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Facebook ferme enfin la page d’un pédophile

La Couronne réclame qu’on l’envoie en taule 18 ans

Sylvain Villemaire
Photo d'archives Sylvain Villemaire, coupable d’avoir acheté une enfant en Afrique et d’en avoir fait son esclave sexuelle, s’affichait avec sa victime sur Facebook.

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Facebook a finalement fermé mercredi la page d’un pédophile qui s’affichait sur son profil avec une fillette de 8 ans achetée en Afrique pour en faire son esclave sexuelle, même si la police le réclamait depuis 2018.

Depuis l’arrestation de Sylvain Villemaire en 2018, les enquêteurs de la police de Montréal ont fait des pieds et des mains pour supprimer le compte Facebook de l’accusé, qui présentait jusqu’à hier des photos de la jeune victime.  

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Pourtant, le sexagénaire a été reconnu coupable de traite de personne en février dernier et était de retour mercredi au palais de justice de Montréal pour ses plaidoiries sur sentence.

Malgré les nombreuses alertes des enquêteurs dès 2018, le géant du web n’a pas donné suite aux demandes, selon nos informations. 

Pourtant, à peine quelques heures après avoir été questionné à ce sujet par Le Journal, Facebook a finalement supprimé le profil de l’accusé.

« Nous n'autorisons pas les délinquants sexuels à avoir une présence sur nos plateformes. Nous avons supprimé les comptes », s’est contenté de dire un porte-parole de Facebook Canada, sans répondre à nos questions.

Si l’accès à des photos publiques de la victime sur la page Facebook de l’accusé inquiétait grandement les autorités, c’est en raison de l’importante médiatisation du procès. Une ordonnance de non-publication empêche d'ailleurs d’identifier la victime afin de la protéger.

Victime identifiée

De nombreux commentaires d’internautes dénonçant le pédophile ont été ajoutés dans les derniers mois sous les publications et les photos du profil de Villemaire.

« [La victime] est donc identifiée et identifiable par les nombreuses publications de l’intimé, par son nom et ses photos », a fait savoir la procureure de la Couronne Me Amélie Rivard, dans une récente requête présentée en cour.

La Couronne a par ailleurs réclamé un châtiment « exemplaire », soit une peine de 18 ans, pour le pédophile qui a prémédité ses gestes en profitant de sa situation socioéconomique et en achetant l’enfant à sa mère en échange d’accès à de l’eau potable.

« Comment peut-il dire qu’il regrette, et dire dans le même souffle qu’il veut reprendre contact avec cette enfant ? » a questionné Me Rivard.

« C’est une vie qui a été achetée et dévastée. Cette enfant va traîner toute sa vie le lourd bagage de ces trois années », a ajouté la procureure, qui a fait miroiter l’idée de déposer une requête pour que Villemaire soit déclaré délinquant à contrôler.  

L’homme de 60 ans, qui se représentait seul, a pour sa part demandé au juge d’être relâché. Il considère en effet que sa détention provisoire de trois ans, qui devrait être comptée en temps double selon lui, était suffisante.  

Le juge Pierre Labelle rendra la sentence le mois prochain.

Un cas parmi tant d’autres

La députée Véronique Hivon, qui marraine depuis juin une pétition visant à obtenir un encadrement législatif pour protéger l’image des victimes sur les réseaux sociaux, peine à comprendre pourquoi rien n'avait encore été fait. 

« Il y a des gens qui ont fait des démarches pour que la page puisse être fermée depuis des années, et rien n’a bougé. Soudainement, parce qu’une journaliste s’y intéresse, on ferme en l’espace de quelques heures la page », déplore-t-elle, choquée. 

Elle exhorte le ministère de la justice de permettre qu’une condition soit imposée systématiquement, pour que les images des victimes soient retirées de la page de leur bourreau en attendant un verdict, puisque les délais peuvent être parfois très longs.

Jaël Cantin, Véronique Barbe, Annie St-Onge : à son avis, ce n’est pas aux victimes survivantes ou à leurs familles d’entamer des démarches.  

« C’est extrêmement troublant de voir que les géants du web ne se donnent pas cette responsabilité-là. Ce n’est que de se faire réprimander sur la place publique qui les amène à bouger. Or, la souffrance des victimes, des proches, ça devrait compter pas mal plus », conclut-elle.


Le juge Pierre Labelle rendra la sentence le mois prochain.