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Pensionnats autochtones: l'enfer sur terre

Pensionnats autochtones - Pointe-Bleue
Photo courtoisie, Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh Le pensionnat autochtone de Pointe-Bleue, au Lac-Saint-Jean, autour de 1960.

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Hier, ma blonde Sophie a consacré sa chronique au documentaire On nous appelait les sauvages, de Guy Lampron, sur les sévices épouvantables endurés par les jeunes autochtones envoyés de force dans des pensionnats catholiques et protestants.

En regardant ce documentaire éprouvant, mais nécessaire, j’ai pensé à un film et à un livre.

UN ASILE À CIEL OUVERT

Le film, c’est Les diables, de Ken Russell (1971), avec Vanessa Redgrave et Oliver Reed. 

Une œuvre grand-guignolesque et délirante basée sur la fameuse histoire des « démons » de Loudun.

  • Écoutez le commentaire de Richard Martineau au micro de Danny St Pierre sur QUB:

En septembre 1632, à Loudun en France, 14 sœurs ursulines vivant dans un couvent se sont mises à hurler des blasphèmes, à courir à demi nues, à faire d’horribles grimaces et à recracher l’hostie lors de la communion. 

On a tout de suite dit qu’elles étaient possédées par le diable. En fait, ces femmes (qui nourrissaient toutes une obsession maladive pour le curé de la ville) étaient tout simplement frustrées sexuellement, et leur désir inassouvi les a rendues complètement folles. 

Dans son film, Russell (le réalisateur de l’adaptation cinématographique de l’opéra rock Tommy) les montre en train de crier et de se masturber frénétiquement, et dépeint le couvent comme un véritable asile à ciel ouvert.

C’est l’impression qu’on a des pensionnats en regardant le documentaire-choc de Guy Lampron. 

Des asiles peuplés de maniaques sexuels compulsifs. Des prisons dirigées par des pervers qui utilisaient les enfants comme déversoirs. 

APOCALYPSE NOW

Le livre auquel j’ai pensé en regardant On nous appelait les sauvages est Au cœur des ténèbres (1899), de Joseph Conrad. 

Le chef-d’œuvre de la littérature qui a inspiré Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Cette fable crépusculaire qui se déroule au Congo belge raconte la descente aux enfers d’un homme blanc qui devient de plus en plus fou à mesure qu’il s’enfonce dans la jungle.

Peinture cruelle des effets horribles de la colonisation, ce livre montre à quel point le racisme dénature l’homme, transformant la victime en objet, et le bourreau en monstre. 

À la fin, le personnage principal n’est plus un être humain, mais un animal. Qui meurt (comme Marlon Brando dans le film de Coppola) en hurlant : « L’horreur ! L’horreur ! »

Pour Conrad, le système colonial (qui encourage les colons à traiter les individus qu’ils exploitent comme des bêtes de somme) ne peut mener qu’à la barbarie la plus pure, la terreur la plus absolue. 

Comme l’a écrit le comédien Guillaume Gallienne, qui a lu le livre de Conrad sur les ondes de France Inter, « l’auteur offre un tableau sans concession des colons européens qui, dans toute l’indécence de leur hypocrisie, se targuent de civiliser des populations dites sauvages et primitives, mais se révèlent bien plus sauvages encore... »

C’est exactement ce qui s’est passé dans les pensionnats autochtones. 

On a dit à des gens frustrés : on vous envoie des êtres inférieurs, faites ce que vous voulez avec eux. 

Ce qu’ils ont fait. 

CANADA : UNE IMAGE ENTACHÉE

Racisme institutionnel, pouvoir absolu, frustrations sexuelles, délires religieux, sentiment de supériorité et mission divine : mélangez ces ingrédients, et vous pavez un chemin qui mène directement vers l’enfer. 

Ça va prendre plus qu’une coupe de cheveux du premier ministre pour changer l’image du Canada...