bon film. Une œuvre poignante qui suscite de la compassion mais qui, cependant, pêche par excès de subjectivité avec un fort parfum de militantisme. Avec plus d’objectivité et de hauteur, elle aurait probablement gagné plus de cœurs.

Cela dit, il y a trente ans, dans sa couverture de cette même crise, la télévision ne versait pas non plus trop dans la neutralité ou l’objectivité. Elle chauffait davantage les émotions de la population qu’elle ne l’éclairait fondamentalement sur les faits. 

On serait même tenté de penser qu’à l’époque, dans le feu de l’action, la télévision aura contribué à alimenter la haine, la colère et la violence entre les « blancs » et les Autochtones. Je doute fort que ce soit le but recherché par Tracey Deer avec son film Beans...

Beans n’est pas un film documentaire. C’est une fiction inspirée de l’expérience personnelle de sa réalisatrice, Tracey Deer. C’est un témoignage partial, mais non moins légitime cependant. 

Aussi, dans les circonstances entourant la découverte de restes humains relatifs aux pensionnats « indiens », Beans tombe à pic. Les yeux, les cœurs et les esprits sont ouverts à « la conversation » collective. 

Ainsi avec Beans, la contribution de Tracey Deer au débat entourant l’indispensable réconciliation, qui passera nécessairement par une réécriture probe et objective du « récit national » canadien, devrait être prise en considération.