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Investissement Québec songe à réinvestir dans le Cirque du Soleil

Le nouveau mandat de la société d’État favorise plus de prises de participation directes

GEN - RENCONTRE AVEC INVESTISSEMENT QUÉBEC
Photo Martin Alarie Le grand patron d’Investissement Québec, Guy LeBlanc (sur la photo), et trois vice-présidents exécutifs, Alexandre Sieber, Bicha Ngo et Hubert Bolduc, ont rencontré l’équipe économique du Journal cette semaine à la Maison du développement durable, à Montréal.

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Investissement Québec (IQ) envisage d’investir de nouveau dans le Cirque du Soleil pour assurer la présence à long terme de l’entreprise au Québec. 

« Les créanciers [du Cirque] ont remporté la deuxième période. La troisième va s’en venir éventuellement », a indiqué le grand patron d’IQ, Guy LeBlanc.

Le Journal a rencontré cette semaine la haute direction d’IQ. C’est dans le cadre de cette rencontre où plusieurs sujets ont été abordés qu’il a fait cette affirmation.

Selon Guy LeBlanc, il faut s’attendre à voir IQ prendre davantage de prises de participation directes que dans les dernières années.

Rappelons qu’IQ avait déjà accepté en mai 2020 d’accorder un prêt de 200 millions $ US aux propriétaires de l’époque du Cirque, soit le fonds américain TPG, le groupe chinois Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Ce prêt n’avait toutefois finalement jamais été décaissé puisque le Cirque s’était déclaré insolvable en juin. Des créanciers (dont le fonds torontois Catalyst Capital) ont ensuite remporté l’enchère pour reprendre la compagnie.

Pas de regret

« Le Cirque du Soleil, 5000 emplois, la question ne se posait même pas à savoir si on participait ou on ne participait pas, et la Caisse de dépôt et TPG ont proposé une solution pour maintenir le siège social ici. On a mis une solution en place pour que les créanciers qui ont finalement remporté la deuxième période maintiennent ici la direction et le siège social », a expliqué le grand patron d’IQ.

Or, selon ce dernier, les créanciers ne sont pas des opérateurs de cirque et ne voudront pas demeurer éternellement propriétaires de l’entreprise.

« On aurait intérêt à garder une participation québécoise. J’ose espérer que la Caisse de dépôt aura le même intérêt, avec un partenaire qui pourrait venir de l’international, comme il pourrait venir du Québec », a-t-il dit.

Selon lui, il y a des « joueurs majeurs au Québec » qui pourraient avoir dans le futur un intérêt pour le Cirque.

Reprise des spectacles

Le Cirque a annoncé en avril la reprise progressive de ses spectacles, dont deux à Las Vegas dès cet été. Dans des entrevues récentes, le directeur général du Cirque, Daniel Lamarre, a encensé l’apport des créanciers.

Selon Guy LeBlanc, les prises de participation ont compté pour beaucoup dans le bénéfice record de près d’un milliard $ dégagé cette année. Un placement dans Lightspeed, dont l’action s’est envolée, a rapporté à lui seul 200 millions $ de profit à IQ, a-t-il fait valoir.

Pas préoccupé par le départ de Fitzgibbon  

Le grand patron d’IQ, Guy LeBlanc, n’est pas préoccupé par la démission de Pierre Fitzgibbon même si c’est lui qui l’a nommé à la tête de l’organisme.

L’ex-ministre de l’Économie Fitzgibbon a démissionné de son poste au début juin dans la foulée d’un nouveau rapport de la commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale, Ariane Mignolet.

Cette dernière concluait qu’il ne respectait toujours pas le code d’éthique des députés de l’Assemblée nationale, malgré plusieurs avertissements.

« Est-ce que ça change quelque chose [qu’il ait démissionné], la réponse c’est non », a affirmé Guy LeBlanc.

Selon lui, en termes d’orientation stratégique, le mandat pour IQ va rester le même même après la démission de l’ex-ministre.

« C’est davantage axé sur le [secteur] technologique, et c’est axé sur des filières structurantes comme l’aluminium et l’hydrogène verts », a-t-il expliqué.

Pas de conflits

« Je n’ai eu aucune discussion avec lui [Fitzgibbon] depuis son départ », nous a-t-il mentionné.

Le grand patron d’IQ a assuré de son côté qu’il était exempt d’une situation de conflit d’intérêts potentielle qui pourrait le mettre un jour dans l’embarras.

« J’avais des actions de Lion [un fabricant d’autobus électriques de Saint-Jérôme financé par IQ] que j’ai vendues la semaine avant d’entrer en poste et vous pouvez imaginer que ce que je vais gagner dans les prochaines années ne compensera pas [pour la perte du bénéfice à venir sur ces actions de Lion] et j’en étais conscient », a-t-il souligné.

Un engagement à plus de transparence  

Critiqué dans le passé pour son peu d’empressement à fournir des renseignements, Investissement Québec (IQ) souhaite être plus transparent à l’avenir dans la publication de ses résultats, affirme son grand patron, Guy LeBlanc.

L’organisme public aimerait dans le futur fournir une liste détaillée de bon nombre de ses placements, à l’instar de ce que font déjà la Caisse de dépôt et placement et le Fonds de solidarité du Québec. 

Ces deux organismes publient chaque année un relevé exhaustif de tous leurs placements avec une approximation des montants investis. 

« On souhaite s’en aller vers ça », a indiqué Guy LeBlanc en entrevue.

Selon ce dernier, la difficulté pour arriver à ce résultat est qu’IQ est à la fois prêteur, ou « banquier », et investisseur dans le cadre de son mandat.

« On a des ententes sur la non-divulgation de renseignements dans certains cas, et c’est ça qui nous bloque en ce moment », a-t-il expliqué.

« On s’en va là, clairement [vers plus de transparence]. À quelle vitesse on va être capable de le faire ? On s’est fixé comme objectif de le faire le plus rapidement possible », a-t-il poursuivi.

Selon lui, il n’y a aucune raison que le grand public ne puisse connaître facilement, par exemple, toutes les prises de participation effectuées par IQ.

Demande d’accès

En avril, Le Journal avait rapporté qu’IQ avait refusé de divulguer la moindre information sur plus de 1000 interventions financières.

Une demande d’accès à l’information portait sur le nom des entreprises dans lesquelles elle a investi avec ses fonds propres l’an dernier.

IQ s’était bornée à fournir une liste de 83 entreprises à qui elle a consenti des prêts ou offert des garanties de prêt ou dont elle a acheté des actions. IQ a aussi déjà refusé de divulguer le coût de ses déplacements dans un autobus nolisé en région, ce qu’a ensuite contesté avec succès Le Journal.

Trois questions aux patrons  

La haute direction d’Investissement Québec a répondu à plusieurs questions cette semaine dans le cadre d’une rencontre avec l’équipe économique du Journal. Voici quelques enjeux abordés sous une forme condensée.


IQ agit à la fois comme investisseur avec ses fonds propres dans certains projets et comme mandataire du gouvernement du Québec dans d’autres. Pouvez-vous clarifier le rôle de chacun ?

Ce qu’on fait avec nos fonds propres, c’est IQ à 100 %. Il y a zéro influence du gouvernement sur ces dossiers. C’est le conseil d’administration d’IQ qui prend les décisions. Avec le Fonds de développement économique [FDE], on parle plutôt de projets structurants qui vont être démarchés soit par IQ, soit par des employés du ministère de l’Économie. Sur le plan monétaire, un projet de 200, 300 millions $, c’est trop important pour Investissement Québec donc ça passe par le FDE. Il y a aussi certains projets qui font partie de la stratégie du gouvernement du Québec. IQ a un rôle de mandataire donc on analyse ces dossiers et on fait des recommandations, mais c’est le gouvernement qui décide. 


IQ a absorbé au tournant des années 2010 la Société générale de financement (SGF) qui a connu à la fin des échecs retentissants. Y a-t-il un risque que le nouvel IQ tombe dans le même panneau ?

Le nouvel Investissement Québec, c’est en partie de refaire cette fusion entre IQ et la SGF, mais avec un mandat différent. À l’époque, le mandat qui avait été donné ç’avait été d’absorber la SGF, de diminuer les frais d’administration puis de prendre moins de risque pour s’assurer de s’autosuffire en termes de liquidité. C’est IQ qui a fait une prise de contrôle et qui s’est lancée dans une business de prêts en région avec du volume. Avec les années, les institutions financières se sont rendu compte qu’IQ était en compétition avec elles. Le mandat aujourd’hui est complètement différent. Non seulement c’est de réussir cette intégration qui n’a jamais eu lieu, mais c’est aussi d’ajouter le volet accompagnement technologique et à l’international. SGF, je ne peux pas commenter ce qu’ils faisaient à l’époque, mais j’ai eu connaissance d’un certain nombre de dossiers qui n’ont pas été un franc succès.


Vous venez du monde des affaires. C’est une force, mais n’y a-t-il pas aussi un risque que vous soyez trop près des gens que vous aidez ?

Si j’ai passé 40 ans dans le monde des affaires et que j’ai une réputation sans tache, c’est parce que j’ai placé l’intégrité au centre de mes valeurs. Est-ce que j’ai des amis qui appellent ? La réponse c’est oui parce que je ne connais quand même pas mal de monde du milieu des affaires. Ces personnes-là sont référées soit à Alexandre [Sieber], soit à Bicha [Ngo], soit à Hubert [Bolduc] [respectivement v.-p., financement corporatif, v.-p., placements privés et v.-p., international chez IQ]. On évalue les projets sur leur qualité. Moi, je viens d’un milieu où tu mangeais ce que tu avais tué et c’est la raison pour laquelle on m’a demandé de me joindre à IQ, pour amener une culture de démarchage. Une culture d’aller au-devant des clients. On n’est pas là pour répondre au téléphone, on est là pour offrir le coffre à outils, qui s’est élargi de façon substantielle.

IQ en 2020-2021   

  • Portefeuille total : 14 milliards $ (+26 %)   
  • Financement octroyé : 4,5 milliards $ (+87 %)   
  • Nombre d’interventions : 9000 (par rapport à 2000 un an plus tôt)      

-Source : IQ

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