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Plus de 750 lits fermés cet été pour faire souffler le personnel

Ils s’ajoutent aux 2077 lits en moins à cause de la pandémie, a compilé Le Journal

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Photo d'archives Des lits sont bien là, mais on ne peut les utiliser par manque de personnel, qui doit prendre des vacances après l’année éprouvante.

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Même si plusieurs hôpitaux du Québec fonctionnent déjà au ralenti à cause de la COVID-19, 768 lits supplémentaires seront fermés cet été en raison des vacances des employés, montre une compilation du Journal. 

Au total, 768 lits d’hôpitaux ne seront pas disponibles dans 37 établissements pour permettre aux employés de prendre leurs vacances, a compilé Le Journal.  

La réduction du nombre de lits durant l’été est une mesure courante pour compenser les congés des employés. L’an dernier, des établissements avaient toutefois limité les vacances en raison de la COVID-19.

Or, cette année, ces fermetures s’ajoutent aux 2077 lits non disponibles en raison de la pandémie de COVID-19, selon les données du 30 mars du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). 

  • Écoutez l'analyse d'Alexandre Moranville-Ouellet avec Vincent Dessureault sur QUB Radio:

La majorité des 2077 lits étaient fermés au printemps à cause de la pénurie de personnel, mais aussi en raison des règles de distanciation, ou d’éclosions du virus. Ces fermetures représentent 13 % des lits d’hôpitaux au Québec (16 076 lits), selon le MSSS. 

Pendant ce temps, près de 150 000 patients sont en attente pour une chirurgie. Le MSSS veut trouver une solution pour rouvrir des lits bientôt.

Selon la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), la situation des lits en moins est pire que par le passé, surtout en raison de la grave pénurie de personnel. En 2018, moins de 400 lits avaient été fermés au Québec. 

« Cette année, c’est du sans précédent, dit Nancy Bédard, présidente de la FIQ, le syndicat qui représente la majorité des infirmières dans le réseau. [...] On voit des urgences fermées, des étages fermés. C’est sûr que c’est au détriment de la population. » 

Urgence carrément fermée

L’urgence de l’hôpital de Gatineau a même été fermée à la fin juin parce que les vacances des employées causaient un manque de personnel.  

Certains hôpitaux ont des dizaines de lits en moins, jusqu’à 59 à Salaberry-de-Valleyfield, souvent jusqu’à la fin du mois d’août. Or, les directions assurent que des ouvertures sont possibles au besoin. 

« Les gens ont besoin de leurs vacances, insiste Isabelle Dumaine, présidente du syndicat des infirmières à Laval (CSQ). C’est une question de sécurité des soins et de survie personnelle. »

Gestion quotidienne 

En Outaouais, le CISSS fait face à une pénurie de personnel si grave que la fermeture de lits est gérée à « chaque quart de travail, jour après jour », dit-on. 

« Cette gestion à la petite semaine n’a plus sa place. [...] La planification de main-d’œuvre n’a pas été faite. Ils ne savent plus comment gérer autrement que par du temps supplémentaire », dénonce Mme Bédard. 

À noter que des hôpitaux poursuivent les activités régulières sans fermer de lits malgré les vacances (Estrie, Laval). Le CISSS de la Côte-Nord n’avait pas complété son évaluation de fermeture de lits au moment de publier. 

Lits fermés dans 37 hôpitaux pour les vacances   

  • Hôpital du Suroît 59  
  • Hôpital Charles-Le Moyne 47  
  • Hôpital de Hull 45  
  • Hôpital de Saint-Jean-sur-Richelieu 40  
  • Hôpital d’Arthabaska (Victoriaville) 40  
  • CHUL (CHUQ) 40  
  • Centre hospitalier de l’Université de Montréal 40  
  • L’Hôtel-Dieu de Québec 34  
  • Hôpital de Gatineau 30  
  • Hôpital de Joliette 30  
  • Hôpital de l’Enfant-Jésus 29  
  • Centre hospitalier de Trois-Rivières 28  
  • Hôpital de Verdun 28  
  • Hôpital Notre-Dame 27  
  • Hôpital Sainte-Croix 26  
  • Hôpital d’Alma 23  
  • IUCPQ 18  
  • Hôpital de Rivière-du-Loup 15  
  • Hôpital de Roberval 14  
  • Hôpital de Saint-Georges 14  
  • Hôpital de Thetford 14  
  • Hôtel-Dieu de Lévis 13  
  • Hôpital Saint-François d’Assise (CHUQ) 13  
  • Hôpital de Chicoutimi 11  
  • Hôpital de Rimouski 11  
  • Hôpital Anna-Laberge 10  
  • Royal Victoria 10  
  • Hôpital Papineau 10  
  • Hôpital d’Amqui 10  
  • Hôpital Saint-Sacrement 9  
  • Hôpital de Montmagny 7  
  • Hôpital de Mont-Laurier 7  
  • Hôpital de Shawinigan 5  
  • Institut neurologique de Montréal 4  
  • Hôpital de Matane 3  
  • Hôpital d’Amos 3  
  • Hôpital de Dolbeau 1   

TOTAL 768

NDLR : Ces chiffres sont une estimation des CISSS au moment de publier.

Le ministère veut en rouvrir  

Le ministère de la Santé étudie présentement combien des 2000 lits fermés au printemps pourront rouvrir, dans le but de rattraper le retard des opérations chirurgicales sans risquer d’éclosion de COVID-19.

« On a besoin de trouver un équilibre entre les risques de prévention des infections et une capacité physique », résume la Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). 

« Nouveau normal » 

« Il faut trouver quel va être le nouveau normal, [qui ne sera pas celui] prépandémie. C’est clair qu’on ne peut pas juste rouvrir [des lits] », dit-elle. 

En mars, 2077 lits étaient fermés dans la province, a compilé le MSSS. À Maisonneuve-Rosemont, 100 lits sont fermés depuis l’automne dernier, faute de personnel. De plus, de vieux hôpitaux qui manquent d’espace ont été particulièrement touchés par la mesure, et ont dû retirer deux, voire trois lits par chambre pour prévenir les infections. 

C’est le cas des hôpitaux Notre-Dame et Verdun, à Mont-réal, qui comptent plus de 80 lits fermés. Le MSSS procède actuellement à une nouvelle compilation des fermetures, puisque plusieurs lits ont sûrement rouvert avec la baisse du nombre de cas de COVID-19 depuis trois mois.  

Chirurgies en retard

Afin de rattraper les milliers d’opérations reportées depuis un an, le MSSS avisera les directions d’hôpitaux des mesures à prendre pour augmenter la capacité hospitalière d’ici le début du mois d’août. La disponibilité du personnel sera prise en compte dans la réouverture.

« On est en train de regarder quelle sera la nouvelle façon de faire avec la Santé publique, dit la Dre Opatrny. [...] C’est vraiment de trouver le bon équilibre entre les deux besoins. »

Pour le syndicat de la Fédération interprofessionnelle de santé, il est essentiel de bien planifier les ouvertures. 

« Il faut avoir les bons ratios, dit Nancy Bédard, la présidente. Il faut commencer par réparer le réseau et trouver comment reprendre graduellement (les activités) pour arriver à une occupation optimale dans deux ans. »